Alors que les coffrets des 30 ans de Pokémon s’arrachent, de fausses boutiques profitent de la frustration des collectionneurs. Sites soignés, prix plausibles, stocks prétendument limités : tout est fait pour pousser à commander avant de vérifier. Nous en avons croisé dès les précommandes, et le phénomène s’étend, chiffres à l’appui.

Chez Numerama, nous avons couvert le lancement très attendu de la collection de cartes célébrant les 30 ans de Pokémon, en rassemblant les liens pour acheter les différents coffrets. Ces recherches nous ont aussi menés vers des boutiques douteuses qui avaient pourtant tout l’air de sites fiables. Avant même la sortie du 16 septembre, ces boutiques inconnues proposaient déjà les coffrets les plus recherchés en précommande, alors qu’elles n’avaient aucun lien avec Asmodee, le distributeur des cartes Pokémon en France, et pas le moindre coffret en stock.

Depuis, le nombre de ces fausses boutiques a explosé : la plateforme communautaire Pokescam en a fiché 42 en septembre, contre trois en août. Certaines affichent des vitrines assez soignées pour rassurer même les acheteurs les plus méfiants.

Des boutiques de cartes Pokémon plus vraies que nature

Les sites que nous avons repérés reprennent les codes habituels des détaillants en ligne : fiches produits détaillées, avis clients, promesses de livraison rapide et pages de contact. Jusqu’ici, rien de bien étonnant.

Toutefois, certains vont plus loin et affichent de fausses adresses de magasins pour donner l’impression d’une enseigne installée. D’autres étoffent leur catalogue avec des jeux de société, des jouets ou des Lego sans rapport avec Pokémon. De quoi rendre la présence de quelques coffrets très recherchés moins suspecte.

Exemple d'un site douteux avec du stock sur des coffrets 30 ans introuvables en boutique
Exemple d’un site douteux avec du stock sur des coffrets 30 ans introuvables en boutique // Source : Capture d’écran

Certaines boutiques poussent même le vice en proposant les coffrets, non pas bradés mais un peu plus chers que leur tarif habituel – pour donner l’impression de subir aussi la demande. Pour un collectionneur habitué aux ruptures et aux prix gonflés à la revente, cette petite majoration peut sembler cohérente : il pense payer davantage pour trouver enfin du stock.

Même la disponibilité est parfois soigneusement dosée, avec des limites d’ajout au panier. Ces restrictions apparentes imitent les précautions des vrais marchands (comme la Fnac, JouéClub et d’autres), tout en incitant à se décider vite.

Perdues dans les méandres de Google, ces boutiques ne piégeraient sans doute pas grand monde. Or, certaines sont très bien référencées sur le moteur de recherche et se retrouvent parfois même dans Google Shopping. Leur présence aux côtés d’enseignes connues peut donner encore plus confiance. Le temps que les signalements circulent, elles peuvent déjà avoir encaissé des commandes.

Il faut dire qu’après plusieurs ventes ratées, la simple présence d’un bouton « Ajouter au panier » peut ressembler à une délivrance pour certains collectionneurs. C’est le fameux FOMO (Fear of Missing Out), cette peur de manquer une occasion, une sensation visiblement assez bien exploitée par ces fausses boutiques.

42 faux sites Pokémon recensés en septembre

La frénésie autour des 30 ans de Pokémon a largement nourri la multiplication de ces fausses boutiques. Les outils d’IA rendent aussi leur création beaucoup plus accessible : il est possible de « vibe coder » une boutique de jeux et de jouets en quelques heures avec Claude ou ChatGPT, sans savoir programmer. De quoi faciliter la tâche aux arnaqueurs qui cherchent à donner une apparence crédible à une boutique fictive.

Les signalements recensés par Pokescam le montrent bien. Dans son bilan de septembre, publié début octobre, la plateforme communautaire annonce avoir ajouté 42 faux sites à sa liste, contre seulement trois en août.

42 faux sites pokémon en septembre, c'est vertigineux
42 faux sites Pokémon fichés en septembre, contre trois en août // Source : Pokescam

En septembre seulement, les victimes ayant témoigné sur Pokescam ont déclaré 8 847 euros de pertes, sur un total de 15 431 euros recensés depuis le lancement de sa base, à la date de ce mercredi 7 octobre. Le mois de sortie des coffrets des 30 ans concentre donc, à lui seul, plus de la moitié des pertes déclarées sur la plateforme.

Ce montant repose d’ailleurs uniquement sur les signalements reçus par la plateforme. Le préjudice réel pourrait être bien plus élevé, puisque toutes les victimes ne signalent pas l’arnaque qu’elles ont subie.

Un doute ? Pokescam recense les fausses boutiques Pokémon

Pour vérifier une adresse avant de commander, Pokéscam rassemble les sites signalés par les collectionneurs. Il suffit de saisir l’adresse de la boutique, et la plateforme indique si elle figure dans sa liste d’arnaques, si elle a été vérifiée ou si elle n’est pas encore connue. Chaque fiche permet ensuite de consulter les motifs de l’alerte et les témoignages disponibles.

Créé par des collectionneurs, ce projet indépendant explique croiser plusieurs éléments :

  • l’ancienneté du nom de domaine,
  • l’identité du vendeur,
  • les mentions légales
  • et les retours d’acheteurs.

L’équipe précise que les signalements sont analysés avant l’ajout d’un site à sa liste.

Un exemple des sites recensés par Pokéscam et déjà fermés // Source : Pokéscam
Un exemple des sites recensés par Pokéscam et déjà fermés // Source : Pokéscam

C’est notamment ce qui nous a permis de vérifier nos doutes sur un certain site imitant le nom d’un grand détaillant de jouets français. Avec son nom et sa présentation, la boutique évoque les enseignes de jouets familières, comme JouéClub ou King Jouet. Son catalogue mélange Lego, jeux de société et cartes à collectionner, dont tous les produits de l’extension 30 ans, avec du stock affiché et des prix plutôt corrects. Or, ce site figure dans la liste des arnaques de Pokescam depuis le 3 octobre.

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