Un espion se cache-t-il derrière le troll ? En Grande-Bretagne comme probablement dans tous les pays, les services de contre-espionnage emploient des agents des services secrets pour miner la réputation de cibles, saper leurs activités ou acquérir des informations.

L'affaire était déjà connue depuis des documents transmis aux journalistes par Edward Snowden, mais le site StateWatch publie aujourd'hui de nouveaux documents qui le confirment. Le GCHQ, le service d'espionnage britannique, a mis en place depuis au moins 2011 des tactiques de manipulation psychologique sur internet, parfois pour lutter contre les crimes les plus sérieux tels que la pédopornographie, d'autres fois pour servir les intérêts géostratégiques de la Grande-Bretagne ou de ses alliés, par exemple contre l'Iran.

Le document (.pdf) publié par l'organisation est une synthèse confidentielle réalisée par un universitaire après avoir interrogé les services d'espionnage et de contre-espionnage britanniques, sur les techniques employées pour manipuler des cibles sur internet, ou pour miner la réputation d'individus, de régimes politiques ou de populations entières. "Le personnel a décrit des opérations qui visent actuellement, par exemple, l'Iran, l'Afrique, l'Argentine, l'Afghanistan, le Pakistan, la Corée du Nord, la Grande-Bretagne (sic), et l'Europe de l'Est, y compris la Russie", peut-on lire dans l'étude.

Les techniques mises en oeuvre, qui empruntent jusqu'aux études de psycho-marketing, visent à "discréditer", "faire perdre confiance", "dissuader", "perturber", "tromper", "dénigrer" ou encore "retarder" la cible ou des événements, ou identifier des suspects. Il peut s'agir de créer des sites islamistes radicaux pour mieux identifier qui les fréquente, de provoquer "un changement de régime au Zimbabwe en discréditant le régime actuel", de conduire des pédophiles à utiliser de fausses plateformes marchandes, de miner la propagande des républicains dissidents irlandais, ou même "d'empêcher l'Argentine de s'emparer des îles Malouines en réalisant une surveillance humaine en ligne (HUMINT)".

Les objectifs peuvent aussi être de perturber la censure adverse en rendant disponible des documents censurés par les régimes, ou encore de créer des vidéos YouTube en s'assurant de leur viralité, de créer de faux comptes Facebook ou Twitter pour participer aux discussions et miner la réputation de la cible, d'envoyer de faux e-mails, de pirater des sites internet, etc.

Une évolution moderne d'un travail ancestral de contre-espionnage et de sabotage.

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