Radiohead : et si tout ça n'était qu'une sombre farce ?
La rédaction, le Vendredi 14 Décembre 2007 à 11h11
Radiohead
Musique Numérique -

Deux mois après le lancement très remarqué de son album, Radiohead revient sur un mode de commercialisation traditionnel. Et si, finalement, cette opération n'avait eu d'autre ambition que de constituer un bon coup de pub pour Rainbows ? Quand une simple opération marketing prend le risque de se transformer en "business model" pour toute l'industrie.

Cela fait quelques jours que Radiohead a mis fin à cette expérience largement médiatisée qui consistait à laisser l'internaute décider lui même du prix qu'il voudrait mettre dans son dernier album. L'initiative a surpris tout le monde et l'enthousiasme fut tel qu'il en poussa d'autres à suivre la même voie, de Saul Williams à Barbara Hendricks. Pourtant, les contradictions sont là et bien réelles, et Radiohead ne fait rien pour y mettre un terme.

D'abord, sur les chiffres réels de l'opération, seul moyen pour nous de vérifier si elle fut bien un succès comme le groupe le prétend. Deux mois après, Radiohead n'a toujours rien concédé, et quand comScore s'essaie à une évaluation un peu moins reluisante que ce qui avait été dit auparavant, les concernés se contentent de la nier en bloc, sans pour autant avancer autre chose que leur bonne foi.

Et maintenant Radiohead abandonne l'initiative pour revenir aux circuits traditionnels. D'accord, il était prévu dès le début de l'opération qu'une commercialisation physique ait lieu, mais on percevait cela comme une ouverture, pas comme un brusque virage à 180°. Pourquoi ? Parce qu'elle était destinée à ceux qui sont plus habitués à acheter des CDs chez leur disquaire que de surfer sur le Web à la quête de MP3, ce qui était complètement justifiable. Or, ici, le groupe envisage de mettre ses morceaux en vente sur iTunes, ce qui signifie qu'il s'agit bien d'un retour au modèle traditionnel et non pas d'une ouverture aux laissés pour compte d'Internet. Si l'expérience de Radiohead avait été si concluante, pourquoi ne pas avoir gardé son système de "je décide quel prix mettre" concomitamment avec la vente traditionnelle ?

"C'était une solution après la série d'albums" expliquait il y a peu le manageur du groupe Chris Hufford au New York Times. "Je doute que ça marcherait de la même façon la prochaine fois." Voyez, on est bien loin du discours euphorique que l'on trouvait dans la bouche de la plupart des observateurs - Ratiatum y compris - voyant dans cette initiative le signe d'un bouleversement des industries culturelles.

Autre chose, la campagne de promotion autour de Rainbows a été orchestrée de manière "gargantuesque". On aura rarement vu un tel teasing, un tel jeu de piste monté autour de cette sortie. Le groupe n'hésitait pas à lâcher des indices très énigmatiques autour de son bébé, au point de faire cogiter des mois durant les fans sur l'interprétation qu'ils devaient en tirer. Dès le départ, Rainbows misait clairement sur le buzz. Et qu'est-ce qu'a engendré l'initiative gratuite de Radiohead à sa sortie ? Le gonflement de ce buzz d'une manière considérable. La presse entière en a parlé, même dans des journaux qui, en temps normal, n'auraient pas relayé l'information, à l'instar de Ratiatum.

Et maintenant le doute. Si l'expérience de Radiohead n'avait été rien d'autre qu'un simple élément dans une ambitieuse campagne marketing ? Si il ne s'était agit que d'un énorme coup de pub, quitte à en payer l'insuccès ; d'un simple rouage dans l'énorme mécanique promotionnelle du groupe ? Nous l'avons vu, Radiohead ne considère pas cette initiative comme une solution à long terme, une nouvelle façon de commercialiser ses disques, mais simplement comme un truc à essayer.

Dans cette hypothèse, le groupe aurait tapé extrêmement juste. Il aurait profité de l'idéologie forte régnant sur Internet autour de la gratuité pour colporter son oeuvre. Une façon de promettre monts et merveilles, de copiner avec une communauté sous de faux semblants.

"C'est certainement une bonne publicité, mais je pense que c'est une sorte d'avilissement de la musique" expliquait Nicky Wire, membre du groupe de rock les Manic Street Preachers au Daily Star. "La musique est habituellement un marché ; maintenant tout devient numérique. C'est inquiétant que le cinéma va bien, que les jeux vidéo vont bien, mais pas la musique. Le phénomène de téléchargement gratuit ruine l'industrie."

Bien sûr, ces propos un peu hâtifs sont à prendre avec des pincettes, car il n'est pas prouvé que ce soit le gratuit qui ruine l'industrie. En revanche, on peut lui concéder un point, c'est que l'initiative de Radiohead ait renforcé l'idée chez les internautes selon laquelle la musique devait être payable au mérite ou à l'envie. Et pourtant, il semble bien que le groupe n'y ait vu qu'un moyen de mieux vendre, un peu comme on distribuerait des échantillons gratuit de shampoing à la sortie d'une fac.

Si tel est le cas, Radiohead joue avec le feu. Son initiative a été suivie par d'autres et si tout le monde commence à se prêter au jeu, peut être qu'un jour l'industrie entière en sera réduite à devoir systématiquement commercialiser ses oeuvres de la même manière, qu'elle le veuille ou non. Cela annoncerait alors la naissance d'un nouveau "business model" fondé sur quelque chose qui n'en avait jamais eu la prétention.


 
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15 commentaires
Le 14 Décembre 2007 à 19h22
Voilà ce que je disais sur le précédent article concernant l'initiative du groupe :



Je pense que l'échec de cette tentative est une explication plausible et inavouable encore...
Le 14 Décembre 2007 à 19h26
Je pense qu'ils étaient de bonne foi dans leur démarche. Mais l'expérience a été semi-concluante, et encore elle n'a un peu fonctionné que parce qu'ils disposaient déja d'un exceptionnel capital médiatique (et financier) au départ. Pour un groupe débutant, l'experience se serait révélée bien plus nulle.
Le 19 Décembre 2007 à 18h14
 
Parce qu'ils croient peut-être qu'ils gagneront plus d'argent sur I-tune? Tous ceux qui voulaient acheté l'album l'on déjà fait et ceux qui ne voulait pas payer l'ont téléchargé gratuitement.
Ils ne risquent plus de vendre beaucoup d'album maintenant. Moins la part d'Apple, moins la part des autres intermédiaire... Bonne nouvelle, ils vont vite se rendre compte que le premier système...
Le 19 Décembre 2007 à 22h38
 


http://observer.guardian.co.uk/omm/story/0,,2221299,00.html

par contre je n'ai pas retrouvé l'interview dans laquelle (Colin je crois) disait qu'ils le sortaient en version CD d'une part parce que ceux qui voulaient le téléchargé l'avaient téléchargé (gratuitement ou pas) et qu'ils ne voulaient pas laisser de côté ceux qui n'ont pas internet (ce qui rejoint ce que dis thom dans le...
Le 21 Décembre 2007 à 08h54
j'attends de voir leur album dans les bacs, mais je trouves cette maniere de faire honteuse.

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