Hadopi 2 : une décision grave pour la Justice, pas pour les pirates
Guillaume Champeau -
publié le Jeudi 22 Octobre 2009 à 18h59 -
posté dans Société 2.0
![]() La décision du Conseil constitutionnel sur la loi Hadopi 2 ne devrait pas avoir de conséquences pour le piratage en France, passé l'anxiété qui gagnera nécessairement pendant quelques mois les internautes. On s'apercevra vite qu'il est possible de contourner l'Hadopi, ou de contester efficacement le sérieux des preuves devant les tribunaux. Mais la décision est grave pour la philosophie qu'elle traduit eu égard à la Justice. Disons-le tout de go, la décision du Conseil constitutionnel qui valide l'essentiel de la loi Hadopi 2 n'est pas aussi scandaleuse que l'on peut le lire ci et là. Comme nous l'indiquions dans une première analyse, le Conseil constitutionnel s'est surtout contenté de botter en touche à deux niveaux. Il renvoie au juge la responsabilité de vérifier la matérialité de l'infraction imputée à l'abonné à Internet, et il renvoie au Conseil d'Etat la responsabilité de décider si le délit de "négligence caractérisée" de l'abonné, qui sera défini par décret, est suffisamment précis pour être accepté. Il n'y a donc pas le feu sur BitTorrent. Les internautes les plus malins (et encore) qui souhaitent continuer à pirater pourront facilement s'exonérer de tout danger en utilisant ici un proxy, là un VPN, ou en utilisant simplement des méthodes de téléchargement qui les mettent à l'abri des chasseurs de pirates (le streaming, les serveurs FTP, newsgroups, sites de stockage en ligne, etc.). Les autres n'auront qu'à contester l'ordonnance pénale qu'ils recevront. Car sauf enquête de police approfondie, avec saisie de l'ordinateur et vérification du contenu des disques durs, il est déjà acquis que l'Hadopi ne pourra pas aller jusqu'à la sanction. Comme l'a rappelé le Conseil constitutionnel, le procureur devra vérifier "si un supplément d'enquête ou d'instruction est nécessaire ou si les éléments de preuve rassemblés par les fonctionnaires et agents chargés de fonctions de police judiciaire suffisent à établir la culpabilité de la personne mise en cause". Or un relevé d'infraction à distance opéré par les ayants droit et transmis à l'Hadopi ne devrait, en aucun cas, "suffir à établir la culpabilité". Aucun juge ne l'accepterait, et encore moins une cour d'appel. Notre pari est que la loi Hadopi ne sera jamais appliquée au niveau judiciaire, par crainte d'une jurisprudence défavorable qui fasse s'écraser tout l'édifice. Si les internautes apprennent par voie de presse ou par bouche à oreilles que la justice ne se satisfait pas des preuves apportées par l'Hadopi, le piratage reprendra de plus belle. Et les choses reviendront à leur état actuel, puisqu'il est déjà possible de sanctionner le téléchargement après enquête de police et saisie du matériel. En somme, rien de neuf sous le soleil des pirates. Reste le problème de la "négligence caractérisée". Le Conseil constitutionnel n'a pas jugé que l'infraction était trop floue, et ne l'a pas censurée. Mais le commentaire officiel (.pdf) de sa décision reconnaît que "les conditions dans lesquelles seront constatées et jugées ces contraventions soulèvent la question de l'éventuelle inversion de la charge de la preuve à l'encontre du titulaire d'accès à internet lorsque cet accès fait l'objet d'une utilisation portant atteinte aux droits d'auteurs". Il a bien conscience que les députés souhaitaient obtenir la censure de ce dispositif pour non respect de la présomption d'innocence, comme les sages l'avaient fait de la loi Hadopi 1. "Le Conseil a néanmoins écarté ces griefs non pour des motifs de fond, mais pour des motifs de compétence", rassure le commentaire. C'est le Conseil d'Etat qui aura le dernier mot (ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle quand on connaît la jurisprudence du Conseil). "La possibilité de poursuivre de telles contraventions est conditionnée à l'adoption du décret qui en définira les éléments constitutifs", note ainsi le Conseil. "C'est notamment sur la question de la définition du lien entre, d'une part, le constat de ce qu'un accès à internet est utilisé à des fins attentatoires aux droits d'auteurs et, d'autre part, l'engagement de la responsabilité pénale du titulaire du contrat d'abonnement (lien plus ou moins automatique selon la rédaction qui sera retenue par le projet de décret), que se concentre la question du