Pascal Nègre entrouvre la porte de la licence globale

Guillaume Champeau - publié le Mardi 07 Octobre 2008 à 16h04 - posté dans Musique Numérique

Opposant historique à l'abandon des DRM et à l'adoption de la licence globale, le patron d'Universal Music France Pascal Nègre met de l'eau dans son vin. Après l'abandon contre sa volonté des systèmes de protection le catalogue d'Universal, l'icône de la lutte contre le piratage évoque désormais la possibilité d'en venir à une licence globale si les solutions commerciales n'étaient pas viables. Ce qui risque fort d'être le cas.

Ces dernières années les nombreux discours alarmistes d'Universal Music ont pu laisser croire que la filiale du groupe Vivendi regardait passer le train du P2P comme un chien qui aboit au passage du facteur venu délivrer un avis de décès. Mais en moins de deux ans, la première maison de disques au monde a su tirer profit de sa puissance financière et de la crise du secteur pour améliorer ses parts de marché et négocier de multiples accords privés. Du partage de revenus publicitaires par ci (SpiralFrog, Deezer, Jiwa, MySpace Music...), de l'intéressement sur des équipements mobiles par là (taxe sur le Zune, accord avec Nokia,...). La maison de disques a même finalement abandonné les DRM sur tous les services concurrents d'iTunes pour les rendre enfin compatibles avec l'iPod.

Elle n'a pas oublié non plus son coeur de métier. Après s'être concentrée dans un premier temps sur la musique la plus commerciale pour renflouer son chiffre d'affaires avec des valeurs refuges (la variété et la télé-réalité), Universal a su développer de nouvelles signatures très rentables comme Amy Winehouse ou Tokio Hotel. Elle a en plus sorti le porte-monnaie pour réaliser quelques acquisitions stratégiques, BMG Publishing et Sanctuary en tête, et négocié des paiements de redevance en hausse dans différentes régions dont les Etats-Unis et la France.

Ce retroussage de manches fait illusion, pour le moment. A la publication des derniers résultats de Vivendi, la maison de disques affichait un chiffre d'affaires de 257 millions d'euros au premier semestre 2008, en hausse de 17,7 % par rapport à l'an dernier.

Sans avoir abandonné d'un iota la lutte contre le piratage, Universal paraît cependant se donner davantage le temps de la réflexion et y accorder moins d'importance qu'auparavant. Le label semble même se résigner à l'idée de la licence globale si jamais les accords privés qu'elle a soigneusement ficelés ces derniers mois étaient rattrapés par la réalité d'un marché trop difficile à monétiser. Dans un entretien à Premier Cercle, le président d'Universal Music France Pascal Nègre envisage ainsi la licence globale qu'il a combattue comme un avenir possible de la distribution numérique. "J'estime qu'il faut d'abord voir si les autres modèles marchent ou pas", prévient tout de même celui qui a attendu 10 ans de voir si les DRM marchaient avant de se décider à les abandonner.

Car pour le moment, les bons résultats d'Universal Music reposent essentiellement sur des lancements de start-up avec leur lot habituel d'injections de capital risque. Nul ne sait si ces paris seront réussis dans les prochaines années, et la crise financière qui secoue les investisseurs devrait fortement limiter les prises de risques dans les secteurs en crise comme la musique, pour plusieurs années.

"Si on en arrive [à envisager la licence globale], cela voudra dire qu'on n'a pas réussi à créer un véritable modèle économique", avertit encore Pascal Nègre. Mais il reconnaît pour la toute première fois que "pour la musique ça ira encore". Il avance même un premier calcul. "Avec une taxe de 10 milliards d'euros par an on arrive à 6 ou 7 euros par mois par abonné", indique-t-il. "Mais que fait on du cinéma, qui connaît le même problème ? Pour le financer il faudra doubler le prix des abonnements Internet. Je ne crois pas que les abonnés seront d'accord."

Effectivement, s'il fallait doubler le prix de l'abonnement à Internet, les abonnés ne seraient pas d'accord. Mais heureusement, le calcul de Pascal Nègre est faux. S'il fallait aujourd'hui compenser 100 % du chiffre d'affaire de la musique enregistrée en France, ça n'est pas 10 milliards d'euros par an qu'il faudrait réunir (quelle gourmandise), mais environ 1 milliard d'euro selon les chiffres du très sérieux Observatoire de la musique et de l'institut Gfk. Or avec 17 millions d'abonnements haut-débit en France, c'est moins de 5 euros qu'il faudrait prélever par mois et par abonné pour réunir le chiffre d'affaire annuel de toute l'industrie musicale. Or, rassurons-nous, comme le montre la progression du chiffre d'affaires d'Universal malgré un piratage toujours aussi présent et toujours largement impuni, une licence globale ne ferait pas s'écrouler d'un coup l'entièreté du chiffre d'affaires de l'industrie musicale.

