Deux ans après la sortie du film d’animation Vaiana 2, l’intrépide navigatrice du village de Motunui et le demi-dieu farceur reviennent sur nos écrans, cette fois en chair et en os dans Vaiana, La Légende du bout du monde, une version en prises de vue réelles du premier film d’animation. Du Roi Lion à Blanche-Neige en passant par La Petite Sirène, la firme aux grandes oreilles s’est lancée ces dernières années dans une série de remakes en live-action de ses plus grands classiques, avec plus ou moins de bonheur…
Un trailer mal accueilli
Si cette stratégie marketing semble porter ses fruits financièrement, elle trahit un certain manque d’inspiration chez Disney. Et puis cette tendance n’est pas toujours bien accueillie par les fans des dessins animés, souvent horripilés de découvrir le classique de leur enfance sous un jour différent.
Dans le cas de Vaiana, c’est la mise en ligne de son trailer qui a mis le feu aux poudres, les cinéphiles jugeant la photographie trop sombre pour un récit se tenant sur une île du Pacifique, la présence d’effets spéciaux trop envahissante ou encore la coiffure toute en boucles de Dwayne Johnson peu crédible…
Une photographie nécessairement plus sombre
C’est toujours assez délicat de juger un film sur son trailer. Et il faut de toute façon en passer par une sacré suspension d’incrédulité au moment de visionner un film d’animation Disney adapté en live-action. Cette nouvelle vision de Vaiana, réalisée par Thomas Kail (le metteur en scène de la comédie musicale culte Hamilton), ne fait pas exception.

C’est d’autant plus vrai pour les récits aquatiques. Par exemple, les scènes dans l’océan de La Petite Sirène s’avèrent beaucoup plus colorées dans le dessin-animé que dans sa version live-action. Pour atteindre une certaine dose de réalisme (toutes proportions gardées pour ces récits fantastiques), la lumière et les couleurs ne peuvent pas rivaliser avec celles d’un film d’animation.
Toutefois, une fois immergés dans l’histoire de Vaiana – fille du chef du village de Motunui choisie par l’océan pour restituer son coeur à la déesse Te Fiti, et qui va s’associer avec le demi-dieu Maui pour mener sa mission à bien – ces considérations colorimétriques sont vite oubliées. Le rendu n’est pas aussi sombre que le trailer ne le laissait imaginer.
Vaiana et Maui, un duo océanique et iconique

Pour un peu qu’on lui laisse sa chance, la magie du récit, tourné à Hawaï, opère grâce au duo formé par Vaianai et Maui, incarnés respectivement par Catherine Lagaʻaia (choisie au milieu de 30 000 candidatures !) et Dwayne Johnson, également producteur exécutif et qui prêtait déjà sa voix au Maui animé.
Alors oui, c’est un peu étonnant de le voir porter une chevelure aussi conséquente, l’acteur étant en plus identifié à Hollywood dans des films comme la saga Fast and Furious ou le reboot de Jumanji, avec la boule à zéro. Mais passé cette cascade de boucles très étudiée par la production, The Rock prouve qu’il maîtrise son personnage à la perfection, en particulier son aspect vantard. La star reste une pointure comique à Hollywood et ce personnage de héros facétieux aux mille tatouages lui va comme un gant, jusque dans ses origines samoanes.

En face, la jeune actrice Catherine Lagaʻaia incarne une Vaiana solaire et déterminée, peut-être un peu moins expressive que son alter-ego animé (mais là encore, la comparaison est complexe, le trait peut être facilement grossi dans un dessin animé, contrairement à du live-action). L’alchimie entre les deux acteurs est boostée par les excellents dialogues du film, souvent repris mot pour mot du dessin animé.
Un hommage soigné aux cultures du Pacifique
Les scènes de comédie musicale les plus marquantes du matériel d’origine, transposées en prises de vue réelles, fonctionnent toujours très bien. On adore les chansons « How Far I’ll Go » où Vaiana exprime son désir profond, la très drôle « You’re welcome », dans laquelle Maui se présente à nous, ou encore « Shiny », la chanson du méchant bling bling Tamatoa. Le message du film, qui tourne autour de l’émancipation, de l’entraide envers sa communauté et de la quête d’identité, n’a, lui, pas pris une ride.

Si le film peut paraître bourré d’effets spéciaux, et il l’est (l’océan se matérialise pour aider ou communiquer avec Vaiana, Maui possède des pouvoirs magiques…), il n’en reste pas moins un vibrant hommage aux cultures polynésiennes, à travers les chorégraphies supervisées par Tiana Nonosina Liufau (déjà à l’œuvre sur les deux films d’animation) ou les plus de 2000 costumes confectionnés par Liz McGregor et inspirés par le tapa, un tissu imprimé issu de l’écorce de mûrier.
Le village de Motunui a été construit de toutes pièces par le chef décorateur John Myhre, conseillé par des experts. Il s’agit de retracer le mode de vie d’une communauté vieille d’environ 1500 ans. On a tendance à oublier que l’histoire Vaiana est censée se situer en l’an 500 !

La production a aussi fait appel à des consultants pour construire les différentes pirogues traditionnelles du film, et plus généralement à un Fonds Culturel d’experts des cultures du Pacifique (linguiste, anthropologue, historien des tatouages, spécialiste des danses etc) à toutes les étapes de la production. L’implication de nombreux talents polynésiens se ressent dans cette production d’envergure.
Un plaisir estival
Sans être indispensable et arrivant un poil trop tôt (le génial dessin-animé a seulement une petite décennie d’ancienneté), cette version live-action de Vaiana, la légende du bout du monde n’est pas la catastrophe annoncée pour autant.

A l’instar des adaptations live-action qui l’ont précédé, il ne restera pas dans les annales cinématographiques. Ce mélange d’esprit dessin animé et de prises de vue réelles reste déconcertant, et glisse parfois dangereusement vers une esthétique IA.
Pourtant, ce Vaiana, la légende du bout du monde version 2026 remplit honorablement son office de divertissement estival pour toute la famille. Il permet de célébrer les cultures du Pacifique à une échelle internationale, et nous donne une envie irrépressible d’aller faire notre plus beau plouf dans l’eau, de préférence turquoise ! Alors pourquoi bouder son plaisir (coupable) ?
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