À l'approche de la Journée mondiale contre la cyber-censure, Reporters sans frontières publie un rapport dénonçant la surveillance des organes de presse, le rôle des géants du web et le vide juridique autour de la protection des journalistes.

Depuis sa création en 1985, Reporters sans frontières s’attache à défendre la liberté de la presse et la protection des sources journalistiques. À l’approche de la Journée mondiale contre la Cyber-censure, le 12 mars prochain, l’ONG internationale dénonce aujourd’hui ce qu’elle considère comme une véritable institution dans un rapport intitulé « Censure et surveillance des journalistes : un business sans scrupules ».

Dans ce long texte, RSF souligne à la fois la soumission et la collaboration des géants du web, qui obtempèrent aux injonctions de régimes autoritaires en faveur d’une plus grande censure contre la presse.

Un vide juridique, pour gagner des parts de marché

L’organisme évoque « le vide juridique qui permet à des sociétés expertes en cyber-surveillance de fournir du matériel à des régimes, adeptes de la surveillance en ligne et de la censure. Le tout pour gagner de nouvelles parts de marché. »

Opacité des géants

Reporters sans frontières évoque à titre d’exemple le cas de Facebook, dont la politique de modération des contenus est jugée « opaque ». En décembre dernier, le réseau social avait notamment bloqué la page du site ARA News, qui publie des informations sur la Syrie, l’Irak, la Turquie et le Moyen-Orient, pendant plusieurs jours et sans donner d’explication, précise le rapport.

AFP PHOTO / OZAN KOSE

Après avoir manifesté son inquiétude face aux nouveaux algorithmes de Facebook en 2016, RSF déplore également la suppression des tweets. L’ONG rappelle que Twitter a censuré en 2016, une vingtaine de comptes de journalistes et médias, après la tentative de coup d’État du 15 juillet.

Le commerce douteux mais lucratif de la surveillance

Dans son rapport, Reporters sans frontières développe également une critique à l’égard du « commerce douteux mais lucratif de la surveillance », évoquant les cas de l’Iran, de la Chine ou de la Syrie.

Si l’organisation juge ces États extrêmement répressifs en matière de liberté de l’information sur le web (justifiés au nom de « soi-disant intérêts vitaux de la Nation »), elle ajoute que les pays démocratiques ne sont pas épargnés par les questionnements autour de la protection des sources journalistiques. Pour rappel, dans le dernier classement RSF de la liberté de la presse, la France a chuté à la quarante-cinquième place.

Soulignant la dimension non contraignante des textes adoptés pour empêcher les États de réprimer les libertés individuelles en ligne, RSF invite les journalistes à protéger toujours plus leurs données et communications, notamment à l’aide de techniques de chiffrement.

Des sites miroirs pour contrer la censure

RSF profitera également du 12 mars pour poursuivre son opération Collateral Freedom. Elle devrait permettre à tous les internautes de pouvoir accéder librement aux sites Ozguruz (Turquie), Azathabar (Turkmenistan), Meydan (Azerbaïdjan), Dohanews (Qatar) et Alqst (Aravie saoudite), en utilisant la technique dite du « miroir ».

La manœuvre consiste à dupliquer les sites censurés, pour en héberger des copies sur les serveurs de Fastly, Amazon, Microsoft ou Google. Pour que cela fonctionne, RSF utilise une bande-passante qui n’est pas infinie et qui s’épuisera au fur et à mesure que la fréquentation des sites augmentera. Afin de maintenir l’accès aux sites miroirs, l’ONG en appelle donc à la contribution des internautes pendant toute la journée du 12 mars. Si vous souhaitez participer, c’est par ici que cela se passe.

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