En août 2017, l'Internet Archive dévoilait un vaste projet de numérisation de plus de 50 000 disques phonographiques. Aussitôt, la presse, même technophile titrait « 50 000 vinyles disponibles ». Au risque de paraître désagréable... ce ne sont pas des vinyles mais des disques phonographiques, également appelés 78 tours.

C’est en 1887 qu’Emile Berliner, père du disque tel que nous le connaissons, invente son premier gramophone qui contrairement au phonographe d’Edison, utilise des disques plats. L’inventeur de l’ampoule préférait les cylindres en cire qui disparaîtront autour des années 1920 à cause de la courte durée d’enregistrement qu’ils permettaient — deux minutes contre trois minutes et demie pour le disque.

Le premier gramophone de Berliner, 1887

En outre Berliner est un fin commercial. Il utilise son invention pour créer le premier catalogue d’enregistrements musicaux au monde en fondant une société : la Berliner Grammophone. Mère de tous les labels, la Berliner deviendra en Allemagne le Deutsche Grammophon (toujours en exercice).

Le 78 tours n’est pas un vinyle

En 1908, une certaine Columbia Records va graver ses disques — toujours faits de gomme-laque — sur leurs deux faces. La capacité du disque est alors doublée. En France pendant ce temps, dès 1896, les frères Pathé copient le principe de Berliner, mais ce dernier étant breveté, les Français inventent la gravure verticale, différente de la gravure latérale de l’Allemand. Ce système rend incompatibles les disques français et leurs cousins américains et allemands, même s’ils deviendront tous normalisés par la suite et finiront par être appelés 78 tours, sans distinction.

La notion de 78 tours remplace celle de disque phonographe lorsque la Columbia invente, en 1948, le disque microsillon en vinyle. Disponibles en 33 tours et 45 tours, les vinyles font rapidement oublier les courts enregistrements de leur ancêtre que l’on nomme dès lors 78 tours pour les différencier.

Sillon d’un 78 tour de 1925, détail / CC. Alenjandrodel97

Le vinyle tue progressivement les 78 tours grâce à sa durée d’écoute, cinq fois plus importante pour le même diamètre, mais également grâce à sa matière, plus légère, moins épaisse, et plus solide. Formés dans du chloropolymère, les disques vinyle abandonnent le côté naturel de la gomme-laque extraite des cochenilles asiatiques pour un plastique proche du PVC que l’on nomme désormais vinyle… comme les disques.

Une fois le son numérisé, la différence disparaît, non ?

La question de la différence de son entre le passage de l’analogique au numérique est importante. Et la réponse est négative : pas vraiment, puisque l’enregistrement est plus court et souvent de moins bonne qualité considérant le parcours plus long de l’aiguille. En outre, il ne dispose pas des caractéristiques qui feront l’histoire du vinyle par la suite : stéréophonie ou quadriphonie.


Qui plus est, en désignant les 78 tours — disques phonographiques — on désigne une production musicale particulière : celle du début du siècle réalisée par une poignée de labels et aux caractéristiques d’enregistrement parfois loufoques — il est ainsi normal d’entendre le titre d’une piste avant l’enregistrement.

Cylindre en cire d’Edison à graver, 1900 / CC. Norman Bruderhofer

Maintenant, vous savez. Alors courez découvrir ce monde perdu et précieux du disque phonographique sur Internet Archive, où plus de 50 000 disques phonographiques et cylindres phonographiques sont disponibles gratuitement.

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