Le P2P est nul, mais les DRM sont encore pire. C'est peu ou prou la conclusion du rapport de la mission Indicare sur les relations qu'entretient le public européen avec la musique numérique. Très encourageant pour l'avenir de la musique en ligne payante, la mission financée par l'Union Européenne confirme néanmoins que le modèle économique ne peut s'inscrire que dans un contexte de libéralisation des échanges culturels.

En janvier dernier, l’Union Européenne dopait son programme eContent avec un budget de 150 millions d’euros. Le programme devait encourager « l’utilisation et la compréhension des solutions de Gestion des Droits Numeriques (DRM) qui contribuent au marché de l’information numérique« . C’est raté, au moins pour l’encouragement de l’utilisation des DRM. Pour leur compréhension, c’est plutôt une réussite.

Le projet Indicare, qui au sein du programme eContent devait étudier les DRM du point de vue de l’utilisateur, est en effet cinglant. Il a été rendu sur la base d’un sondage réalisé auprès de 4.852 internautes répartis en Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, France, Hongrie, Pays-Bas et Suède. Les réponses de ces internautes européens montrent que si la musique en ligne payante peut se développer, elle ne pourra le faire que via un allègement profond des restrictions d’usage apposées sur les fichiers. « Graver, partager et stocker des fichiers de musique sont des activités relativement fréquentes pour les utilisateurs de musique numérique« , constate Indicare. « Nous pouvons en conclure que les systèmes DRM qui restreignent grandement ces usages pourraient limiter l’acceptation des consommateurs. […] Ils opteront pour des offres de musique numérique qui autorisent ce comportement« .

Le P2P n’est pas l’ennemi de la musique payante

Le sondage d’Indicare montre que les réseaux P2P sont loin d’être une panacée pour les internautes. En premier lieu, la qualité des fichiers musicaux mis à disposition sur ces réseaux est assez peu satisfaisante. Le rapport note que « 84 % des utilisateurs de P2P rapportent que des morceaux qu’ils ont téléchargés étaient au moins de temps en temps incomplets, avaient une mauvaise qualité sonore, ou étaient autrement inférieurs [à leurs attentes]« . Contrairement à une idée reçue sur le Peer-to-Peer, beaucoup d’utilisateurs (82 %) disent également ne pas trouver ce qu’ils veulent sur les réseaux P2P, alors que les offres légales sont, à ce niveau, mieux loties (70 % de mécontents).

Mais les idées reçues tombent de tous les côtés. Les P2Pistes, qu’on se le dise, n’utilisent pas les réseaux pour éviter d’avoir à payer par ailleurs. Indirare indique ainsi qu’une « part considérable de téléchargeurs de musique – en particulier les plus jeunes – téléchargent aussi sur Internet de la musique qu’ils ne connaissaient pas avant« . Et les deux tiers de ces internautes ont ensuite acheté un album de l’artiste qu’ils ont découvert grâce au P2P ! « 44 % ont téléchargé de la musique inconnue par des artistes connus, et 32 % ont téléchargé de la musique d’artistes inconnus« . Le rôle promotionnel du P2P se confirme, et Indicare affirme que ces résultats montrent que « Internet est une bonne source de découverte de nouvelles musiques et de nouveaux artistes pour les consommateurs.

Mieux, « l’Internet est un excellent outil pour les musiciens et les maisons de disques qui souhaitent promouvoir leurs œuvres« , en particulier pour les artistes les moins connus.

Ce sont eux qui pourraient en premier bénéficier des nouvelles possibilités offertes par Internet. Mais à condition qu’ils prennent eux-mêmes conscience que les DRM tant prônés par les majors sont des obstacles à la rémunération de leurs talents.

Les internautes préfèrent la licence légale aux DRM

Dans une discussion privée avec un acteur majeur de la filière musicale, celui-ci nous disait que les majors ne se rendaient pas compte qu’avec les DRM et leur politique répressive, elles faisaient le jeu de la licence légale. C’est confirmé avec le sondage Indicare, qui nous révèle que « près de la moitié des personnes interrogées préfèreraient payer des taxes [sur les CD ou abonnements à Internet] plutôt que de payer pour des fichiers de musique protégés par DRM« .

Entre un morceau sans DRM vendu 1 euro et le même morceau avec DRM vendu 50 centimes, les européens préfèrent acheter le premier. « Les utilisateurs ne veulent pas abandonner leur flexibilité dans l’utilisation de la musique numérique, même si les contenus restreints étaient offerts à moitié prix, constatent ainsi les rapporteurs d’Indicare. L’interopérabilité des formats, dont le rapport confirme qu’il est le premier obstacle à la musique en ligne, n’est toutefois pas le seul problème. Les offres légales ne pourront véritablement se développer que si les maisons de disques acceptent de laisser les utilisateurs partager la musique qu’ils aiment avec leurs proches, et avec des inconnus.

Partager n’est pas pirater. C’est un acte socialement normal et irréversible. Les trois quarts des utilisateurs de musique numérique sondés ont déjà partagé de la musique avec des amis ou de la famille, et ils sont 60 % à l’avoir fait avec des internautes anonymes.

Au moment où le Parlement français doit adopter un projet qui renforce le rôle des DRM au détriment des droits du public, le rapport Indicare appelle législateur et professionnels de la musique à un maximum de prudence…

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