Hollywood échoue à imposer une riposte graduée contre BitTorrent en Australie
Guillaume Champeau -
publié le Vendredi 05 Février 2010 à 10h43 -
posté dans Peer-to-Peer
![]() La justice australienne a refusé de condamner le fournisseur d'accès iiNet à bloquer BitTorrent ou à suspendre l'accès à Internet de ses abonnés suspectés de piratage. Le FAI était poursuivi par les plus grands studios d'Hollywood, qui espéraient créer un précédent judiciaire favorable à une riposte graduée ou à un filtrage du net. Mais à la place, le juge a expliqué pourquoi la suspension de l'accès à Internet était une demande "déraisonnable" de la part des studios... Le jugement de 636 paragraphes était très attendu, au terme d'un procès fleuve. Mercredi, la justice australienne a débouté les studios hollywoodiens de toutes leurs prétentions à l'encontre de iiNet, le troisième fournisseur d'accès le plus important en Australie. Warner Bros, Disney, Paramount, Columbia ou encore Twentieth Century Fox avaient poursuivi le FAI en justice pour obtenir qu'il bloque l'utilisation de BitTorrent sur son réseau, ou qu'il accepte de suspendre l'accès à Internet des abonnés suspectés de téléchargement illégal, dont l'adresse IP lui serait communiquée par les ayants droit. Le tribunal fédéral a reconnu l'existence d'un piratage massif sur le réseau du FAI, mais refusé de le rendre responsable. Il a estimé que contrairement à ce que prétendaient les studios, iiNet n'avait pas "autorisé" le partage illicite de fichiers sur BitTorrent par l'absence de mesures préventives. Les studios hollywoodiens espéraient que la justice australienne condamne le FAI comme elle avait condamné l'éditeur du logiciel de P2P Kazaa. Raté. Le juge a estimé que ça n'était pas parce que iiNet ne faisait rien pour empêcher l'utilisation de BitTorrent sur son réseau qu'il avait nécessairement "autorisé" son utilisation à des fins illicites. Pour appuyer leurs prétentions, les plaignants avaient indiqué au tribunal que malgré les relevés d'adresses IP "pirates" transmis à iiNet, le FAI a toujours refusé de suspendre l'accès à Internet des abonnés concernés, ce qui était pour eux une preuve de complicité. Ils souhaitaient en quelque sorte que le FAI collabore à une riposte graduée sans l'intermédiaire de la justice, sur simple dénonciation. Et pour contrer tout argument sur l'atteinte à la liberté de communication induite par la suspension, ils rappelaient que le FAI coupe l'accès en cas d'impayé. Mais comme le relève Michael Geist, le tribunal n'a pas du tout admis l'argument, et même expliqué en longueur pourquoi la riposte graduée n'était pas un mécanisme raisonnable de lutte contre le piratage. Tout d'abord, le juge estime que "quel que soit leur qualité" les relevés d'adresses IP transmis par l'industrie cinématographique ne sont pas suffisants pour déterminer de façon certaine qu'il y a bien atteinte aux droits d'auteur de la part de l'abonné. "La Cour a dû examiner une quantité très importante de détails techniques et juridiques sur des dizaines de pages dans ce jugement pour déterminer si des clients d'iiNet, et à quelle fréquence des clients d'iiNet violent des droits d'auteur en utilisant le système BitTorrent", note le tribunal. "Contrairement à des allégations sur le droit d'auteur, le défendeur (iiNet) n'a pas besoin de tiers pour avoir la preuve que ses abonnés n'ont pas payé leur facture avant de décider de suspendre leur compte". "La contrefaçon de droit d'auteur n'est pas un sujet simple", constate le jugement. "Il est fortement problématique de conclure que de telles questions devraient être décidées par une personne privée, tel que le défendeur, plutôt que par un tribunal". Le juge ajoute que même en imaginant que ça soit possible pour un FAI de déterminer juridiquement et techniquement s'il y a bien eu infraction au droit d'auteur, les dépenses induites seraient très importantes, et ne pourraient pas reposer sur les épaules des FAI alors qu'ils ne sont pas responsables des agissements de leurs clients. Enfin, le tribunal estime qu'il ne serait "pas raisonnable" de couper l'accès à Internet à cause de violations de droits d'auteur. "Evidemment la suspension des comptes de l'abonné constituerait une étape qui empêcherait la personne ou les personnes de violer des droits d'auteur (au moins avec ce FAI), mais il empêcherait aussi cette personne ou ces personnes d'utiliser Internet pour toutes les autres utilisations non contrefaisantes", peut-on ainsi lire. Or, le juge rappelle que dans l'affaire Kazaa, l'éditeur n'a été contraint de fermer son réseau P2P que parce qu'il avait été démontré lors du procès que le piratage était l'utilisation prédominante faite de Kazaa. Mais lorsque le FAI reçoit des plaintes pour piratage, rien ne lui permet de dire que son client utilise Internet essentiellement pour pirater. C'est un peu aussi l'idée qui transparait dans la décision du Conseil constitutionnel sur la loi Hadopi. Les sages avaient prévenu que la suspension de l'accès ne pourrait être prononcée par un juge que si elle constitue une mesure "strictement nécessaire", et "proportionnée". Ce qui ne sera probablement pas le cas pour quelques films ou albums téléchargés. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Hollywood échoue à imposer une riposte graduée contre BitTorrent en Australie»
@sacefe ne confonds pas la justice australienne avec son gouvernement et encore moins avec son peuple ....
