Avec son trench-coat flottant, son chapeau de feutre et son New York des années 1930 figé dans une Grande Dépression monochrome, le variant Spider-Noir a remis les codes du polar rétro au goût du jour. Mais avant d’être un tisseur de toile torturé, le « Film Noir » est un genre cinématographique légendaire qui a défini l’âge d’or d’Hollywood. Et justement, que regarder pour rester dans l’ambiance ?

Actuellement, Spider-Noir est dans le top des séries Prime Video, partout dans le monde et notamment en France. Au vu de ses qualités, on a forcément envie de rester dans cette ambiance poisseuse et obscure du New York des années 40. Car oui, le personnage de Spider-Man Noir ne s’est pas construit dans un vide artistique.

Né dans les pages des comics Marvel avant de crever l’écran, ce détective privé désabusé est une lettre d’amour vibrante aux polars américains des années 40 et 50. On y retrouve toute la grammaire stylistique du genre : la misère humaine, le cynisme face à une corruption généralisée, et surtout, ces éclairages expressionnistes en clair-obscur qui coupent les visages en deux.

Pour comprendre d’où vient ce style visuel unique et s’immerger totalement dans une atmosphère de métropole nocturne et pluvieuse, il faut remonter aux sources.

Le Faucon maltais (1941), l’acte de naissance du Film Noir

C’est le point de départ absolu du genre, le film qui a fixé pour toujours les règles du jeu. Réalisé par John Huston, le long-métrage met en scène Sam Spade, un détective privé de San Francisco entraîné dans une affaire de meurtre complexe après avoir accepté de protéger une mystérieuse femme. Très vite, Spade se retrouve au centre d’une traque internationale visant à s’emparer d’une statuette de faucon d’une valeur inestimable, où chaque protagoniste avance masqué et n’hésite pas à trahir son prochain.

Pour les fans de Spider-Noir, ce film est une mine d’or puisqu’il offre à Humphrey Bogart le rôle qui va définir toute sa carrière et façonner le look du détective en imperméable. Le cynisme apparent de Spade, ses répliques cinglantes et son code moral ambigu face à la police et aux criminels sont l’ADN exact de Spider-Noir. C’est l’archétype même de l’enquête urbaine menée par un homme solitaire qui en a trop vu.

Assurance sur la mort (1944), la mécanique fatale du crime

Considéré par les historiens du cinéma comme la formule mathématique parfaite du film noir, ce chef-d’œuvre de Billy Wilder ne laisse aucune place à l’espoir. L’histoire suit Walter Neff, un agent d’assurances sans histoire qui se laisse séduire par une femme fatale vénéneuse, Phyllis Dietrichson. Ensemble, ils échafaudent un plan machiavélique pour assassiner le mari de cette dernière et toucher le double de la prime d’assurance grâce à une clause spécifique.

Le film brille particulièrement par son esthétique visuelle très sombre, utilisant des éclairages à travers des stores vénitiens qui projettent des lignes géométriques comme des barreaux de prison sur les personnages. Cette ambiance graphique étouffante, où le destin des hommes est scellé dès les premières minutes, a directement inspiré les décors géométriques et contrastés dans lesquels évolue Spider-Noir. Une plongée sans concession dans la noirceur de l’âme humaine.

Le Grand Sommeil (1946), le labyrinthe de la corruption

Humphrey Bogart revient derrière le bureau du détective, mais il incarne cette fois le légendaire Philip Marlowe, né sous la plume du romancier Raymond Chandler. Engagé par un vieux général fortuné pour régler les dettes de jeu de sa fille cadette, Marlowe met les pieds dans un nid de guêpes mêlant chantage, meurtres en série, pornographie clandestine et tripots illégaux. L’intrigue est si dense et tortueuse que l’histoire raconte que même l’équipe du film n’a pas tout compris au dénouement pendant le tournage.

Ce qui fait la force de ce film, et ce qui résonnera chez les amateurs de Spider-Noir, c’est l’incroyable nervosité de ses dialogues. Les répliques fusent comme des balles entre Bogart et Lauren Bacall, créant une tension permanente et un sens du rythme unique. Le film dépeint un Los Angeles nocturne, corrompu jusqu’à la moelle, où le héros ne peut compter que sur son instinct pour ne pas se faire broyer par la toile d’araignée tissée par la pègre locale.

Boulevard du crépuscule (1950), le monologue d’outre-tombe

Billy Wilder signe un second coup de maître avec cette plongée gothique et cruelle dans l’envers du décor hollywoodien. Un scénariste fauché et poursuivi par des créanciers trouve refuge par hasard dans la demeure décrépite d’une ancienne star du cinéma muet, Norma Desmond, qui vit recluse dans ses délires de grandeur. En acceptant de corriger le script censé signer le grand retour de l’actrice, le jeune homme s’enferme progressivement dans une cage dorée qui le conduira inexorablement à sa perte.

L’élément clé qui relie directement ce film à Spider-Noir est sa narration unique : le film s’ouvre sur le cadavre du protagoniste flottant dans une piscine, et c’est sa propre voix off qui raconte l’histoire depuis l’au-delà. Ce ton désabusé, teinté d’ironie tragique et de mélancolie, est la matrice absolue du Spider-Man en noir et blanc.

La Soif du mal (1958), le crépuscule du genre

Souvent qualifié par la critique de chant du cygne de l’époque classique du film noir, ce long-métrage d’Orson Welles pousse les curseurs visuels à leur paroxysme. L’action se déroule dans une ville frontalière poisseuse entre les États-Unis et le Mexique, où un agent de la brigade des stupéfiants mexicaine se retrouve confronté à Hank Quinlan, un chef de la police locale corrompu et tyrannique, qui n’hésite pas à fabriquer de fausses preuves pour boucler ses enquêtes.

Le film est célèbre pour sa mise en scène virtuose, notamment son plan-séquence d’ouverture de trois minutes qui capte une tension insoutenable. Visuellement baroque, lourd, et nocturne, La Soif du mal offre une esthétique de la menace permanente où les ombres semblent vivantes et oppressantes. C’est exactement cette tension graphique et cette plongée dans un univers où les frontières entre le bien et le mal sont totalement floues que recherchent les fans du tisseur de l’ère de la Dépression. Un excellent choix, pas forcément à recommander quand on a le moral à zéro. Dans le cas contraire, on vous conseillera plutôt Le Dîner de cons.

Comparatif svod // Source : Montage Numerama

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