Après la découverte d’implants espions dans des portefeuilles Ledger vendus par le revendeur CryptoBilis, les rumeurs se multiplient sur les réseaux sociaux. Ledger appelle à la prudence, mais peine à rassurer des clients qui démontent désormais leurs appareils.

Il suffit de taper « Ledger » dans la barre de recherche de X pour mesurer l’étendue des dégâts.

Depuis plusieurs jours, les messages d’utilisateurs inquiets, en colère ou décidés à vider leur portefeuille s’accumulent et accusent le fabricant français de portefeuilles matériels, ces petits boîtiers censés protéger l’accès aux cryptomonnaies de leurs propriétaires, d’avoir négligé la sécurité de ses appareils.

La méfiance a notamment explosé depuis le 9 octobre 2026. Ce jour-là, on apprenait que des appareils Ledger vendus par CryptoBilis, un revendeur d’Asie du Sud-Est, contenaient un implant matériel caché dans le boîtier, ce que Ledger a confirmé le lendemain sur l’appareil d’un utilisateur.

D’après l’analyse du Donjon, l’équipe de recherche en sécurité de l’entreprise, ce composant lisait l’écran pendant la configuration, au moment où s’affichent les 24 mots de la phrase de récupération, puis les transmettait à distance grâce à une connexion LTE et une eSIM, ce qui permettait ensuite de vider les comptes.

Ledger affirme que toutes les pertes confirmées concernent des appareils achetés chez CryptoBilis, qui a suspendu ses ventes. Sur les réseaux sociaux, d’autres récits circulent pourtant déjà, bien au-delà de ce seul revendeur.

L’Europe touchée ?

Et si cette méthode de compromission s’était répandue ? Et si l’Europe était concernée ? Ce sont les deux principales questions qui agitent aujourd’hui les utilisateurs de Ledger. Les portefeuilles de la marque sont en effet vendus dans de nombreuses enseignes d’électronique, et chacun tente désormais de vérifier quelles protections empêchent réellement un pirate d’altérer un appareil avant sa mise en rayon.

Dans l’un des témoignages les plus relayés, Johannes, un utilisateur de X, affirme avoir acheté deux Ledger dans deux magasins MediaMarkt différents et y avoir découvert, en filmant le déballage, les mêmes modifications. À savoir des câbles supplémentaires et un module LTE, une puce de communication 4G permettant d’envoyer des données via le réseau mobile.

Selon lui, un employé lui aurait assuré qu’il ne s’agissait pas d’un produit retourné, les retours étant renvoyés directement au fabricant, et le stock proviendrait d’un distributeur agréé.

Suffisant pour Johannes pour estimer que les magasins MediaMarkt et Saturn de toute l’Europe pourraient être concernés, et réclamer un rappel des produits. Des affirmations qui n’ont pas été confirmées par Ledger.

D’autres, en attendant, se contentent d’ouvrir leur propre portefeuille. Un utilisateur raconte n’avoir rien trouvé dans son Ledger Nano S, mais s’inquiète de l’avoir ouvert en une cinquantaine de secondes avec la pointe d’un couteau, sans rien casser, puis refermé sans laisser de trace.

Toute la chaîne d’approvisionnement en question

Les utilisateurs ne s’inquiètent donc plus seulement d’un revendeur isolé, mais de la façon dont Ledger contrôle l’acheminement de ses appareils jusqu’aux rayons

Charles Guillemet, directeur technique de Ledger, assure de son côté que l’entreprise a entrepris de revoir le contrôle de ses revendeurs et ses protections contre la falsification. Des annonces qui restent pour l’heure générales, tandis que les utilisateurs attendent surtout un bilan précis de l’affaire CryptoBilis, avec le nombre de victimes, le montant des pertes et une explication sur la façon dont des appareils piégés ont pu être écoulés par l’un de ses revendeurs.

Une fois cette première vague d’inquiétude retombée, Ledger devra aussi dire rapidement si les signalements venus d’autres pays sont fondés, et détailler ce qui permettra demain à un acheteur de savoir si son boîtier a été ouvert avant de lui confier ses économies.

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