Il y a quelques années, Amazon offrait les frais de port pour toute commande supérieure à quinze euros, puis, l’avait étendu à tout achat quelqu’en soit le prix. Pourtant, cet avantage pourrait bien prendre fin prochainement. Le tribunal de grande instance de Versailles doit en effet rendre aujourd’hui son jugement à propos de la plainte déposée par le Syndicat de Librairie Française (SLF) à l’encontre de la plateforme.

Le fait est que le livre est un produit culturel qui a été régulé, depuis la Loi Lang, comme aucun autre ne l’a été. Cette loi a en effet introduit la notion de prix unique du livre ; il s’agissait de demander aux éditeurs de noter le prix sur le dos de l’ouvrage et que tous les libraires, du plus petit à la Fnac, soient tenus de le respecter. Seule concession, une remise de 5 % maximum sur le prix indiqué. Bien sûr, les remises indirectes, comme l’octroi de bons d’achat ou autres avantages permettant de contourner cette restriction furent proscris.

Internet n’échappe pas à la règle. En mai dernier, Alapage.com se voyait déjà condamné à 50.000 euros d’amende pour avoir offert le port gratuit sur ses livres et des bons d’achat de 15 euros. Amazon n’est pas mieux loti que son confrère, et devrait donc vraisemblablement subir un sort similaire.

Pourquoi la Loi Lang ? Pour le ministère de la culture, elle fut vendue comme une mesure promouvant le développement durable ; à savoir, protéger les librairies indépendantes de proximité contre les grandes enseignes. On ne peut pas dire qu’elle ait été inefficace à ce niveau. Bien sûr, les librairies subissent toujours la concurrence des grandes surfaces ou des plateformes Internet mais voyez où en sont les petits disquaires aujourd’hui, qui n’ont pas bénéficié d’une telle protection ; rares sont ceux qui vivent encore.

La loi Lang a pourtant été fortement décriée par les associations de consommateurs. On ne peut pas dire que la balle soit vraiment dans leur camp mais plutôt du côté des éditeurs. Sur cet aspect, les défenseurs de la loi ont souvent avancé la défense de l’expertise du libraire contre l’achat aveugle en grande surface. Mais Internet a complètement changé la donne. Amazon fut le premier à introduire un système de recommandation et la toile constitue une source d’information tout au moins aussi pertinente que les émissions littéraires (radio, TV, …). D’accord, ce système informatique ne vaut pas le regard humain, mais qui aujourd’hui va encore en librairie dans l’espoir d’en tirer les bons conseils de son vendeur ? Ce comportement semble bien trop marginal rapporté à la grande consommation.

Soyons honnête, cette loi a avant tout pour but de protéger un secteur de distribution menacé. Quid de la création ? La loi Lang n’a jamais été vraiment évaluée, et on ne peut dire son impact positif ou négatif sur les ventes en général. Alors, la loi Lang, une bonne chose ou un mauvais choix ? Tout dépend d’où on se place, mais il est certain qu’elle défend une vision de la distribution contre une autre.

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