Vers une maturité de l'offre de films sur le net aux USA ? (2/2)
Guillaume Champeau - publié le Mercredi 23 Mai 2007 à 10h55 - posté dans Divers
Suite de l'article de Sophie Boudet-Dalbin :
Magasin hybride




Les magasin hybrides sont un mélange de vente par correspondance et de location DVD sur Internet. Netflix et Blockbuster, deux grandes chaînes de vidéo clubs, commencent la distribution de DVD en ligne, respectivement en 1998 et 2004. L'internaute doit s'inscrire sur le site Internet. Il choisit entre plusieurs formules d'abonnement. L'abonnement le plus populaire sur les deux sites est l'abonnement illimité à $17,99, qui permet d'avoir jusqu'à 3 DVD à la fois. Il est également possible d'acheter un film sur le site. Les DVD sont ensuite envoyés par la poste, avec enveloppe pré-payée pour renvoyer le film une fois visionné s'il s'agit d'un abonnement.

L'avantage des magasins hybrides réside dans la richesse du catalogue (jusqu'à 70 000 films sur Netflix). La qualité et le confort de visionnage sont optimaux puisqu'il s'agit d'un DVD physique. Ces services rencontrent un vif succès aux Etats-Unis. Mais cela reste encore très proche de la vente physique ou de la location en vidéo club. Là encore, il s'agit plutôt d'un site Web 1.0, sans contenu gratuit ni interactivité.

Blockbuster et Netflix n'ont pas d'autres concurrents. Ils ont donc tenté de se différencier. Par exemple, Blockbuster offre la possibilité de rendre les DVD également dans les magasins physiques. Netlix, quant à lui, propose un abonnement illimité à $47,99, avec jusqu'à 8 DVD à la fois. Mais la grand nouveauté demeure Netflix, qui propose désormais le streaming gratuit pour tous ses abonnés. Netflix affirme ainsi une volonté de ne pas se laisser dépasser par les évolutions de la technologie Internet et du nouveau public.

Magasin en ligne





Les magasins en ligne se sont développés dans la lignée du succès de l'iTunes Store d'Apple avec son célèbre iPod, pour la distribution numérique de musique. Il s'agit d'un magasin virtuel sur Internet, où l'internaute va pouvoir acheter ou louer des films. Ces offrent sont issues des deux géants du monde informatique, Apple et Microsoft. Wal-Mart, une chaîne de grande distribution, a lancé son magasin en ligne en février dernier afin d'être présent sur Internet et de rivaliser avec l'iTunes Store. Les prix varient entre $8-15, ce qui est proche du prix d'une place de cinéma aux Etats-Unis.

Apple et Microsoft ont tous deux élaborés des systèmes propriétaires. Ainsi, seul l'utilisateur de la Xbox 360 connectée à Internet, peut accéder au Xbox Live Marketplace et louer des films qu'il pourra ensuite regarder sur sa TV reliée à la console. Chez Apple, on verrouille l'offre avec l'iPod, et bientôt l'iPhone. L'iTunes Store est le magasin en ligne qui propose le service se rapprochant le plus de la génération Web 2.0. Ainsi, il est possible de laisser des commentaires, de voter. L'interface est très conviviale et il y a du contenu gratuit. Mais il est à déplorer un catalogue encore trop pauvre, avec seulement 500 longs métrages.

Portail vidéo




Les portails vidéos sont des acteurs émergents qui rencontrent un vif succès. Les modèles économiques sont basés sur du contenu gratuit financé par la publicité. Même si l'offre de longs métrages n'y est pas très représentée, ces sites sont désormais des acteurs incontournables. Ainsi, le célèbre portail vidéo YouTube, symbole du Web 2.0, permet de visionner et de partager des films partout dans le monde via Internet. Sur le même modèle, Google Video permet en plus d'acheter et louer des films pour une somme modique, avec le premier prix à $0,99. AOL Video, quant à lui, est un point de passage vers des vidéos gratuites via un moteur de recherche ainsi que vers du contenu payant via des chaînes de VOD. Joost, projet de plate-forme TV interactive dont le lancement est attendu cet été, permettra à l'internaute, selon le pays où il se trouve, d'accéder gratuitement à des chaînes de TV en ligne.

Tout l'attrait des portails vidéos réside bien évidemment dans la gratuité, mais également dans la possibilité de poster son propre contenu (sauf pour Joost et AOL Video), faire des commentaires, voter, participer à des forums. Ce qui représente la génération Web 2.0. La qualité et le confort de visionnage sont cependant plutôt médiocres, comparés aux autres services.

