Jacques Attali muscle son soutien à la licence globale contre Hadopi

Guillaume Champeau - publié le Mardi 18 Août 2009 à 15h13 - posté dans Musique Numérique

Alors que doivent s'ouvrir en fin d'année les Assises de la création, et les discussions sur la rémunération des auteurs souhaitées par Frédéric Mitterrand, Jacques Attali prend les devants et conseille aux auteurs d'éviter toute alliance entre les FAI et les majors qui leur serait préjudiciable. Dans une longue interview à Libération, il défend un mécanisme de licence globale géré par les sociétés d'auteur, au profit des créateurs. Et fustige une nouvelle fois la loi Hadopi, qui ne répond selon lui qu'à une logique politicienne erronée.

On ignore rien de l'attachement de Jacques Attali à la licence globale, et de son hostilité la plus vive à l'égard de la répression du téléchargement illégal. La première fois qu'il en a fait part publiquement, c'était à l'occasion d'une conférence donnée à un parterre de cadres de l'industrie du disque au Midem de janvier 2007, à Cannes. Il plaidait alors pour la gratuité d'usage de la musique, comme il l'avait prédit dans un ouvrage (Bruits, Fayard) paru en... 1977. Lorsqu'il a été voté au Sénat un texte permettant aux sociétés d'ayants droits d'obtenir l'identité des P2Pistes à partir de leur adresse IP pour les poursuivre, il avait dénoncé, en 2007, un "devoir de délation". Chargé par Nicolas Sarkozy de proposer des mesures destinées à libérer la croissance, Attali avait écrit dans son rapport que "la mise en place de mécanismes de contrôle des usages individuels (filtrages généraux, dispositifs de surveillance des échanges) constituerait un frein majeur à la croissance" dans l'industrie culturelle. Il plaidait, déjà, pour une "contribution" versée par les FAI aux sociétés d'ayants droit.

Mais c'est véritablement la loi Hadopi qui le fait sortir de ses gonds. Il publie dans L'Express en mars 2009 une tribune violente dans laquelle il dénonce "une loi indigne, absurde et scandaleuse", et un gouvernement qui, par "connivence" avec des "artistes vieillissants" et les dirigeants des majors, "préfère engraisser les majors de la musique et du cinéma, devenues aujourd’hui cyniquement, consciemment,  les premiers parasites de la culture". Emballez, c'est pesé. Appelant de ses voeux la réunion d'une table ronde autour de plusieurs propositions fondatrices, l'économiste et intellectuel plaide au contraire pour la licence globale, et conjure les artistes de la prendre en main.

La loi Hadopi 2 ne devant être votée qu'à la rentrée parlementaire de septembre, Jacques Attali profite du flottement pour renforcer son soutien à la licence globale, telle que la présentent les députés socialistes avec la contribution créative. Dans une longue interview à Libération, l'ancien conseiller de François Mitterrand remet une couche contre "la défense de quelques artistes, qui, eux-mêmes, ne représentent plus la dynamique du futur". Il voit dans l'acharnement présidentiel "une cohérence", "celle de défendre quelques vedettes politiquement très visibles, mais qui ne représentent rien". "Et qui, si on y réfléchit bien, sont surévalués au regard de leur utilité artistique, pour ne pas parler de leur utilité sociale", tacle l'économiste. Pour lui c'est clair, la loi Hadopi "ne servira à rien".

Il se félicite, dès lors, des propos de l'ancien président de la Sacem Laurent Petitgirard, qui a dessiné les contours d'une "licence musique" : une taxation des FAI, sans autre contrepartie pour les internautes que la mise à disposition d'une plateforme légale officielle propre à chaque fournisseur d'accès. Alors que nous y voyions la volonté de confisquer la distribution des oeuvres au main des majors associées aux FAI, Attali estime que ça serait une "avancée considérable" si ça devenait la position officielle de la Sacem. "Ce serait un progrès pour la Sacem, un véritable changement de paradigme (...) À partir du moment où ils auront accepté de changer de paradigme, la discussion sera infiniment plus ouverte, et beaucoup d’autres choses pourront être admises".

Il précise toutefois qu'une rémunération par une taxe sur les FAI ne peut pas être combinée à l'Hadopi. "Il ne faut pas que ça le beurre et l'argent du beurre".

"Si la Sacem avait adopté cette position il y a cinq ans, on aurait aujourd’hui un paysage infiniment plus clair et bien plus profitable aux artistes qui seraient très bien rémunérés via le net", tacle Jacques Attali, qui renvoie dans ses 22 l'argument qui veut qu'il soit trop difficile de mesurer le nombre de téléchargement des oeuvres pour rémunérer équitablement les auteurs. "Il n’est pas plus difficile de connaître le nombre de fois où un film a été téléchargé, que de faire le tour de tous les bals populaires pour savoir quelles musiques ont été jouées par les orchestres amateurs, comme le fait la Sacem depuis un siècle."

 

 
 
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Commentaires à propos de Jacques Attali muscle son soutien à la licence globale contre Hadopi
 
pnmen
Le 18 Août 2009 à 15h47
Je reconnais que l'accord à venir entre la sacem et les FAI n'est pas parfait, loin de là.
cependant, comme pour toute discussion, il faudra bien parvenir à un compromis.
les chances de pouvoir télécharger à volonté video, logiciel, musique et autres jeux, pour 5 € par mois et depuis n'importe quelle plateforme, sont nulles.
Et c'est plutôt normal.

