Avec Monster Hunter: World, Capcom s'offre un épisode à la hauteur des ambitions d'une franchise nécessitant des plateformes puissantes pour s'exprimer comme il se doit.

Si vous n’êtes pas un joueur de Monster Hunter, il est fort probable que vous ayez quand même entendu parler de cette saga développée par Capcom. Chacun de ses épisodes a fait les beaux jours des charts japonais, se vendant à millions d’exemplaires en des temps souvent records. En Occident, notamment en France, Monster Hunter s’inscrit encore dans une niche qui peut s’appuyer sur une communauté soudée — nous y reviendrons — pour exister et donner des ambitions à Capcom. Ces dernières années, ce sont les consoles Nintendo, surtout la 3DS, qui ont profité de la licence. Avec l’opus World, au tour de la PlayStation 4 et de la Xbox One d’en hériter. En attendant un portage sur PC.

«  C’est un peu les joyaux de la couronne pour Capcom. Je mettrais Monster Hunter au même niveau que Resident Evil en termes de potentiel. Au Japon, ça cartonne et on s’est demandé comment on pourrait amener la licence aux joueurs occidentaux, qui n’ont pas forcément les mêmes attentes. D’où cette transition naturelle vers la PlayStation 4 [et Xbox One]  » explique Antoine Molant, directeur marketing. Monster Hunter : World est donc bien plus qu’un opus de plus : c’est un porte-étendard pour percer aux États-Unis et en Europe. Au point que l’on pourrait presque le considérer comme une nouvelle licence.

Chasse & pêche

Comme ses prédécesseurs, Monster Hunter : World est un pur jeu de chasse. Prenant place dans un univers nippon, il demande aux aventuriers de se débarrasser de monstres de plus en plus gros et puissants. C’est tout bête et «  ce n’est pas si différent d’un action-RPG  » rappelle Antoine Molant. Mais il ne faut pas réduire l’expérience à ces simples affrontements eu égard à un gameplay d’une richesse assez inouïe, à tel point que les premiers venus se sentiront vite perdus devant la foule d’informations à retenir et comprendre pour avancer efficacement. Au début, c’est même un sentiment de frustration qui pourra vous accompagner : cette sensation de mal faire les choses, mais d’y arriver quand même.

L’interface, austère, n’aide pas non plus. D’autant que les tutoriels sont souvent cachés. De fait, si on ne comprend pas grand-chose lors des premières heures, on comprend vite que Monster Hunter : World est un jeu qui se mérite. Mais aussi un jeu — et c’est essentiel — qui pousse à se tourner vers la communauté en place.

Car, contrairement à d’autres franchises établies, peu d’aficionados vous jetteront la pierre parce que vous êtes nuls. Bien au contraire : Monster Hunter rime avec partage, collaboration, solidarité et entraide. Pas avec confrontation ou compétition. En témoigne l’opportunité de terrasser les viles créatures jusqu’à quatre, en sachant que les combats solitaires sont déjà très impressionnants. A plusieurs, ils prennent vraiment tout leur sens.

Plus grand, plus riche

C’est l’un des principes fondamentaux de Monster Hunter : World que de devenir addictif voire chronophage à mesure que l’on avance et que l’on se sent évoluer parmi les autres. La difficulté va naturellement crescendo et la chasse requière un apprentissage idoine pour s’en sortir avec les honneurs et récupérer des pièces permettant de crafter les sets d’armure dotés de pouvoirs à associer pour affiner son style en fonction de l’arme que l’on a choisie. Il y a la notion de liberté, indispensable pour trouver sa place. Il faut se battre. Il faut se transcender. Mais dieu sait que le jeu et les sacrifices à faire en valent la chandelle.

Il faut dire que Capcom a peaufiné son bébé. Pour les développeurs, le challenge n’était pas de convaincre sa communauté, nourrie par des itérations où plaisir rimait souvent avec indulgence (la 3DS touche vite ses limites). En arrivant sur PlayStation 4 et Xbox One, Monster Hunter fait tout en mieux : plus beau, plus grand, plus peaufiné. Avec plus de ressource à sa disposition, le studio va plus loin dans ses idées et se permet de faire la différence en jouant sur les détails.