Le Web 2.0 est collaboratif, participatif, collectif, interactif. Le modèle du gratuit financé par la publicité s'impose. La rétribution des contenus amateurs de qualité commence à se généraliser. Il s'agit de rétablir l'équilibre entre culture du gratuit et appropriation de cette culture par l'industrie. Plus qu'un outil marketing pour l'industrie, les sites de partage vidéo permettent de découvrir des talents et de construire des communautés de fans. Le récent dépot de plainte de Viacom contre YouTube, en mars dernier, pour "violation massive et intentionnelle des droits d'auteur", si cela va jusqu'au procès, sera décisif pour l'avenir de la distribution vidéo en ligne aux Etats-Unis mais également en Europe.


Vers un modèle unique ?

Alors que l'enjeu du Web 1.0 était l'accès, le défi du Web 2.0 est désormais d'anticiper les comportements et attentes d'une nouvelle génération. On l'appelle "la génération Y" ou encore "les Millennials". Ils se distinguent avant tout par un mode de vie qui intègre les nouvelles technologies. Ils ont grandi avec l'avènement du numérique et ne peuvent donc pas se souvenir de l'époque où le monde n'était pas relié numériquement. Pour eux, ils est absolument naturel de communiquer sur les réseaux, avec la promesse d'un partage instantané des informations. Les Millennials développent une véritable relation émotionnelle avec leur ordinateur, leur téléphone portable, leur baladeur numérique. Internet fait converger ces différents supports. Il est donc essentiel pour l'industrie de se positionner sur le Web et d'adapter son contenu aux différents supports afin de toucher cette nouvelle audience, à tout moment, en tous lieux.

Une nouvelle tendance se dessine. Nous sommes désormais à l'ère de la culture à grignoter, du divertissement par petites bouchées. La "culture snack", comme l'a décrite le magazine Wired, révèle une société de l'instant, de la consommation fragmentée. Le format court apparaît comme mode de vie des générations haut débit. On passe alors de l'album, au single, à la sonnerie ; du film, à la série, au "minisode". Ce n'est pas la fin du long métrage mais le début d'un morcellement de l'offre. Le contenu doit s'adapter au support et miser sur la valeur du service.

Dans un récent communiqué de presse, l'institut Forrester Research a prédit la fin du modèle payant sur Internet. La VOD serait "une voie sans issue", comme on peut le lire sur Ratiatum. Selon leur étude, le modèle du gratuit financé par la publicité sera le seul capable d'attirer un public de masse. Apple devrait ainsi abandonner son offre d'achat de films en ligne, et se tourner vers la diffusion gratuite des films sponsorisés par les annonceurs.

Les portails vidéos, décris plus haut, et dont le cabinet Forrester chante les louanges, sont en effet une catégorie émergente très prometteuse. Le marché de la publicité en ligne semble s'adapter et pouvoir s'assurer une nouvelle audience réelle. Les internautes sont friands de sites communautaires et gratuits. Mais ne faut-il pas craindre une nouvelle bulle de la publicité. De plus, la qualité a un prix. Si l'on prend le public des Millennials, un public encore jeune, ils n'ont pas forcément les moyens d'acheter des films, même en DVD. Cependant, d'ici quelques années, ils seront à l'âge où l'on préfère mettre le prix pour avoir une qualité de service et d'offre. Le fait que les offres VOD n'aient pas su attirer le grand public, n'est-il pas le signe que les services doivent évoluer et s'adapter à la demande, vers des logiciels de visionnage plus conviviales, des DRM plus souples, une convergence des terminaux encore plus facile, une diversité des formules (gratuit et premium), des catalogues plus riches, une attention particulière vis-à-vis du "user-generated content" et des contenus associés, des moteurs de recherche plus efficaces, une certaine qualité de la ligne éditoriale…?


Sophie Boudet-Dalbin, PhD sur la Distribution de films à travers la Culture et la Communication Internet à l'Université de New York, USA.

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Commentaires à propos de Vers une maturité de l'offre de films sur le net aux USA ? (2/2)
 
shann
Le 23 Mai 2007 à 13h55
Il est totalement illusoire de penser qu'on peut financer la diffusion d'un film entièrement par de la pub.

C'est juste à des années lumières de la réalité des coûts de production.
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