En marge de la Japan Expo, la ville de Lille était le théâtre de rencontres professionnelles autour du jeu vidéo français.

Pendant que certains craquaient leur PEL en sandwich fromage ou en katana à la Japan Expo, d’autres se déplaçaient jusqu’à Lille pour découvrir la première édition du Game Camp, un salon serious business autour du jeu vidéo.

Organisé par Le Syndicat National du Jeu Vidéo (SNJV) et Game In, avec la participation de la région Hauts-de-France, ce Game Camp avait pour ambition de rassembler les professionnels du jeu vidéo. Développeurs indépendants ou dans de grandes entreprises, acteurs et experts dans de multiples domaines se sont réunis pour aborder les différents enjeux de l’industrie et améliorer leurs connaissances sur les domaines clés de la production.

Une première édition réussie

Ainsi, plus de 450 personnes se sont donné rendez-vous à Lille durant deux jours, du 6 au 7 juillet, au Nouveau Siècle. Une quarantaine de conférences sur des thématiques diverses ont rythmé ces journées, que ce soit à propos des plateformes et format des jeux (mobiles, consoles, AAA) ou bien de sujets comme le design, le marketing, le business…

Des avocats étaient également présents en consultation gratuite pour répondre aux questions de tous les développeurs, le sujet de la législation étant parfois méconnu de certains. Il était aussi possible de découvrir quelques projets de jeux et d’outils pendant nos pérégrinations dans le hall principal de l’établissement, avec notamment la présence de Dig or Die du studio Gaddy Games, Dead in Vinland de CCCP ou encore de Play in Lab qui propose des sessions de tests utilisateurs pour évaluer l’expérience des joueurs.

Pour une première édition, on peut dire que la palette d’activités et de rencontres pour les professionnels était large. Les conférences courtes d’une demi-heure permettaient d’aborder de nombreux sujets et de garder une dynamique tout au long de la journée. La première journée s’est terminée avec une petite réception dans un bar où Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a notamment fait un discours.

Julien Villedieu, Délégué Général du SNJV et co-organisateur de l’événement ressort satisfait de cette première édition. « Sur une première édition on est plutôt contents d’avoir pu réunir 450 personnes, l’année prochaine on essaiera de doubler l’effectif, prévoit-il. Par ailleurs on avait une grosse pression sur cette organisation, quand on fait quelque chose, on aime que ce soit bien fait et on a eu une bonne synergie d’équipe avec un comité d’organisation très varié. On espère à terme devenir une date importante dans le calendrier de tous les acteurs du jeu vidéo et d’être une sorte d’université d’été des professionnels. »

Devenir une référence pour les pros

Acteur depuis 2008, dans la continuité de l’Association des producteurs d’œuvres multimédia (APOM) fondée en 2001, le SNJV a pu analyser les tendances qu’avaient les professionnels à se rencontrer sur des terrains lointains.

Il explique : « On est parti d’un constat assez simple, c’est que les professionnels du jeu vidéo font toujours des kilomètres et des kilomètres pour se rencontrer, échanger, écouter des conférenciers comme à la Gamescom ou aux Nordic Games.

Notre pari était donc de proposer un événement local pour rassembler tout le monde une fois pour toutes : patron de studio, exécutif et salariés, au même endroit pendant 2 jours. Nous voulions offrir du contenu de haut niveau en termes d’intervenants, mais aussi pour créer de la convivialité et du lien pour ces gens qui avancent dans la même industrie, mais parfois de manière complètement parallèle et sans jamais se rencontrer. »

Pour ce qui est du choix de Lille, la ville et ses acteurs se sont imposés d’eux-mêmes grâce à leur réactivité face au projet du SNJV. « Les gens de Game IN se sont rapidement mobilisés en termes de ressources, mais également du côté des politiques pour avoir un lieu comme le Nouveau Siècle, des financements publics et prendre en charge un certain nombre de dépenses », précise Julien Villedieu.

Une participation exclusivement française

La première intention du Game Camp a été de mettre en avant la création et le savoir-faire français dans l’industrie du jeu vidéo.