A mon avis, il n'est clairement pas dans l'intérêt des internautes de se braquer aussi clairement contre le projet de licence sacem / fai.
Ok, ce n'est pas la licence de nos rêves. mais c'est un point de départ. et pour toute discussion il faut un point de départ.

il faut donc veiller à ce que notre discours ne soit pas réduit à celui d'extrémistes du tout gratuit ou des utopistes du web. sans quoi, nous ne serons jamais pris au sérieux et aucune demande ne pourra aboutir.

Pour ma part, je suis content de voir que la Sacem est en train d'évoluer (j'étais à leur conf de presse, assis à la gauche du patron, et il m'a dit qu'ils allaient tout droit vers un système de licence).
c'est quand même un virage à 180 dans leur discours. A nous de savoir tirer parti de ce revirement.
tomy13
Le 18 Août 2009 à 16h01
Il y a du pour et du moins pour dans ce qu'Attali écrit.
Le moins pour est la dernière phrase qui suppose une écoute de ce qui se passe sur le réseau, et cette action d'écoute, ce n'est pas du tout correct, et on n'y tient pas du tout.
Le plus simple dans l'histoire serait que les ?uvres soit misent a disposition sur le net par ceux qui comptabiliseraient les téléchargements.
deadalnix
Le 18 Août 2009 à 16h12
pnmen, le 18/08/2009 - 15:47
il faut donc veiller à ce que notre discours ne soit pas réduit à celui d'extrémistes du tout gratuit ou des utopistes du web. sans quoi, nous ne serons jamais pris au sérieux et aucune demande ne pourra aboutir.


Et pourquoi ne serait-ce pas le tout payant l'utopie ?

Hého, faut ouvrir les yeux, il y a des moyens d'échanger des données totalement incontrôlables, il va falloir en tenir compte un jour !
misterboogie
Le 18 Août 2009 à 19h19
ci joint réponse a une etude que j'avais fait sur la sacem.Laurent Petitgirard ancien President de la Sacem,reconnait qu'il n'y a que 3.000 artistes qui vivant des revenus de la sacem:
Tout d'abord pas besoin de Google, le rapport Sacem est disponible à tous sur le portail Sacem.
Ensuite vous oubliez que peut s'inscrire à la Sacem toute personne ayant eu une "oeuvre" diffusée dans un lieu acquittant le droit d'auteur.
La Sacem est alors tenue d'accepter l'adhésion.
Vous pensez réellement qu'il y a 130.000 compositeurs de musique ou auteurs dans notre pays....
Vous n'imaginez pas les dizaines de milliers de sociétaires qui ont écrit une ou deux chansons, interprétées une fois sur la radio locale et qui sont ensuite retournée à leur vrai métier.
C'est très facile de lancer ce chiffre, mais lorsqu'il s'agit de personnes que très peu d'oeuvres, généralement jamais jouées, il n'y a pas de scandale épouvantable à ce qu'elles ne génèrent pas de droits.
Lorsque vous dites qu'il n'y a que 3.000 sociétaires (Sacem) qui peuvent vivre de leurs seuls droits d'auteurs, vous avez raison, mais vous oubliez les 15.000 derrière pour lesquels les droits d'auteurs constitueront un complément significatif de leur métier d'interprète, par exemple.
Vous oubliez également les milliers d'auteurs étrangers qui reçoivent des droits via la Sacem, du fait des accords de réciprocité entre sociétés d'auteurs, on est alors bien au delà de votre chiffre de 3.000.

Vous estimez le coût de gestion sous évalué, il est implacable car on voit bien ce qui est réparti et ce qui a été perçu, la différence c'est le coût de gestion.
Je n'aime d'ailleurs pas cette présentation, la vérité est que le coût de gestion est de 20%, mais qu'il est diminué par les produits financiers des sommes en attente de répartition, ce qui le rabaisse à 15% (un peu plus cette année car les produits financiers baissent, crise oblige).
Voilà, bravo donc pour vos recherches (sur des documents accessibles à tous, je le rappelle) mais n'en tirez pas systématiquement les conclusions qui vous arrangent.
Cordialement.
LP
voir le debat complet(page 7 de la discussion)
http://www.numerama....#ac_newscomment
EDU
Le 19 Août 2009 à 08h07
pipeau encore un fois.. on endort le consomateur..

on aura bien HADOPI + la licence globale... en gros on va payer pour rien telecharger :D

excellent non ? ....

et du vent ces mots, c'est juste pour faire bonne facade devant les artistes.. il donne lui même le pourquoi de la chose et s'affiche lui même..

sont fort ces mecs...
Gourmet
Le 19 Août 2009 à 13h44
Pan ! Pan ! et repan !"Il n'est pas plus difficile de connaître le nombre de fois où un film a été téléchargé, que de faire le tour de tous les bals populaires pour savoir quelles musiques ont été jouées par les orchestres amateurs, comme le fait la Sacem depuis un siècle."Ouais sauf que ça ferait ch... la SACEM de licencier tout ce beau personnel qui arpente la France à longueur d'année.Faut bien justifier un budget honteux !db
qaruk.zurack
Le 19 Août 2009 à 15h23
Il n'est pas plus difficile de connaître le nombre de fois où un film a été téléchargé


Je me demande juste, c'est pas précisément une difficulté notable ? Faudrait voir le contenu des flux entrants chez le user... le nom de fichier ne faisant pas foi... ou alors c'est la porte ouverte à la fraude par falsification de stats de DL...
 
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