La sacro-sainte chronologie des médias semble avoir encore un bel avenir devant elle, malgré les cris d'horreur portés par le monde du cinéma après la décision de Soderbergh de sortir son nouveau film Bubble. Le film n'a pas eu de succès au cinéma. Mais le distributeur veut persister...

Une fois n’est pas coutume, c’est un « ouf » de soulagement qu’ont poussé les exploitants de cinéma en regardant les résultats très décevants de Bubble, le dernier long métrage de Steven Soderbergh. Aux Etats-Unis, où l’on ne parle pas en nombre d’entrées mais en recettes encaissées, le film a généré uniquement 70.664 $ de recettes la première semaine, pour une moyenne de 2.208 $ par écran. En comparaison, Brokeback Mountain gagnait encore plus de 36.000 $ par écran au bout de deux semaines d’exploitation.

Comme nous l’indiquions au moment de sa sortie, Bubble fut le premier film à paraître simultanément dans les salles obscures, dans les magasins en DVD et sur les services câblés de location à la demande. La distribution a fait ainsi totalement l’impasse sur le principe de fenêtrage (appelée « chronologie des médias » en France) qui donne l’exclusivité au cinéma avant de passer la main au DVD en location et à l’achat, puis de finir en VOD et sur les chaînes de télévision. A l’heure où le piratage sur Internet annihile de fait cette chronologie, l’initiative semblait relever d’une certaine logique stratégique, mais a suscité l’ire des exploitants de cinéma. Certains d’entre eux qui y voient une menace terrible pour leur avenir avaient même refusé de le mettre à l’écran.

Le désastre de Bubble au box-office a donc été pour eux un soulagement puisqu’il semble prouver à toute la filière que la sortie simultanée d’un film à l’écran et en DVD cannibalise le succès du film.

Et pourtant, ça n’est pas si sûr.

Bubble, qui n’a coûté que 1,6 millions de dollars à produire, sera rentable. C’est ce qu’annonce sans hésiter Todd Wagner, le dirirgeant de la société de production 2929 qui prévoit déjà de sortir de nouveaux films low-cost de Soderbergh sur le même modèle. Car il ne faut perdre de vue que les sorties en salle coûtent aujourd’hui quasiment toujours plus cher qu’elles ne rapportent. Les bénéfices se réalisent sur les ventes de DVD, qui sont estimées pour Bubble à 5 millions de dollars uniquement pour l’étranger. Viennent ensuite s’ajouter le prix des licences de diffusion vendues aux chaînes de télévision à travers le monde, pendant les très nombreuses années qui suivent la sortie en salle.

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