« On s’est dit qu’en France, on a quand même parmi les talents les plus réputés au monde, des équipes de production qui n’interviennent jamais ou que l’on n’interroge jamais dans ce genre de salon, appuie Julien Villedieu. Cette année a donc été très franco-française volontairement. L’année prochaine on ouvrira probablement les conférences à des étrangers. L’idée, c’est aussi de valoriser en premier lieu les Français et les talents français.  »

Le Game Camp a ainsi fait appel à tous les clusters régionaux afin d’organiser les rencontres entre professionnels de tous les coins de l’Hexagone. Le Délégué Général du SNJV précise : « C’était important pour nous que ce ne soit pas un événement uniquement du SNJV, mais plutôt un événement national dans lequel chaque région peut prendre part à sa façon. »

« Notre challenge désormais est de faire venir plus de salariés, ajoute-t-il, parce qu’on a une sur-représentation des patrons de studio et des exécutifs. Je pense que ça viendra et que le bouche-à-oreille fera le travail — l’objectif est évidemment de faire grossir l’événement et de faire venir davantage de monde, avec l’ambition de devenir la Nordic Games Conference à la française.  »

Michel Ancel retrace son expérience en keynote

Pour l’occasion de cette première édition, deux keynotes avaient également lieu dans l’auditorium du Nouveau Siècle. Au programme, Anthony Roux des studios Ankama interrogeait l’approche Narrative et artistique du transmedia à travers de l’univers de Dofus et Wakfu.

Michel Ancel présentait quant à lui son parcours de développeur de ses débuts jusqu’à aujourd’hui, une conférence à laquelle nous avions participé lors de l’IndieCade Europe en novembre dernier, avec cette fois une mise au goût du jour à la suite de l’annonce de Beyond Good and Evil 2.

Le créateur livre ainsi ses explications sur l’importance de la programmation  et du développement de ses outils pour créer son jeu. Il reprend l’exemple de Rayman et illustre son propos en montrant une vidéo de l’outil de création des plateformes dans Rayman Legends. Le créateur revient aussi sur Wild, son projet toujours en cours, et la question de l’élaboration de mondes ouverts. Pour lui, la génération procédurale n’est pas la panacée du level design. En novembre, il expliquait déjà : « Je ne suis pas accro aux formules de maths qui fabriquent des jeux, je suis plus attaché à fabriquer des outils qui facilitent le travail pour les créateurs. »

Michel Ancel s’attarde longuement sur le cas BGE2, son développement et l’abandon de son prototype sur PS3 et Xbox 360 en 2010. Après la création de quelques jeux 2D, l’homme remet le pied à l’étrier avec Wild et désormais BGE2, deux énormes projets en même temps. À ce propos, Michel Ancel se veut rassurant sur la santé de Wild : « Wild va bien. Mais on a communiqué tôt, on a dû revoir notre méthode et notre planning. » En 2016, son équipe explore de nouvelles méthodes pour générer des décors plus facilement, «  Il faut qu’on puisse agir sur un monde de façon très précise, explique-t-il, dans les open worlds comme [Wild et BGE2], on n’a pas besoin de tout remplir de lieux emblématiques, sinon ils ne sont plus emblématiques. »

Pour finir sa conférence avant une série de questions, Michel Ancel revient sur la présentation du moteur de BGE2 lors de l’E3 2017. Le créateur plaisante sur la facilité déconcertante de créer de la simulation d’univers, où l’équipe fait usage de méthodes d’altération de l’image qui ont désormais plus de 30 ans. « Quand on va à l’E3 et qu’on dit « y’a une simulation d’univers », les gens deviennent fou, alors qu’en fait ce sont juste des trucs qui tournent les uns autour des autres et il n’y a rien de compliqué. »

La keynote de Michel Ancel se termine au bout d’1h30 pour ensuite laisser place à la dernière après-midi du Game Camp. Les conférences, les pitchs de jeux et les rencontres s’achèvent sur les coups de 17h.

Le lieu, lui, a su convaincre et la ville de Lille s’est montrée des plus accueillantes. « Il y a de fortes chances pour que l’on reproduise le Game Camp ici l’année prochaine, conclut Julien Villedieu. Ceci dit rien n’est arrêté, et il y a d’autres régions qui doivent désormais reconsidérer la question. Toutefois le côté province me plaît assez parce que 60 % des studios sont en dehors de Paris. Et puis c’est un bon moyen pour fidéliser des gens dans la durée. »

Partager sur les réseaux sociaux