Bonne chance si vous cherchez à distinguer, à l’œil nu, un IBAN virtuel d’un numéro de compte bancaire classique. Même format, même longueur, même apparence. Et pour cause, la différence est invisible : derrière ce numéro, il n’y a pas de compte réel. Les fonds envoyés y sont automatiquement redirigés vers un autre compte, appelé « compte maître », qui peut être hébergé dans un pays totalement différent.
Dans la majorité des cas, cet outil est parfaitement légal. Une entreprise peut s’en servir pour attribuer à chaque client un identifiant bancaire distinct, permettant de savoir instantanément qui a payé quoi sans avoir à analyser ses relevés bancaires. Une société peut aussi y recourir pour centraliser la trésorerie de toutes ses filiales sur un seul compte.
Pratique, répandu et encadré : fin 2022, on comptait 1,7 million de vIBAN actifs en France, générant près de 4 milliards d’euros de transactions sur le seul mois de janvier 2023.
Mais le dernier rapport « Panorama et analyse des services d’IBAN virtuels offerts en France », rendu public ce 13 avril 2026 par l’ACPR et Tracfin, alerte sur deux méthodes d’usage à haut risque désormais identifiées.


Quand l’outil devient un écran de fumée
Le premier cas problématique, c’est ce que le rapport appelle la « réattribution en cascade ».
Le principe est simple : une banque qui fournit des vIBAN à un prestataire de paiement, lequel les redistribue à ses propres clients marchands, qui eux-mêmes peuvent les redistribuer à leurs acheteurs. Au bout de la chaîne, l’utilisateur réel du numéro de compte n’a aucune relation directe avec la banque qui a émis l’identifiant. Cette dernière ne sait pas qui se cache derrière le vIBAN, n’a aucun moyen de vérifier son identité, et ne peut pas exercer de surveillance sur ses opérations. Le vIBAN finit par fonctionner comme « l’équivalent d’un compte anonyme », ce qui est précisément interdit par la réglementation.

Le second cas est plus insidieux encore. Il s’agit des vIBAN dont le code pays affiché ne correspond pas au pays où l’argent est réellement détenu. Un numéro commençant par « FR », signalant normalement un compte français, peut en réalité pointer vers un compte tenu dans un pays tiers, hors de portée des autorités françaises.
Tracfin documente plusieurs schémas concrets dans le rapport : des escrocs basés à l’étranger qui utilisent un IBAN à apparence française pour inspirer confiance à leurs victimes avant de rapatrier les fonds hors d’Europe, des circuits de blanchiment combinant vIBAN français et portefeuilles multidevises pour faire passer des transferts internationaux pour des virements domestiques, ou encore des fraudes aux aides publiques où le vIBAN sert à simuler une domiciliation française.
Réformer sans interdire
Les chiffres exposés dans le rapport sont éloquents : les établissements proposant ce type d’IBAN multi-pays représentaient environ 20 % de la valeur des demandes de retour de virement pour fraude en France en 2022, alors qu’ils ne traitaient que moins de 0,5 % des paiements reçus dans le pays.
Pour les enquêteurs, le problème est double. D’un côté, les banques ne peuvent pas distinguer techniquement un vIBAN d’un IBAN classique dans un virement, de l’autre, quand Tracfin cherche à remonter la piste d’un compte suspect, il se base sur le code pays de l’IBAN. Si celui-ci est trompeur, la demande part au mauvais interlocuteur ; plusieurs jours, voire semaines, peuvent s’écouler avant d’arriver à la bonne banque.
Faut-il pour autant bannir les IBAN virtuels ? Non, tranchent l’ACPR et Tracfin. Leurs usages légitimes restent majoritaires et répondent à de vrais besoins économiques. Les autorités appellent plutôt les banques et prestataires à renforcer leur vigilance : vérifier systématiquement la raison pour laquelle un client demande des vIBAN, limiter leur accès aux profils à risque, et suivre individuellement chaque identifiant, pas seulement le compte maître auquel il est rattaché.
Sur le plan réglementaire, l’évolution viendra surtout d’Europe. Le futur paquet anti-blanchiment AML6, attendu pour juillet 2027, rendra obligatoire l’enregistrement de tous les vIBAN dans les registres nationaux, les rendant visibles des autorités. L’ACPR et Tracfin souhaitent aller plus loin : instaurer un format standardisé permettant d’identifier immédiatement qu’il s’agit d’un vIBAN et de connaître le pays réel de domiciliation du compte.
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