Marc Morin, responsable en chef de la technologie chez sandvine Inc., démontre dans un très bon document intitulé Les Effets du P2P sur les Fournisseurs d'Accès à Internet une bien inquiétante nouvelle : le peer-to-peer mettrait en danger la santé technique et économique d'Internet. Selon cette étude, 50 à 60% du traffic total serait dû aux seuls réseaux P2P. Une façon de justifier le passage à des "forfaits spéciaux P2P" ?

Le premier réflexe lorsque l’on parle du traffic généré par le peer-to-peer sur Internet est de regarder la taille des fichiers que l’on télécharge. Couramment, on pense que trois fichiers mp3 représentent environ 10Mo de traffic générés. Mais en réalité, c’est bien plus que ça, et c’est ce que tend à démontrer cette étude. Car il est vrai que dans les systèmes décentralisés, les clients doivent sans cesse communiquer entre eux pour maintenir les connexions et faire circuler les recherches. Et ce sont ces communications, appelées « bavardages », qui consomment le plus.

Nous avons nous-même enquêter plus avant sur cette question, et c’est sur le site de la CAIDA (Cooperative Assocation For Internet Data Analysis) que nous avons trouvé quelques réponses résumées dans un graphique éloquant (de mai 2002) :


(source : CAIDA)

Nous avons ici mis en couleur les trois réseaux P2P qui figurent parmi les 25 applications les plus gourmandes en bande passantes : FastTrack (Kazaa, Grokster, iMesh), Gnutella (Bearshare, LimeWire, Xolox, Shareaza…), et eDonkey.

Mais ce qui est plus interessant encore, c’est de constater sur cette page que ces clients disparaissent presque entièrement du classement lorsqu’il s’agit d’étudier ceux qui font transiter le plus de volume par flux. Mis en parallèle, ces deux graphiques nous démontrent clairement l’importance du traffic généré par les seuls bavardages des clients P2P.

Dans son étude, Marc Morin dénonce les coûts soulevés par ces traffics pour les fournisseurs d’accès à Internet. Les providers canadiens, Sympatico en tête, proposent de plus en plus de forfaits Internet spécialement dédiés aux consommateurs de Peer-to-peer, et ce n’est sans doute pas un hasard si ce monsieur Morin est d’origine canadienne.

Il existerait selon lui des solutions techniques pour soulager une partie de ce traffic, et donc les coûts engendrés. L’une d’elle consisterait à mettre en relation les réseaux P2P avec la géographie physique des réseaux. En favorisant les échanges au sein d’un même réseau fournisseur, un grand nombre de flux pourraient être évités. Mais surtout, les providers pourraient tenter de mieux gérer les paquets destinés au bavardage des clients.

Et c’est tout l’objet de la société Sandvine pour laquelle Marc Morin travaille. Celle-ci propose des serveurs spécialement dédiés à la gestion des flux générés par Gnutella et FastTrack. Vous pouvez en consulter le datasheet sur ce document PDF.

Espérons toutefois que nos fournisseurs locaux n’imposeront pas bientôt, comme leurs homologues nord-américains, de nouveaux quotas de traffics…

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