Chers lecteurs, c’est avec beaucoup de sincérité et d’affection que nous vous souhaitons à vous et à vos proches un excellent réveillon, et surtout une très bonne année 2011, tant personnelle que professionnelle. Nous vous souhaitons le meilleur de ce que vous espérez pour cette nouvelle année, et même mieux encore.

Du point de vue numérique, depuis bientôt neuf ans que nous traitons au quotidien de l’actualité des nouvelles technologies et d’Internet, jamais nous n’avions connu une année aussi riche que celle dont nous tournons la page ce vendredi soir, au niveau législatif. 2010 restera gravée comme l’année de l’adoption de la loi Hadopi 1, immédiatement suivie par Hadopi 2, qui ont inauguré un système de répression massive de l’échange culturel gratuit, basé sur les constats d’une police privée dont les méthodes ne sont ni homologuées, ni contrôlées. L’Hadopi a été suivie de la loi sur l’ouverture au marché des jeux en ligne (Arjel), qui a inauguré le filtrage par les FAI sous contrôle judiciaire, et surtout la possibilité de censurer les moteurs de recherche. Enfin, 2010 aura vu l’adoption quasi définitive de la loi Loppsi, qui devrait sauf censure constitutionnelle imposer aux FAI un blocage de sites sur simple décision administrative. Sur le plan européen, ça aussi été l’année de l’adoption du rapport Gallo, et de l’échec cuisant du Parti Pirate aux dernières élections en Suède, son port d’attache historique. Au plan international, la conclusion des négociations sur l’ACTA aura aussi mis fin à l’un des feuilletons de 2010.

Une année noire, en somme. Mais aussi porteuse d’espoirs.

Les tentatives de prises de contrôle du net, orchestrées en France par Nicolas Sarkozy, donnent déjà des signes d’échec. La Hadopi doit user d’artifices de communication pour masquer son manque d’activité, les ventes ne remontent pas, et les seuls effets visibles de sa création sur les pratiques des internautes sont les développements de nouvelles formes de téléchargement illégal, ou la percée d’outils de camouflage autrefois réservés aux réseaux de délinquance dure, désormais utilisés par de simples citoyens qui souhaitent s’échanger la musique ou les films qu’ils aiment.

La réaction de l’hébergeur OVH aux tentatives de censure de Wikileaks par Eric Besson sont aussi le signe qu’il y a en France des acteurs de poids prêts à défendre les droits des internautes, tout comme l’avait fait Overblog. Au sujet de Wikileaks, l’apparition de nombreux miroirs et de noms de domaine alternatifs a aussi démontré que la censure décidée par des Etats était beaucoup moins simple à mettre en pratique qu’à imaginer dans les cabinets ministériels. Même s’il a été négocié jusqu’au bout, l’ACTA a aussi beaucoup cédé de terrain par rapport aux prétentions initiales qui auraient abouti à une auto-censure du net par les FAI et hébergeurs.

2010, c’est aussi l’année où a percé Mediapart, qui a démontré qu’un journalisme de qualité, indépendant, à la fois sérieux et engagé, pouvait donner une nouvelle chance à la presse écrite, même payante. C’est aussi l’année où des projets qui peuvent paraître utopiques, comme Diaspora, le .p2p ou le .42, sont nés, et entretiennent l’espoir d’un monde numérique meilleur.

En 2011, les combats seront peut-être moins précis, mais plus importants encore à mener. Car contrairement à la riposte graduée dont on se doute qu’elle a une date d’expiration et qu’elle ne laissera guère de traces, les combats à venir détermineront pour de très nombreuses années la direction que prendra le numérique dans le monde. Il s’agit des combats sur la neutralité du net, où il faudra savoir se méfier des contrefaçons, et sur l’ouverture des terminaux d’accès aux contenus. Nous pensons bien sûr à Apple et son modèle propriétaire iTunes/iPod/iPad, qui tend à créer un monde numérique parallèle, censuré, où tout est contrôlé d’une même main, de la distribution à l’utilisation des contenus acquis. Mais nous pensons aussi à Free, avec sa Freebox Revolution et son Free Store, et à tous ceux qui sont tentés de suivre le même modèle que la firme de Cupertino. Ce sera aussi et toujours le combat pour le respect de la vie privée, de la liberté d’expression, et de l’accès à la connaissance.

En ce qui concerne Numerama, nous souhaitons plus que jamais continuer à décrypter ces enjeux et à innover en 2011, à l’image de la mise en place étendue de Flattr, que vous avez été nombreux à accueillir avec enthousiasme en cette fin d’année. Beaucoup des projets qui n’ont pas pu se matérialiser en 2010 seront une réalité dans les mois qui viennent. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et à faire connaître Numerama autour de vous, et nous ne saurons jamais vous en être assez reconnaissants. Merci, mille fois merci de cette confiance que vous nous accordez. Et surtout, bonne année !

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