Face à l'incapacité du monde industriel européen à se mettre d'accord pour standardiser la télévision numérique mobile, la Commission Européenne joue les arbitres. Mercredi, elle a officialisé son soutien à la norme DVB-H, un choix aussi logique que politique.

La Commission Européenne a officialisé mercredi son soutien à la norme DVB-H pour la diffusion des signaux de télévision mobile personnelle (TMP). Il ne s’agit pas d’une décision contraignante juridiquement, mais les Etats membres de l’Union Européenne ont l’obligation de relayer cet encouragement en aidant au déploiement du DVB-H, et le DVB-H est ajouté officiellement comme norme européenne pour la diffusion audiovisuelle.

Dans les faits, comme le rappelle la Commission, « la Commission ne choisit pas un vainqueur. Le marché en Europe est déjà largement en faveur du DVB-H« . Elle a été expérimentée dans 15 pays dont la France, et son déploiement commercial a déjà commencé en Italie et en Finlande.

La norme est la version mobile de la Télévision Numérique Terrestre (TNT, dont le vrai nom est le DVB-T), et est soutenue par les principaux constructeurs européens (Nokia, Motorola, Philips, Sagem, Pace, Sony, Ericsson) et opérateurs mobiles (Vodafone, O2 and T-Mobile…). La consultation du CSA dont la synthèse (.pdf) a été rendue publique le mois dernier montre aussi en France un large soutien au DVB-H, dont le déploiement devrait se faire à grande échelle dans les prochains mois. La décision de la Commission est donc de simple bon sens, mais elle est aussi politique. Le DVB-H européen est principalement opposée au DMB, dont les soutiens sont aujourd’hui principalement étrangers : LG, Perstel, JVC, Panasonic, Lenovo, Pantech, Sansui, Mercury, Zen Networks, Cowon, et Hyundai Autonet. Le coréen Samsung, après avoir soutenu le DMB, a signé en avril 2007 un accord avec Nokia pour reconnaître le DVB-H sur ses terminaux.

Le DVB-H, un choix stratégique rétrograde ?

Pressée par les lobbys audiovisuels et télécoms, la Commission estime que « la TV mobile est un exemple parfait de convergence numérique qui peut générer de nouvelles opportunités commerciales et bénéficier aux consommateurs« . « En apportant du contenu audiovisuel aux terminaux mobiles, la TV mobile est à la pointe des services innovants à haute valeur ajoutée. Elle unie les communications mobiles, l’un des marchés européens les plus dynamiques, avec la richesse et la diversité de son secteur audiovisuel« . Elle pourrait même contribué au succès des accords renouvelés de la Stratégie de Lisbonne, en devenant « une source significative de croissance, d’investissement et de travail en Europe« . Elle estime que 2008 devrait voir une explosition de la demande avec la Coupe d’Europe de Football et les Jeux Olympiques d’été.

Cet enthousiasme sans faille n’est pourtant pas uniformément partagé. Certaines dents grincent en voyant le DVB-H monopoliser une partie du dividende numérique laissé par l’abandon des fréquences hertziennes de la bande en or. Le DVB-H est en effet conçu pour diffuser simultanément le même programme à une masse de spectateurs, sur le modèle de la télévision traditionnelle du 20ème siècle. Il n’offre pas l’interactivité des normes de communication sur IP, dont l’usage est technologiquement neutre (elles peuvent servir aussi bien à regarder de la vidéo qu’à téléphoner, naviguer sur Internet ou jouer en ligne). Or la bande de fréquences « en or » est une denrée très rare dont les vertus techniquse sont très recherchées – elles émettent plus loin et passent beaucoup plus facilement les murs. Plus le dividende numérique est laissé à des services non interactifs de type « mass médias », moins il en reste pour les services de communication « du futur ».

Consciente qu’il y a débat, la Commission botte pour le moment en touche et renvoit le problème à plus tard. Elle promet de sortir d’ici la fin de l’année une communication officielle sur le dividende numérique, pour fixer les règles du jeu. Il sera toutefois trop tard pour reculer.

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