Alors que doivent s'ouvrir en fin d'année les Assises de la création, et les discussions sur la rémunération des auteurs souhaitées par Frédéric Mitterrand, Jacques Attali prend les devants et conseille aux auteurs d'éviter toute alliance entre les FAI et les majors qui leur serait préjudiciable. Dans une longue interview à Libération, il défend un mécanisme de licence globale géré par les sociétés d'auteur, au profit des créateurs. Et fustige une nouvelle fois la loi Hadopi, qui ne répond selon lui qu'à une logique politicienne erronée.

On ignore rien de l’attachement de Jacques Attali à la licence globale, et de son hostilité la plus vive à l’égard de la répression du téléchargement illégal. La première fois qu’il en a fait part publiquement, c’était à l’occasion d’une conférence donnée à un parterre de cadres de l’industrie du disque au Midem de janvier 2007, à Cannes. Il plaidait alors pour la gratuité d’usage de la musique, comme il l’avait prédit dans un ouvrage (Bruits, Fayard) paru en… 1977. Lorsqu’il a été voté au Sénat un texte permettant aux sociétés d’ayants droits d’obtenir l’identité des P2Pistes à partir de leur adresse IP pour les poursuivre, il avait dénoncé, en 2007, un « devoir de délation« . Chargé par Nicolas Sarkozy de proposer des mesures destinées à libérer la croissance, Attali avait écrit dans son rapport que « la mise en place de mécanismes de contrôle des usages individuels (filtrages généraux, dispositifs de surveillance des échanges) constituerait un frein majeur à la croissance » dans l’industrie culturelle. Il plaidait, déjà, pour une « contribution » versée par les FAI aux sociétés d’ayants droit.

Mais c’est véritablement la loi Hadopi qui le fait sortir de ses gonds. Il publie dans L’Express en mars 2009 une tribune violente dans laquelle il dénonce « une loi indigne, absurde et scandaleuse« , et un gouvernement qui, par « connivence » avec des « artistes vieillissants » et les dirigeants des majors, « préfère engraisser les majors de la musique et du cinéma, devenues aujourd’hui cyniquement, consciemment, les premiers parasites de la culture« . Emballez, c’est pesé. Appelant de ses voeux la réunion d’une table ronde autour de plusieurs propositions fondatrices, l’économiste et intellectuel plaide au contraire pour la licence globale, et conjure les artistes de la prendre en main.

La loi Hadopi 2 ne devant être votée qu’à la rentrée parlementaire de septembre, Jacques Attali profite du flottement pour renforcer son soutien à la licence globale, telle que la présentent les députés socialistes avec la contribution créative. Dans une longue interview à Libération, l’ancien conseiller de François Mitterrand remet une couche contre « la défense de quelques artistes, qui, eux-mêmes, ne représentent plus la dynamique du futur« . Il voit dans l’acharnement présidentiel « une cohérence« , « celle de défendre quelques vedettes politiquement très visibles, mais qui ne représentent rien ». « Et qui, si on y réfléchit bien, sont surévalués au regard de leur utilité artistique, pour ne pas parler de leur utilité sociale« , tacle l’économiste. Pour lui c’est clair, la loi Hadopi « ne servira à rien« .

Il se félicite, dès lors, des propos de l’ancien président de la Sacem Laurent Petitgirard, qui a dessiné les contours d’une « licence musique » : une taxation des FAI, sans autre contrepartie pour les internautes que la mise à disposition d’une plateforme légale officielle propre à chaque fournisseur d’accès. Alors que nous y voyions la volonté de confisquer la distribution des œuvres au main des majors associées aux FAI, Attali estime que ça serait une « avancée considérable » si ça devenait la position officielle de la Sacem. « Ce serait un progrès pour la Sacem, un véritable changement de paradigme (…) À partir du moment où ils auront accepté de changer de paradigme, la discussion sera infiniment plus ouverte, et beaucoup d’autres choses pourront être admises« .

Il précise toutefois qu’une rémunération par une taxe sur les FAI ne peut pas être combinée à l’Hadopi. « Il ne faut pas que ça le beurre et l’argent du beurre« .

« Si la Sacem avait adopté cette position il y a cinq ans, on aurait aujourd’hui un paysage infiniment plus clair et bien plus profitable aux artistes qui seraient très bien rémunérés via le net« , tacle Jacques Attali, qui renvoie dans ses 22 l’argument qui veut qu’il soit trop difficile de mesurer le nombre de téléchargement des œuvres pour rémunérer équitablement les auteurs. « Il n’est pas plus difficile de connaître le nombre de fois où un film a été téléchargé, que de faire le tour de tous les bals populaires pour savoir quelles musiques ont été jouées par les orchestres amateurs, comme le fait la Sacem depuis un siècle. »

Partager sur les réseaux sociaux

Articles liés