Tiscali a décidé de fermer sa plate-forme Juke Box ouverte en avril dernier en Grande-Bretagne et en Italie. Basé sur le service P2P de Mercora, la plate-forme a été jugée trop interactive par les majors du disque.

« Il est pratiquement impossible de travailler avec l’industrie européenne du disque pour promouvoir la musique en ligne légale« . C’est le titre de la lettre ouverte adressée par Tiscali aux majors de l’industrie du disque en Europe. Le 22 avril 2006, il y a moins de deux mois, le fournisseur d’accès lançait en Italie et en Grande-Bretagne un service de musique par P2P baptisé « Juke Box ». Le système reposait sur l’architecture de la radio Mercora, qui remporte un franc succès aux Etats-Unis, et permet l’écoute de musique diffusée en peer-to-peer. Les titres peuvent être écoutés de façon illimités, mais ils ne peuvent ni être copiés ni téléchargés.

L’aventure fut toutefois de courte durée. Malgré ses limitations l’industrie du disque juge le service « trop interactif« , car il permet de rechercher la musique directement en entrant le nom des artistes ou le genre musical. Or la licence du Juke Box, obtenue auprès des sociétés de gestion collective, couvre les droits dits « non interactifs ». Si Mercora fonctionne sur le même modèle depuis plus d’un an aux Etats-Unis sans susciter d’émotion particulière de la part des maisons de disques, tel n’est visiblement pas le cas en Europe. Les labels ont exigé une renégociation des conditions d’exploitation de la plate-forme, avec des tarifs évidemment plus élevés, ce qu’a refusé Tiscali qui a donc tout simplement fermé le service.

Le fournisseur d’accès exprime sa colère et indique que depuis le lancement du Juke Box, les ventes sur la plate-forme légale Tiscali Music Club (intégrée au Juke Box) avaient augmenté d’environ 30 %. Il est très surprenant, dit-il, de constater « la courte vue de l’industrie du disque qui ne fait aucun effort pour comprendre que ce soient les besoins basiques ou les habitudes des amateurs de musique qui choisissent de consommer de la musique par Internet« . « Un outil de recherche sans fonction pour identifier les chansons au moins par ‘genre’ et ‘artiste’, si ce n’est par le titre du single, est d’une utilité des plus réduites pour un internaute« , juge Tiscali dans sa lettre ouverte.

L’affaire ne sera pas sans importance pour les autres services de musique en ligne en Europe. Par cette attitude stricte, les maisons de disques vont sans doute freiner le développement des offres légales plus qu’elles ne vont l’encourager. Est-il pertinent sur l’internet actuel de distinguer les services interactifs des services non interactifs ? C’est l’une des questions clé que la filière musicale devra adresser dans les plus brefs délais si elles ne veut pas creuser sa propre tombe.

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