La marge de manœuvre est étroite. Sur le dossier du recyclage des fréquences utilisées pour la 2G, les opérateurs avancent en ordre dispersé. Bouygues Télécom plaide pour les réemployer immédiatement tandis qu'Orange et SFR veulent attendre mi-2014. Free Mobile, lui, propose de reporter le sujet à une date encore plus lointaine. Et chacun avance ses arguments.

Le recyclage des fréquences utilisées pour la 2G pour soutenir le déploiement de la 4G sera-t-il autorisé ? Bouygues Télécom le souhaite ardemment. L'opérateur de téléphonie mobile, qui dispose déjà d'un réseau d'antennes-relais quadrillant le territoire en 1800 MHz, aimerait bien le réutiliser pour donner un coup d'accélérateur à ses projets en très haut débit mobile.

Mais les concurrents de Bouygues Télécom sont plus réservés, pour ne pas dire franchement hostiles à cette perspective. Et pour cause, Orange et SFR ont dépensé globalement plus d'argent pour acquérir les blocs de fréquences mis en vente par l'Arcep, d'abord dans la tranche des 2,6 GHz puis dans celle des 800 MHz. Le feu vert pour le réemploi des fréquences 1800 MHz serait injuste, à leurs yeux.

C'est un argument qui peut s'entendre. Orange et SFR ne se doutaient pas, au moment de l'appel d'offres, que le sujet du recyclage allait s'imposer. En tout cas aussi rapidement. Si les intentions de Bouygues Télécom avaient été connues plus tôt ou si l'Arcep avait pris en compte ce cas de figure, les deux opérateurs auraient-ils mobilisé autant de moyens pour la 4G ? Rien n'est moins sûr.

Orange et SFR pour mi-2014

Alors, Orange et SFR freinent des quatre fers sur ce dossier. Non pas qu'ils trouvent l'idée de recycler la bande des 1800 MHz mauvaise, mais le calendrier ne leur convient pas. Ils estiment qu'ils doivent avoir un avantage du fait de l'argent dépensé dans la 4G. Autrement dit, le réemploi des fréquences 2G pour la 4G ne doit pas survenir trop rapidement, afin que les investissements dans le cadre de l'appel d'offres se justifient.

Quelle date conviendrait à Orange et SFR ? D'après Les Échos, cette question ne doit pas être posée avant mi-2014. Cela leur laisse ainsi un an et demi de marge de manœuvre où la compétition entre opérateurs sur la 4G se fera strictement au niveau déploiement des antennes-relais 4G, de l'adaptation des installations existantes et des ressources disponibles.

Free songe à 2015

Et le trublion des télécoms dans tout ça ? Discret sur la 4G, Free Mobile soutient une date encore plus lointaine : 2015. Il faut dire que le déploiement de son propre réseau en 2G et 3G mobilise déjà fortement l'opérateur, soucieux de respecter ses obligations réglementaires. Et cela, même si Free Mobile a dépensé 271 millions d'euros pour obtenir des fréquences dans la bande 2,6 GHz.

La stratégie de Free Mobile dans la 4G peut s'expliquer de deux façons : d'une part, reporter le recyclage des fréquences 2G permet de gêner les objectifs de Bouygues Télécom, qui souhaitent rapidement se démarquer avec la 4G. Or, Bouygues Télécom a été durement touché par Free Mobile. En rejetant ce débat à plus tard, le nouvel entrant continuera d'affaiblir l'un de ses rivaux les plus directs.

D'autre part, Free Mobile ne veut pas trop ennuyer son partenaire dans l'itinérance mobile. Nombre de freenautes ont leurs communications qui transitent en effet par les infrastructures d'Orange, en 2G. C'est à dire en 1800 MHz. Lancer maintenant le chantier du recyclage des fréquences, c'est se rajouter des difficultés supplémentaires, alors que les soucis actuels accaparent déjà fortement l'opérateur.

Marge de manœuvre limitée

L'été 2012, l'Arcep a lancé une consultation publique ainsi que des "travaux préparatoires" concernant la réutilisation de la bande 1800 MHz par des technologies "autres que le GSM". Les opérateurs, qui avancent en ordre dispersé, ne sont pas les seuls à avoir des avis opposés. L'Arcep y est plutôt favorable, mais l'exécutif veut ménager les opérateurs, bousculés par une année 2012 riche en évènements.

Les points de vues sont-ils trop éloignés ? L'Arcep est favorable à un développement rapide de la couverture en 4G. Du côté du gouvernement, d'autres enjeux entrent en ligne de compte, comme le niveau des investissements des opérateurs et leurs capacités à recréer de l'emploi dans un secteur qui a été bousculé significativement l'an passé.

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