Selon Eric Schmidt, président d'Alphabet, les équipes de Google sont en train de retravailler sur le classement de leurs résultats de recherche pour atténuer la visibilité de certains sites, comme Sputnik et RT. Les deux médias considérés par les États-Unis comme des relais de propagande du Kremlin, dénoncent une forme de censure.

Eric Schmidt, président d’Alphabet — la maison-mère de Google –, l’assure : le moteur de recherche s’apprête à réduire la visibilité de RT et Sputnik, deux médias russes influents dotés respectivement d’une chaîne de télévision publique et d’une station de radio, que les États-Unis accusent ouvertement de relayer la propagande du Kremlin.

Interrogé au sujet de la visibilité de ces deux sites au sein des services de Google — dont le système d’alerte d’actualité — à l’occasion du Halifax International Security Forum, un rassemblement annuel sur la sécurité organisé au Canada, Eric Schmidt a indiqué : « Nous sommes au courant et nous travaillons sur un moyen de détecter [….] et de déclassifier ce genre de site. »

Un procédé qui vise à les rendre moins visibles dans les résultats de recherche, sans pour autant les faire disparaître, comme il le précise : « Nous ne voulons pas bannir ces sites, ce n’est pas comme ça que nous fonctionnons. »

RT et Sputnik dénoncent une forme de censure

Margarita Simonyan, rédactrice en chef de RT — qui a pour habitude de se présenter en média indépendant — et de l’agence Rossia Segodnia (maison mère de Sputnik) n’a pas manqué de crier à la censure dans un communiqué relayé par RT : « C’est toujours bien de voir Google défier publiquement toute logique ou raison : les faits ne sont pas admis [sur ses services] s’ils viennent de RT, parce que ‘c’est la Russie’ — alors même que Google a témoigné devant le Congrès n’avoir trouvé aucune forme de manipulation de sa plateforme par RT ».

Les deux médias, qui sont également présents en France, depuis 2014 pour Sputnik et 2015 pour RT, sont connus notamment pour leur défense des positions russes sur certains sujets internationaux. Bien référencés sur les moteurs de recherche, ils ont fait irruption dans la campagne présidentielle de 2016 lorsque Richard Ferrand, alors secrétaire général d’En Marche !, avait dénoncé leur diffusion de rumeurs diffamatoires sur Emmanuel Macron.

Dans ses réponses au public, Eric Schmidt a reconnu les difficultés posées par ce type de contenus comme par les fake news : «  En tant qu’informaticien, je vois ces [dérives] comme des bugs, si vous manipulez l’info et que notre système ne parvient pas à les classifier assez bien…  »

« Le problème ne va pas disparaître »

«  Imaginons qu’un groupe croit au fait A et l’autre groupe au fait B. Il est très difficile pour nous de [cerner] la vérité, donc quand on arrive à une opposition entre le groupe A et le groupe B, il est difficile de savoir si A ou B doit être mieux classé. […] Nous faisons de notre mieux avec les millions et millions de classements réalisés chaque jour » » a-t-il poursuivi.

Eric Schmidt estime en outre que la situation est partie pour durer : « Je ne pense pas que le problème va disparaître car les personnes qui cherchent à manipuler [l’opinion] vont obtenir de meilleurs outils. De ce point de vue, on peut dire qu’il s’agit d’une course. »

Google en sait quelque chose : début novembre, le moteur de recherche était sous le feu des critiques pour avoir mis en avant de faux résultats dans les heures qui ont suivi la tuerie de Sutherland Springs. Quasiment un mois jour pour jour après avoir fait de même dans la foulée de la fusillade de Las Vegas.

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