c'est définitif ou il y aura appel?si oui et ba de toute facon on perdra,les magouilles en appel c'est bien connu
C'est beau. Qui plus est c'est argumenté savamment ce qui rend ce jugement encore plus magnifique et mirifique.Sur ce coup, au moins, on ne pourra pas accuser le juge d'être complice des ayants-droit.db
On comprend mieux pourquoi ils n'ont impliqué leur justice dans le filtrage du net. Elle a l'air béton!
@ Gourmet C'est bien pour ça que certains voudraient bien By-passer la Justice. Et l'ACAC ( ACTA ) ?uvre dans ce but, après les tentatives quasi-avortées de Hadopi et Loppsi. Un grand bravo à certains députés, certaines associations et certains journaux en ligne.
Voilà une sage décision qui devrait faire jurisprudence au niveau mondial. De toutes façons j'attends avec impatience les premiers procès en France de ceux qui ne se laisseront pas couper leur connexion sans réactions.
Penses tu que les gens qui vont avoir leur connexion coupé vont vouloir porter l'affaire en justice ? Parce que c'est pas la classe moyenne/pauvre qui pourrait se payer des frais ou perdre leur temps alors qu'ils ont autre chose de foutrement plus important à faire comme travailler et s'occuper de leur famille.
Ce genre de "loi" est terrifiante parce qu'elle nous réprouve encore plus que ce que ne le fait déjà la société en tant normal en sachant que finalement elle est injuste et que on ne peut pas vraiment lutter contre. Nous sommes tellement esclave de notre travail et notre besoins d'avoir de l'argent pour exister. Et faut pas se leurrer on est en période de crise et ça favorise toujours l'arrivé au pouvoir d'un système tyrannique ( la prochaine étape pour contrecarrer la crise, sera la suppression de toute les aides sociales, tu peux en être sûr). "La contrefaçon de droit d'auteur n'est pas un sujet simple", constate le jugement.
Ils sont lucides en Australie, on n'a jamais entendu ça en France! bof l'autralie cest un pays avec un peuple un peu stange au final .
un melange de tous les pays avec une grosse base anglaise puritaine a mort mais qui n'est pas derangee par le fait d'avoir spoile les aborigenes et qui se scandalise d'un jeu violent. bha sinon huhu hiro les aides sociales bha moi si on les supprime ca va augmenter mon niveau de vie vue ma diminution d'impots ;) Bittorent, Emule, pourquoi s'acharner sur des choses dépassés ? à part dépénser du fric pour rien je voit pas bien.
de toute les façons ce n'est pas franchement raisonnable que de croire que le procès "juste" pourra sauver l'industrie de la création.
La création elle même saura sauvé son industrie si elle dépasse la notion d'intérêt au profit de l'expérience. Avatar l'a prouvé, le cinéma n'est pas mort il suffit de le réinventer en permanence pour donner aux gens le sentiments de ne pas être d'éternel vache à lait que l'on veut voir dépenser 10€ pour spiderman 12 et consors. Aucunes de leurs lois ou traîtés nauséabonds ne seras applicable nulle part. Internet est sans frontières, l'information y est volatile, le partage sa substance-même. Vouloir s'en prendre a ce concept c'est tout méconnaître de ce média, et il fait pas bon de s'en mettre ses utilisateurs a dos, comme certains politiques qui en ont déjà fait les frais, ou comme certains "artistes".
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En tout cas une bonne nouvelle et un sacré revers pour l'ACTA qui espérait un précédent judiciaire.
Comme quoi parfois il y a de bonnes surprise.
Le combat continue néanmoins!!!