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Les adresses IP au coeur de la chasse aux P2Pistes

Guillaume Champeau - publié le Mercredi 12 Juillet 2006 à 12h14 - posté dans High-Tech

Faute de preuves convaincantes, un fournisseur d'accès britannique refuse de suivre les demandes exprimées par le lobby de l'industrie musicale. La veille, la British Phonographic Industry avait exigé la coupure de 59 accès à Internet. En Suisse, Razorback doit également faire face à des preuves très fragiles. En France, la balle est dans le camp du Conseil constitutionnel...

Hier, nous notions dans la nouvelle section "en bref" de Ratiatum que la BPI demandait en Grande-Bretagne la coupure de 59 accès à Internet. Leurs titulaires étaient accusés d'avoir illégalement téléchargé ou mis à disposition des chansons sur Internet. Deux fournisseurs d'accès étaient visés par l'action du lobby de l'industrie phonographique britannique : Cable & Wireless, et Tiscali.

Mais aujourd'hui, Tiscali se rebelle en se demandant en substance si la BPI ne se fiche pas d'elle. En guise de preuves, soit disant "sans équivoque" d'après le patron de la BPI, le lobby n'a fourni qu'une liste d'adresses IP avec heure et jour de connexion. 17 adresses IP en tout, dont une seule était accompagnée d'une copie d'écran montrant un disque en partage. "Vous dites que de telles preuves sont 'accablantes'. Cependant vous n'avez fourni aucune véritable preuve qu'il y a eu téléchargement ni fourni de preuve que le disque en partage étant connecté par l'adresse IP concernée à l'heure concernée", a vivement contesté Tiscali dans une lettre adressée en réponse à la BPI.

La veille, la BPI avait contacté les plus grands médias britanniques pour qu'ils parlent de l'injonction adressée aux FAI. Selon une porte-parole de Tiscali, c'était une "embuscade médiatique". Elle indique à Webuser.co.uk que la BPI a envoyé "sa lettre aux médias avant même que nous n'ayons eu la possibilité de la lire", et que "les informations avec lesquelles ils ont contacté les médias n'étaient pas strictement correctes".

Le Conseil constitutionnel devant la sécurité juridique des internautes

L'absence de preuves ou la fragilité des preuves semble être une habitude pour l'industrie culturelle lorsqu'elle vise les internautes à partir de leur adresse IP. En Suisse, des éléments de preuves encore plus fragiles ont été employés par l'industrie cinématographique à l'encontre de Razorback. Selon nos informations, des documents ont été acceptés par un juge dans le cadre d'une procédure alors qu'ils ne montraient qu'une liste d'adresse IP prélevée sur une période de plusieurs mois. Pendant cette période les adresses IP ont pu être attribuées à une multitude d'abonnés différents, mais l'heure et la date des relevés pour chaque IP n'ont pas été indiqués au juge. Mieux, il est simplement question d'un nombre d'infractions repérées, mais jamais le type d'infraction et l'objet ne sont précisés dans les documents.

En France, la loi DADVSI prévoit d'automatiser les sanctions à l'encontre des internautes, sur le modèle des radars sur route. "Outre les risques évidents d'atteinte à la vie privée, se pose la question du mode de
preuve qui pour l'essentiel ne peut résulter que de dispositifs automatisés et intrusifs
", notent les socialistes dans leur recours au Conseil constitutionnel. Il faudra relever les adresses IP comme on relève les numéros des plaques minéralogiques. "Si le Conseil a admis ce type de contrôle et de preuve de la commission d'une infraction, c'est en rappelant que la détermination de ce mode de preuve relève de la compétence du législateur et que ce dernier doit l'assortir des garanties déterminantes pour sa constitutionnalité", rappellent toutefois les députés de l'opposition. "Or, tel n'est pas le cas en l'espèce".

Pour souligner la particulière gravité de la situation, les députés UDF se sont joints au recours constitutionnel des socialistes. C'est un acte politique très fort, encore ignoré par les médias traditionnels, mais qui pourrait avoir de fortes retombées si le Conseil censure la loi à quelques mois des prochaines élections.
 
Publié par Guillaume Champeau, le 12 Juillet 2006 à 12h14
 
 
11
Commentaires à propos de «Les adresses IP au coeur de la chasse aux P2Pistes»
 
Pour une fois je suis content d'être chez Alice (filiale de tiscali non ?... à moins que ce soit l'inverse...)

Bien jouer en tout cas :)
"C'est un acte politique très fort, encore ignoré par les médias traditionnels"

Pas "ignoré" Kad, "censuré". :bad:
"En France, la loi DADVSI prévoit d'automatiser les sanctions à l'encontre des internautes, sur le modèle des radars sur route"

Je ne sais pas si le projet de loi a encore changé sur ce point (j'en doute, les nouveau amendements n'en parlaient pas) mais le systeme de contravention promet d'etre bcp bcp plus complexe :

voici une copie d'un article de libé paru en mars dernier :

Les radars anti-P2P seront automatiques, pas les amendes

Pister d'abord les œuvres puis remonter en cinq étapes –police, juge, fournisseur d'accès, police– jusqu'à l'auteur supposé d'un téléchargement illégal et enfin envoyer la contravention à l'accusé: c'est le plan du gouvernement pour lutter contre le peer to peer.