Ca n'est donc pas 10 milliards, ni même 1 milliard d'euros qu'il faudrait réunir, mais beaucoup moins, pour assurer des revenus équivalents. Idem pour le cinéma, s'il fallait adapter le même système à une industrie qui vit cependant plus facilement des revenus publicitaires et des entrées en salle que la musique.

Crédit photo : Jean Ber

Publié par Guillaume Champeau, le 7 Octobre 2008 à 16h04
 
 
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Commentaires à propos de «Pascal Nègre entrouvre la porte de la licence globale»
 

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ps : sur une telle plateforme, je verrai bien aussi, des performers visuels (danse, théâtre), ainsi que des créateurs audiovisuels (courts métrages, producteurs de films indé etc etc) et pas que des musicos.
17 millions d'internautes X 5 € X 12 mois = 17.000.000 X 5 X 12 = 1.020.000.000 €, soit plus d'un milliard d'euros.

Enlevons y vingt millions d'euros (cher payés!) affectés à une répartition équitable de ces sommes, cela fait 1.000.000.000 € sans avoir à payer le moindre frais de distrib...

... ça fait rêver, non ? :-)
@ikariya : justement la juste rémunération des artistes serait difficilement assurée. De toutes façons, tout le monde ici a été tellement habitué à avoir la musique gratuite qu'on revoit tout à la baisse ! Même à 5€, tout le monde se plaint. Désolé, mais qd j'étais gamin j'allais acheter mes disque 150 francs chez mon disquaire et ça n'a pas de rasion de changer !!! La musique a un prix, il faut des moyens et des ressources pour qu'elle se développe, et c'est notamment le boulot des producteurs !!!
@alpha

ben oui, le boulot des producteurs et des maisons de disques c'est de fabriqueur un prix à la musique et pour ça ils empochent 80% du prix d'un CD.

Le compte est vite fait, qu'on laisse les artistes diffuser tous seuls sur une plateforme ouverte et on élimine 80% du prix !

Ca n'empèche évidemment pas ceux qui le souhaitent de faire appel à une structure pour les promouvoir mais ce sera sur leurs deniers personnels.
allez arrêtez de emballer tout le temps, il n'y a rien de concret encore, alors patience et nous jugerons de ces potentielles "alternatives" quand elles seront officiellement proposées.

Même si j'aime pas trop ce mec parce qu'il balance toujours des chiffres bidons, il fait un pas. Ok un petit pas mais c'est un début.

Tout le monde se plaint "ouais a quand la licence globale etc" et quand enfin un major l'envisage peut être vous rallez.

wait & see
66.6 milliards de francs par an !!
Je ne crois pas que lavente de disque en France représentait une telle somme !!
'alphapronto75', le 01/01/1970 - 01:00
Hallucinant quand même pour une fois que les Majors sont prêt à revenir sur leurs positions et BAM encore descendus.
C'est pourtant ce que tout le monde voulait la licence globale ? non ?
Et là tous le monde recommence comme pour la riposte gradué. 5€ c'est trop cher ! 5€ c'est même pas le prix d'un album au mois. Donc franchement c'est cadeau quand même.
Par contre je suis pour le choix de laisser l'internaute choisir, mais dans ce cas le mieux pour celui refusant de payer la licence de ne pas se faire surprendre à télécharger illégalement :)


ce que tout le monde voulait lors du débat de la dadvsi et encore maintenant c'est l'abandon pur est simple de tout DRM quel que soit le sujet musique française ou internationale, film, jeux, .......
Par contre si tu connaissais réellement le sujet et les débats qu'il y a eut sur le net au moment de dadvsi ou après, la LGO n'a jamais totalement fait unanimité et ne le fait toujours pas. Globalement lors des débats de dadvsi, 95 % des internautes étaient contre toute forme de DRM, environ 50% des intervenants étaient pour la LGO.

