Trois ans après un premier épisode choupi, très joli et plutôt efficace, le studio suédois Wishfully s’est mis en tête d’offrir une suite directe à son cinematic platformer, Planet of Lana. Nous voici donc de retour sur la verdoyante Novo où les choses ont un peu changé…

Après avoir repoussé une invasion de robots extraterrestres et sauvé sa petite sœur, Lana pensait sans doute se la couler douce au bord de l’eau. Mais, curieuse et téméraire, la jeune fille a un peu trop pris l’habitude de fouiller les vestiges de ce qui ressemble à un vaisseau ayant jadis transporté des humains vers sa planète. En fait de réponses, Lana va surtout trouver le moyen de réveiller des secrets endormis et, indirectement, de mettre en danger sa petite sœur soudainement frappée par une grave maladie. Lana et son chat-singe, Mui, vont donc arpenter la planète Novo à la recherche de drôles d’ingrédients qui devraient permettre la concoction d’un médicament. Au passage, il se pourrait bien que d’autres mystères du passé ressurgissent avec fracas.

Planet of Blabla

Disponible dès sa sortie dans le Game Pass

Planet of Lana II: Children of the Leaf est disponible dès sa sortie sur le Xbox Game Pass.

La première chose qui frappe dans cette suite est son paradoxal et inépuisable verbiage. Tandis que son prédécesseur reprenait sagement la grammaire silencieuse et mystérieuse du cinematic platformer pour raconter son histoire, Planet of Lana II se divise en chapitres (et rompt donc brutalement avec le simili plan-séquence, classique pour le genre), multiplie les cut scenes avec des dialogues en yaourt volontairement incompréhensible (ce qui crée un décalage étrange) et s’autorise aussi des flashbacks pour explorer son petit lore. Bref, on sent que Wishfully avait à cœur de nous plonger dans un récit beaucoup plus clair et direct, mais le fait au prix d’un découpage incessant et maladroit de son aventure. Là où le premier Planet of Lana s’apparentait à un périple ample, oscillant entre tension et contemplation, sa suite se segmente à tout-va et saccade radicalement son rythme pour raconter une histoire pourtant assez attendue et clichée.

Source : Capture PS5
La DA a toujours un charme fou, mais on est bien moins surpris par elle. // Source : Capture PS5

Cette dérive est accentuée par l’absence de véritable surprise visuelle qui était pourtant l’un des attraits majeurs du premier épisode. En choisissant de reprendre son action avec les mêmes personnages, dans les mêmes lieux et seulement deux ans après les événements de Planet of Lana, cette suite nous accueille dans un cadre dont la familiarité confine très vite au déjà-vu. Dès lors, la direction artistique colorée, dont les décors peints à la main renvoient à la naïveté poétique de Ghibli, quoique toujours aussi charmante, perd de sa superbe. Si les explorations en forêt ou dans quelques fonds marins turquoise restent accueillants, le jeu n’arrive jamais à renouer avec la belle débauche artistique de son prédécesseur et, en guise d’environnements inédits, s’enferme dans des biomes assez mornes et peu engageants.

Source : Capture PS5
Mui a de nouveaux pouvoirs, mais leur usage reste malheureusement limité dans le jeu. // Source : Capture PS5

Marre de cette Lana-là

Côté gameplay aussi, Wishfully confirme sa volonté de s’extirper encore un peu plus du carcan du cinematic platformer — dans sa version contemporaine dont l’archétype serait les productions de Playdead (Limbo, Inside). Finies les longues marches paisibles, désormais le jeu enchaîne des tableaux comme l’aurait fait l’ancêtre Oddworld. S’il reste encore un peu de plateforme, l’essentiel du jeu repose sur la résolution de puzzles environnementaux de plus en plus complexes. Esquiver une ronde ennemie en se cachant au bon moment, désactiver tel mécanisme puis enclencher tel autre… Dans Planet of Lana II, tout est à nouveau question d’observation, de déduction puis d’exécution bien cadencée pour passer à la zone suivante.

Là encore, pour qui a déjà joué au premier épisode, la surprise n’est pas vraiment au rendez-vous, tout du moins au début. Comme avec son histoire, le jeu finit par nous montrer que les brainstormings des game designers sont allés bon train. Peu à peu, tout un tas de nouvelles mécaniques viennent se greffer au gameplay de base pour apporter un peu de complexité. Si l’on peut toujours compter sur l’aide de Mui pour accéder à des lieux inatteignables et ainsi interagir avec tel bouton ou tel levier, ce dernier peut également contrôler par la pensée certains robots, drones, et même de petits poissons capables de se faufiler à toute vitesse dans les fonds coralliens. Bref, Planet of Lana II explore… un peu.

Source : Capture PS5
Les décors de certains niveaux ne font pas vraiment rêver… // Source : Capture PS5

Car au final, le jeu reste bloqué sur sa structure de base et se contente de décliner plutôt que d’innover véritablement. En outre, malgré de belles idées, il ne prend pas vraiment le temps de les exploiter jusqu’au bout et saute, impatient, d’un tableau à l’autre pour atteindre son dénouement en une demi-douzaine d’heures. Sans rien dévoiler à son sujet, il faut d’ailleurs souligner à quel point ce dernier est abrupt. Le générique de fin vient nous claquer à la figure comme des portes de métro sur les pattes d’un petit lapin rose qui se fait pincer très fort. Non seulement la montée en tension ne tient pas une seconde la comparaison avec celle du premier Planet of Lana, mais en plus on reste coi devant un cliffhanger qui, soit est l’annonce grossière d’un troisième épisode, soit est l’appel à l’aide de scénaristes en panne d’inspiration. Quoi qu’il en soit, le titre laisse un petit goût amer, comme s’il s’était égaré en chemin, perdant de vue ce qui faisait sa force et sa personnalité.

Le verdict

Source : Capture PS5
6/10

Planet of Lana II : Children of the Leaf

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Alors que Planet of Lana se suffisait amplement à lui-même, Wishfully s’est imaginé qu’il leur restait suffisamment de choses à dire et explorer pour lui offrir une suite. Loin d’être désagréable, celle-ci s’engage sur une voie étonnante, beaucoup plus narrative, directe et centrée sur ses puzzles. En tournant ainsi le dos à sa nature de cinematic platformer, le jeu perd de son attrait, de sa singularité, et déroule un récit saccadé tout en enchaînant des puzzles, certes efficaces, mais qui cachent avec peine un manque d’imagination artistique, pourtant moteur du premier épisode. On en sort donc confus et frustré. Même un câlin avec Mui aurait dû mal à gommer cette drôle de sensation…
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