par Ludovic BLECHER
LIBERATION.FR : jeudi 09 mars 2006 - 15:57



Même si le gouvernement finit par sortir du bourbier législatif dans lequel il s'enfonce chaque jour un peu plus avec le projet de loi sur le droit d'auteur version 2.0, le plus symbolique des aménagements du texte risque de faire un sacré flop. En troquant l'artillerie lourde (une peine théorique de trois ans de prison maximum et 300.000 euros d'amende) pour une simple contravention (38 euros pour le téléchargement d'une œuvre, 150 pour sa mise à disposition), le ministre soigne son image tout en se dotant d'un mécanisme qu'il fait mine de croire dissuasif. Sur le papier il l'est peut-être. Mais transposée à la réalité, l'efficacité du dispositif est loin d'être acquise.
Pour l'instant, seul le principe a été posé. «A chaque fois que vous vous faites prendre le doigt dans le pot de confiture, cela coûtera 38 ou 150 euros quelque soit le poids des fichiers téléchargés», explique le cabinet du ministre. En clair: pour chaque infraction constatée, une amende sera infligée mais il en coûtera moins cher de se faire prendre avec un seul fichier contenant dix morceaux que si dix morceaux à la suite sont téléchargés.

Œuvres sous suveillance

Reste à constater les infractions. Sur la méthode employée pour y parvenir, le mécanisme que le ministère de la Culture souhaite mettre en place n'est pas encore tout à fait au point. Le sujet fait l'objet d'une réflexion au sein d'un groupe de travail interministériel qui doit remettre sa copie dans les semaines à venir. Mais les grands principes déjà posés laissent supposer la création d'une usine à gaz plutôt que d'une machine à débiter les amendes, susceptible d'effrayer les adeptes, même occasionnels, du peer to peer.

Ce ne sont pas les internautes mais les œuvres qui seront sous surveillance. Grâce à des liste de morceaux, d'albums ou d'artistes les plus téléchargés établies par les société d'auteurs ou les ayants droits qui les remettront à la police. Aux enquêteurs ensuite, de faire tourner un logiciel qui constatera «de façon automatique» les infractions. Pour faire simple: ce logiciel devrait être capable d'aller interroger les différents réseaux peer to peer et d'y relever les adresses IP (le numéro d'immatriculation) des ordinateurs de ceux qui s'adonnent illégalement au téléchargement d'une œuvre. L'heure à laquelle l'infraction est constatée ainsi que l'adresse IP sont stockées et les enquêteurs peuvent alors saisir un juge de proximité. C'est lui qui choisira alors de demander ou non une identification de l'internaute auprès des fournisseurs d'accès. Puis la personne est entendue par un agent de police judiciaire avant de voir le juge appliquer, le cas échéant, la contravention.

«Pas de police de l'Internet»

Aussi complexe soit-il, le mécanisme présente un avantage: il est très protecteur des libertés individuelles. Beaucoup plus, en tout cas, que les radars automatiques placés sur le bord des routes. Car ces derniers transmettent des amendes à tour de bras sans permettre aux automobilistes de contester l'infraction a priori. «L'essentiel pour nous est de respecter les libertés individuelles, de ne pas surveiller les internautes eux-mêmes et que la charge de pister les internautes ne soit pas confiée à des entreprises privée. Il n'y aura pas de police de l'Internet», promet le ministère. Interrogé sur l'efficacité réel d'un mécanisme qui, pour dissuader efficacement, devrait sanctionner largement, le cabinet de RDDV réplique: «Nous sommes justement en train de travailler sur les moyens dont nous allons nous doter, sur le fait de savoir si cette mission sera confiée aux services de police existants ou à une nouvelle brigade. De toute façon, ce ne sont pas les sanctions qui vont résoudre le problème mais le basculement progressif vers l'offre légale qui, grâce à la loi, va être sensiblement élargie. L'objectif n'est pas de faire du chiffre, simplement d'être efficace.»

C'est loin d'être gagné, vu la complexité du système. «La navette entre les agents de police judiciaire et le juge de proximité suppose une procédure très complexe pour chaque infraction», estime Laurence Pecaut-Rivolier, président de l'association nationale des juges d'instance. Je ne vois pas comment mettre en branle une machine aussi lourde pour 38 euros ou même 150 euros d'amende. Et puis les juges de proximité n'ont actuellement ni le temps ni les compétences pour absorber ce travail.»


Reste maintenant à constater quelles seront les "fameuses oeuvres" pistées et quels artistes cautionneront ce flicage

Pour l'anecdote, il faut aussi savoir que les radars automatiques sont illegaux si on cherche assez loin ! Des avocats se sont même fait une spécialité de faire sauter ce genre de contravention : http://money.msn.fr/...s01/default.asp

En un mot, ne vous inquietez pas de la loi DADVSI. Personne n'y croit, ni les internautes, ni les majors, ni même les politiques qui l'ont créé. Je pense qu'il s'agissait surtout de transposer la loi sur le droit d'auteur dans le droit français comme le reclamait Bruxelle et d'echapper ainsi aux sanctions de la commission europenne.
Par traditionnel il voulait peut-être parler de presse écrite comme les journaux papiers etc :chepa:
Je pense que ce qu il entend par medias traditionnels, c'est les medias populaires
Et bien « Metro » est un journal papier et populaire. De même que l'Express.
'Amour', le 01/01/1970 - 01:00
Et bien « Metro » est un journal papier et populaire. De même que l'Express.
A part Métro et l'express ? Qu'est-ce que les autres journaux FOUTENT ?
:colere: :colere:
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