Car oui le seul intérêt des DRM
À l'heure de la sortie du nouvel ebooks de Sony, le PRS-700, la question des DRM se repose une fois de plus. C'est dans le cadre de ses attributions au sein de Sony Pictures Television que John McMahon, le président, a avoué combien les verrous numériques favorisaient le piratage. Selon lui, les DRM sont l'une des raisons pour lesquelles les gens se tournent vers des systèmes de Peer-to-Peer (logiciels de téléchargement, type eMule ou protocole BitTorrent), au lieu d'avoir recours aux offres légales.
10 milliards d'euros par an ?
puis quoi encore :p

enfin là c'est simple il suffit de prendre les chiffres de l'industrie musicale sur 20 ans pour se rendre compte que c'est n'importe quoi comme chiffre.

Allez faire de la compta analytique et sortez les chiffres ventes de CD / Tshirts / concerts / goodies et autres conneries. Car là on parle de compenser la vente de CD, pas d'acheter un chateau à chaque patron de major.

Et en plus un revenu assuré sans pub ni rien. Juste à encaisser.

Même pas en rêve mec !
5E par mois, 60E par an.

Le prix de 3CD pour pouvoir DL comme un porc.

Tentant, donc!

Bien sûr, faudrait aussi penser à une rémunération équitable. Et là, j'ai des doutes :/
Max of S2D : C'est aussi sur la rémunération équitable que j'ai le plus de doutes... a nous de militer au coté des artistes pour cela.
outre le début sur la LG je trouve que les commentaires ici ont très peu de respect pour les artistes et la musique en général... Mesdames, Messieurs, tout n'est pas blanc ou noir, et la musique n'est pas gratuite. Je ne pense pas qu'il s'agisse de se faire des c**** en or, il s'agit seulement de respecte et de culture.
@xav2B
Ah, et pourquoi étant donné que j'écoute pas de musique je devrait raquer 5 euros par mois?

J'en écoute pas, et j'en télécharge pas. Je vois pas pourquoi on devrait forcer les gens a la consommation, ca ne serait qu'une taxe de plus
Je suis évidemment pour une licence globale, mais optionnelle pour le consommateur, car je ne vois pas en vertu de quoi, on obligerait une personne qui ne sait pas ce que c'est le téléchargement, à payer une redevance qui s'apparenterait dans ce cas là à un nouvel impôt.
vi enfin tu payes tes impots, peut etre que tu vas pas a l hopital, que tu roule pas sur les routes, que t'as jamais du aller à la police, que t'es pas envahi par les chinois car ya une armée, etc...

bref c'est toujours injuste pour quelqu'un mais juste pour la majorité.
Quand on voit les merdes que l'industrie du disque veut nous faire acheter.

Si cette taxe (oui oui) permet enfin de payer les artistes en fonction de leurs talents, pourquoi pas !

Mais je veux pas donner d'argent à ce crétin des alpes, qui ne fait que profiter de la musique et des artistes.
@ freddy..
Le respect ça se mérite ça ne s’impose pas.
Personne ne dit que la musique doit être gratuite pour posséder un support, juste que la consommation a changé et rare sont ceux qui s’embarrasse d’une pile de cd pour écouter de la musique en marchant ou conduisant. Putain pas la peine de sortir de st Cyr pour piger ça, ou c’est justement ça qui empêche de piger ?
Ce Pascal Negre est d'un malhonnête que je ne lui reprendrais plus à m'enculer à sec.

On en veut pas de sa licence global maintenant.
Maintenant on veut pouvoir rétribuer DIRECTEMENT les artistes. Exit les intermédiaires, c'est bien pour çà que sa existe le net, non?

Môôôsieur Negre voit que la situation évolue, hop hop hop, on prends la licence globale. Peut-importe si on se contredit du moment qu'ils continuent de toucher leur part sur le gâteau destiné aux VRAIS créateurs.
@Gora : ne comparons que ce qui peut être comparable, les routes, les hopitaux, etc, sont des infrastructures dont le financement bénéficie à toute la communauté, alors que dans le cas des produits culturels, seul les artistes et les majors (des tiers privés)en seront les bénéficiaires et quand on sait que leurs produits sont abstraits et couverts par des droits à durée pratiquement advita eternam, on ne voit pas ou se trouve l'intérêt majeur pour la collectivité de les financer pas un impôt...
l'article mentionne "Avec une taxe de 1 milliard d'euros par an on arrive à 6 ou 7 euros par mois par abonné. Mais que fait on du cinéma, qui connaît le même problème ?", et non pas 10 milliards !! D'ailleurs si on prenait quelques petites secondes pour reflechir, le calcul devient juste.

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