Il suffit de regarder la construction de son écosystème pour s’en convaincre : de la faune à la flore, tout est à sa place, tout vit et tout s’inscrit dans une forme de chaîne alimentaire rappelant la beauté de la nature. Il y a un message un tantinet écolo dans Monster Hunter : World et le nom n’est en rien mensonger : c’est un monde bâti de A à Z et pensé de manière cohérente dans lequel nous sommes immergés. Un monde qui a beaucoup à donner.

Des combats intenses

La richesse est telle que l’on peut faire beaucoup de choses dans Monster Hunter : World. Pour autant, on n’a jamais cette impression de devoir remplir toutes les cases pour pouvoir avancer, même s’il s’avère vite indispensable de maîtriser son arme et de choisir intelligemment ses pièces d’armure avant de partie en quête. Autrement, on peut pêcher, on peut attraper des insectes avec son filet, on peut cuisiner, on peut partir en exploration, on peut faire partie d’un clan, on peut accomplir une foule de tâches basiques, on peut créer des objets…

En combat, les possibilités sont tout aussi nombreuses puisque l’environnement peut être utilisé à son avantage — mais il faudra trouver comment avant — et que les outils mis à notre disposition ne manquent pas. À l’arrivée, les rixes sont aussi dantesques qu’intenses et prenantes. Au regard de leur longueur (plusieurs dizaines de minutes), elles n’offrent aucun répit et deviennent vite un challenge de tous les instants. Pour se faciliter la vie, une bonne préparation est nécessaire. Elle consister à récolter des données sur les monstres pour déceler leurs points faibles et les éléments contre lesquels ils sont vulnérables. Des informations contenues dans un bestiaire de plus en plus exhaustif. Forcément.

Du HDR pour la cerise

Sérieux et complexe dans son concept, Monster Hunter : World est paradoxalement léger dans l’approche de l’aventure. C’est in fine très japonais. Par exemple, on est accompagné d’un chat tout mignon qui est capable de fournir une assistance précieuse à tout moment. On peut même le personnaliser. En plus de cet animal de compagnie prêtant à sourire, Capcom a inséré une foule de références à la culture populaire, garantissant un humour bienvenu (merci la traduction française au passage) et faisant un peu mieux passer la narration quelconque et mettant mal en valeur l’histoire (qui se résume à se débarrasser d’une grosse bestiole légendaire).

En passant sur PlayStation 4 et Xbox One, Monster Hunter s’offre en prime un petit ravalement de façade qui fait du bien. Sans jamais décrocher la mâchoire, World bénéfice d’une solidité technique qui soulage les yeux face à des textures pas toujours chiadées. La technologie HDR apporte aussi ses vertus en faisant brillant les éléments quand c’est nécessaire. De fait, on n’achètera moins le jeu pour sa beauté que pour sa densité et sa maîtrise.

Monster Hunter World est disponible sur PS4 et Xbox One à partir de 46 €.

En bref

Monster Hunter: World

Note indicative : 4/5

Porté par des ambitions techniques, des enjeux commerciaux énormes et la volonté de s'ouvrir, Monster Hunter: World est la transposition d'un savoir-faire ayant donné naissance à une communauté ne pouvant accueillir cet épisode qu'avec le sourire. Un grand si possible. Car la franchise n'a rien perdu de son esprit, encore moins de sa générosité, en changeant ses habits, lesquels lui permettent de rêver en grand et en plus beau.

Toutefois, on notera qu'il y a matière à être déboussolé quand on n'est qu'un pauvre petit chasseur obligé de tout découvrir. Austère et complexe, Monster Hunter: World appartient à cette catégorie forçant à (se) questionner, à aller chercher l'information, à se tourner vers les autres. Et, par essence, les récompenses n'en sont que plus belles : elles ne s'arrêtent pas à une armure que l'on a longtemps désirée, mais touchent à l'accomplissement personnel.

Top

  • Un univers léché et un gameplay riche
  • La coopération
  • Le sentiment d'accomplissement

Bof

  • Des premiers pas compliqués (si on n'y connait rien)
  • Narration en retrait
  • Interface très austère

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