La Commission européenne lance une initiative dotée d'un million d'euros pour financer la création de sous-titres collaboratifs, afin d'aider à la diffusion des films dans toute l'Europe. Mais le crowdsourcing des sous-titres existe déjà, et gagnerait surtout à être légalisé.

La Commission européenne a annoncé vendredi le lancement d'un fonds doté de 1 million d'euros, destiné à financer des solutions permettant de sous-traiter aux utilisateurs eux-mêmes la création de sous-titres sur les services de vidéo à la demande (VOD), ou de trouver d'autres solutions permettant à tous les Européens de bénéficier de sous-titres dans leur langue lorsqu'ils regardent des films en VOD.

"Il coûte entre 600 € et 1 000 € de sous-titrer un film ou une oeuvre créative, quelle que soit la langue. Ce facteur de coût peut dissuader des créateurs et des distributeurs de sortir des films avec des sous-titres dans des langues qui ne sont parlées que par peu de gens. Le risque est qu'un public relativement limité et une petite demande ne compense pas les coûts de sous-titrage", explique la Commission.

Si la France est relativement à l'abri avec ses 66 millions d'habitants et sa langue parlée par plus de 275 millions de personnes à travers le monde, la situation est très différente pour les Bulgares, les Croates, les Danois, les Roumains, les Suédois, les Lituaniens ou encore les Polonais, qui représentent des marchés bien plus faibles. D'où l'idée de la Commission européenne d'encourager le développement de la création de sous-titres par les peuples eux-mêmes, en guise d'entre-aide culturelle. Elle viserait en priorité le sous-titrage des oeuvres européennes.

LE SOUS-TITRAGE CROWDSOURCÉ EXISTE DÉJÀ

On peut craindre cependant que le million d'euros proposé par l'Union européenne ne vise qu'à réinventer sous des formes légales et nécessairement limitées par des questions de droits d'auteur, ce qui existe déjà depuis de très nombreuses années sur les offres illégales de films ou séries TV piratées, qui ne s'embarrassent pas des considérations juridiques. Une exception au droit d'auteur légalisant la création de sous-titres serait certainement bien plus efficace qu'un million d'euros.

Ceux qui se cultivent à travers l'offre pirate bénéficient en effet d'une extraordinaire communauté de sous-titreurs bénévoles, passionnés, qui ont développé depuis longtemps des outils et des processus très efficaces pour sous-titrer ensemble les films ou les séries TV, avec une qualité de résultat parfois (voire souvent) supérieure à celle des sous-titrages officiels.

Des sites comme Sous-titres.eu, OpenSubtitles ou FindSubtitles.eu proposent ainsi plusieurs millions de fichiers de sous-titres (.SRT) qui sont parfaitement lus dans des applications comme VideoLAN VLC. On y trouve des sous-titres dans la totalité des langues européennes, et même parfois dans des langues régionales comme le basque ou le breton :

Parfaitement illégal et réalisé gracieusement par des passionnés, le logiciel PopCorn Time utilise également ces sites communautaires pour proposer le téléchargement automatique des sous-titres pour les films qu'ils regardent :

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