Connaissez-vous Direct Connect ? Très populaire au début des années 2000, ce réseau P2P d’un genre particulier permet aux utilisateurs de se réunir dans des « hubs » façon salon IRC pour y discuter avec les autres membres, et pour télécharger les fichiers que chacun met en partage. Il est ainsi possible de trouver des hubs spécialisés dans la musique électro irlandaise ou dans les films de Bollywood. Une fois connecté à un hub, les utilisateurs peuvent voir ce que chacun partage en naviguant sur les fichiers de chaque utilisateur.

Le réseau, qui a perdu en popularité face à la montée des alternatives comme eMule ou BitTorrent, reste très utilisé par une communauté discrète d’internautes qui apprécient cette vision empreinte de dialogue et de respect que véhicule Direct Connect, avec toujours en toile de fond l’importance du partage entre égaux. Pour entrer dans un hub, il ne faut généralement pas venir les mains vides. La plupart des administrateurs de hubs exigent qu’un volume minimum de fichiers soient mis en partage, et vérifient que les fichiers correspondent à la thématique du lieu. Ce sont ainsi de véritables communautés de passionnés qui se rencontrent et échangent leurs découvertes comme au comptoir d’un bar. Tout pour déplaire à l’industrie du disque.

La Fédération Internationale de l’Industrie Phonographique (IFPI), qui combat le piratage au nom des quatre majors de l’industrie, s’est ainsi félicitée d’avoir obtenu la fermeture d’un hub Direct Connect basé au Chili, avec la collaboration des autorités locales. Pour entrer sur le « Metal Hub« , les internautes devaient partager au moins 1 Go de fichiers MP3. Selon les estimations de l’IFPI, le hub avait une capacité d’accueil suffisante pour héberger 1,8 millions de chansons (ce qui ne veut pas dire qu’il les hébergeait effectivement). L’administrateur du hub a été identité par les autorités du pays, et a reçu comme son fournisseur d’accès une lettre de mise en demeure de fermer le hub. Trois jours après l’envoi de la lettre, le hub était fermé.

Il n’est pas sûr, pourtant, que ce type de hubs où se côtoient avant tout des passionnés de musique soient une vraie menace pour l’industrie du disque. Ils sont plutôt, au contraire, des lieux stratégiques où les nouveaux morceaux de musique peuvent être rapidement diffusés auprès de leaders d’opinion qui les feront connaître à ceux qui, moins passionnés ou moins au fait des réseaux P2P, les achèteront et les feront connaître à leur tour. Fermer ce type de hub équivaut à se priver d’une source extraordinaire de marketing viral.

Mais l’IFPI est déterminée. Elle prévient déjà que l’opération menée contre le hub « fait partie de la stratégie régionale de l’IFPI pour fermer tous les serveurs P2P en Amérique Latine« . « Il y a en ce moment d’autres hubs sous investigation au Chili« , prévient l’organisation.

La bataille sera toutefois longue. A l’heure où nous publions ces lignes, selon les données de DCHublist, il y a encore environ 3000 hubs Direct Connect actifs dans le monde, dont 20 au Chili, et 80 en France.

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