Cisco veut obliger ses concurrents à utiliser des standards dans leurs produits de VoIP et de visiophonie, pour que toutes les solutions puissent fonctionner ensemble quel que soit leur fournisseur. Le fabricant américain profite du rachat de Skype par Microsoft pour avancer dans cette direction, en demandant à la justice européenne qu'elle impose des conditions de respect de standards d'interopérabilité en donnant son feu vert à Microsoft.

Voilà qui démontre que l’interopérabilité et les standards ouverts sont bien les meilleurs outils de régulation pour éviter que ne s’installent des situations monopolistiques dans les nouvelles technologies. Cisco a décidé d’attaquer devant la Cour de Justice de l’Union Européenne l’accord donné par Bruxelles au rachat de Skype par Microsoft. Mais plutôt que de contester l’autorisation sur la base d’un éventuel abus de position dominante, le géant américain des routeurs demande à la Commission Européenne qu’elle assortisse son feu vert de conditions qui assureraient l’interopérabilité entre Skype et d’autres services de VoIP.

« Imaginez la difficulté que ça serait si nous ne pouvions appeler que les gens qui utilisent le même opérateur, ou si votre téléphone ne pouvait appeler que certaines marques et pas d’autres. Cisco veut éviter un tel avenir pour les communications vidéo« , explique Marthin de Beer, vice-président sénior chez Cisco. Il assure que Cisco « n’a pas pris cette action à la légère« , et prend soin de préciser qu’il « a de l’estime pour Microsoft en tant que client, fournisseur, partenaire et concurrent« . Pas sûr que Microsoft, qui a investi 8,5 milliards de dollars pour s’offrir Skype et sa basse de 700 millions d’inscrits, se satisfasse de ces déclarations.

« Cet appel en justice ne vise qu’un seul but : sécuriser une interopérabilité basée sur des standards dans l’espace des appels vidéo« , assure De Beer. « Notre objectif est de rendre les appels vidéos aussi simples et transparents que les envois d’e-mails aujourd’hui (…) Cisco pense que la bonne approche pour l’industrie est de se rallier autour de standards ouverts. Nous croyons que l’interopérabilité basée sur des standards va accélérer l’innovation, créer de la valeur économique, et accroître les choix pour les utilisateurs de communications vidéo, de loisirs et de services« .

Le standard SIP contre Skype (et FaceTime)

Concrètement, l’idée serait que les services concurrents comme Facetime (Apple), Gtalk (Google), Windows Live, Skype, ou les services comme ceux de Cisco puissent s’interconnecter, pour que les utilisateurs des uns puissent discuter avec les utilisateurs des autres.

Un standard pour la VOIP et la visiophonie existe déjà : SIP. Mais il n’est pas reconnu par Skype. L’IETF travaille par ailleurs sur la définition d’un protocole de VoIP P2P ouvert, P2PSIP, qui permettrait de créer des services de téléphonie et de visiophonie distribués, à l’instar de ce que propose Skype.

Lors du lancement de FaceTime, en juin 2010, Steve Jobs avait annoncé qu’Apple avait l’intention de travailler avec les organismes de standardisation pour faire de FaceTime un protocole ouvert. Mais rien ne semble avoir avancé, et Apple n’a jamais publié les specifications techniques de FaceTime. Ce dernier est en partie basé sur SIP et d’autres standars (STUN, TURN, ICE, RTP et SRTP), mais il exige un certificat chiffré côté client pour établir la communication. Or Apple contrôle ces certificats. Par ailleurs, FaceTime fonctionne en encodant les flux en H.264 (pour la vidéo) et en AAC (pour le son), qui ne sont pas des standards ouverts.

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