La RIAA, Yahoo, Apple, et Napster se sont mis d'accord pour baisser la rémunération des compositeurs. Sous prétexte que l'industrie du disque a du mal à effectuer sa transition vers le numérique, on veut faire subir le poids de cette transition à la création.

Incroyable ! The Hollywood Reporter rapporte la décision prise unilatéralement entre Yahoo, Apple, Napster, et la RIAA de baisser les royalties versées aux compositeurs. L’argument invoqué par la RIAA, c’est que « les maisons de disque ont souffert de la contraction de leur business dans une période où les revenus des éditeurs de musique et les marges ont augmenté. » « Pendant que les maisons de disque ont été obligées de réduire drastiquement leurs dépenses et leur personnel, les catalogues des éditeurs de musique ont augmenté en valeur due à la progression constante des droits de reproduction mécanique et des autres sources de revenus dont ne profitent pas les maisons de disque. »

Eclaircissons un peu la situation avec un petit rappel schématique sur la façon dont fonctionne l’industrie musicale. L’éditeur est celui qui gère le catalogue de titres d’un artiste. Il pourra le faire fructifier grâce aux passages radio, aux royalties perçues sur le fait de jouer les morceaux en live, à leur utilisation pour la publicité, pour le cinéma, etc. Un éditeur est celui qui possède les droits du morceaux (historiquement, il est le détenteur des partitions), tandis que le producteur est celui qui possède les droits sur l’enregistrement studio des morceaux. Les deux activités sont souvent confondues car dans de nombreuses situations gérées par la même structure. Mais si un groupe joue par exemple un morceau en live, c’est son éditeur qui sera rémunéré, et pas le producteur.

Lorsque l’éditeur veut sortir un album pour son artiste, il fait appel à un producteur, lequel s’occupe d’enregistrer les morceaux en studio, de presser le CD et de faire son business avec ses ventes. Chacun de ces CDs vendus (ou MP3) donne droit à 9 % du prix HT à l’éditeur : 4,5 % pour la maison d’édition, 4,5 % pour le compositeur du morceau.

Sous prétexte, donc, que les éditeurs s’en sortent mieux que les fabricants de galettes, la RIAA a jugé bon de faire passer l’assiette des royalties perçues par les compositeurs de 9 % à 8 %. Les sociétés new-media, estiment même que ce taux devrait être réduit à 4 %, voire disparaître. « Fondamentalement, ce marché encore fragile montre des signes prometteurs, mais il ne peut pas subir le poids de dépenses excessives supplémentaires » a déclaré la Digital Media Association, tout en reconnaissant malgré tout la nécessité de ne pas couper les vivres des compositeurs. Si on veut arrêter les dépenses excessives, ne serait-pas plus judicieux, plutôt que d’handicaper la création, de commencer par arrêter les campagnes extrêmement coûteuses de la RIAA pour lutter contre le piratage ?

Evidemment, les éditeurs n’ont pas particulièrement apprécié la nouvelle, et c’est par la voix de la NMPA (National Music Publishers Association) qu’ils se sont fait entendre : « les contributions des compositeurs et des éditeurs de musique à la création de morceaux et au succès – même critique – de l’industrie du disque dans son ensemble sont considérables » explique David Israelite, président de l’organisme. « La NMPA luttera sérieusement dans les semaines à venir pour assurer aux compositeurs et aux éditeurs de musique un revenu convenable pour leur travail. » 1 %, ça ne paraît pas grand chose, mais pour le principe, ça reste tout de même assez scandaleux. Parce que l’industrie qui a fondé son business sur la duplication de CDs a du mal à s’en sortir, elle veut faire payer le prix de son insuccès à la création sur laquelle elle s’appuie.

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