respect ou de la méconnaissance de la présomption d'innocence". Or l'on voit mal comment, au regard de problèmes tels que ceux découverts sur la Bbox de Bouygues Telecom, le ministère de la culture pourrait trouver une définition satisfaisante de la "négligence caractérisée". Et là encore, ça sera au juge d'apprécier, et de fixer la jurisprudence. On peut regretter que le Conseil n'ait pas au moins émis une réserve d'interprétation, mais ça ne devrait avoir que peu de conséquences. Non, le problème de la décision du Conseil constitutionnel est beaucoup plus politique que juridique. Elle valide une justice à la va-vite en faisant de l'efficacité et du volume un principe plus important que la protection acharnée des droits fondamentaux. En effet, "eu égard à l'ampleur des contrefaçons commises sur internet, il existait un motif légitime de bonne administration de la justice à ce que ces infractions fussent soumises aux règles de procédure généralement appliquées aux contentieux qui donnent lieu à un nombre de poursuites très élevé", note le commentaire du Conseil constitutionnel. Ainsi, le souhait de condamner massivement l'emporte sur la protection des droits de la défense. Ca n'est pas très grave pour le téléchargement illégal, dont on verra vite que la condamnation massive n'est pas possible au regard de la fragilité des preuves. Mais c'est beaucoup plus grave au regard de la vision que cela renvoit de la justice en France. Vous êtes priés de passer au Drive pour venir chercher votre ordonnance. Et merci pour votre fidélité. à lire aussi
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Commentaires à propos de «Hadopi 2 : une décision grave pour la Justice, pas pour les pirates»
jiang : +1
C'est les gens les plus connaisseurs et les plus impliqués dans la sécurité de leur bécane qui vont installer des VPN et des proxys et permettre aux opprimés chinois de communiquer librement hors controle étatique. Tandis que les consommateurs basiques se feront piéger par des botnets en cliquant à tort et à travers pour charger des économiseurs d'écrans. Oui le vpn et le proxy sont des outils de sécu, comme https et ssh. Et on nous prend pour des cons si on veut faire croire que les meilleurs des hackers se rendent coupables de négligence. C'est vraiment le monde à l'envers. Tss Tss, tu peux utiliser un VPN pour autre chose que tipiaker : les banques, les entreprises, le dépannage a distance...le font tout le temps. Même toi si tu ne veux pas que la Terre entière puisse savoir de quoi tu discutes avec ta maîtresse.
Comme tu peux utiliser le P2P pour autre chose aussi, donc ils doivent amener la preuve irréfutable que tu partageais un fichier illégalement en utilisant ton VPN. Donc la défense est : "Sorry votre honneur, au moment incriminé j'étais en sous-marin, ce n'est pas illégal et ce relevé ne précise pas ce que je faisais parmi les thons." A noter que Network Manager sous Ubuntu offre une tunnelisation ( VPN ) assez facile a paramétrer. Tous les Windowsiens en dual-boot _o/ J'attends avec impatience l'avis de Maitre Eoalas.
Mais après la réduction des tribunaux d'instances, vas y avoir des juges et des magistrats qui vont être 'enchantés' de la charge que cela vas générer ... Il est à parier que les premières vagues d'envoi d'avertissement vont s'accompagner de quelques accusations pour l'exemple.
Des accusations peu nombreuses mais réalisées dans le respect total des lois, avec preuves irréfutables à l'appui, descente des flics à domicile etc... et cela uniquement dans le but de faire de la communication et créer l'amalgame dans les esprits entre les e-mails envoyés et les personnes condamnées. Quelques exemples avec une condamnation garantie qui renforceront le sentiment que personne n'est à l'abri. Un peu comme les premiers excès de vitesse après la mise en service des radars, où certains ont été condamnés à de la prison ... roamer, le 23/10/2009 - 00:54 J'attends avec impatience l'avis de Maitre Eoalas.http://authueil.org/...cision-hadopi-2 L'ennui avec VPN c'est que même quand çà marche très bien, certaines pages ou services sur le net sont inaccessibles, ce qui oblige à une utilisation intermittente, donc avec des trous selon les périodes.
Obelixator, le 23/10/2009 - 01:19 roamer, le 23/10/2009 - 00:54 J'attends avec impatience l'avis de Maitre Eoalas.http://authueil.org/...cision-hadopi-2 Sa conclusion : "Il ne faut pas trop en demander, parfois, le mieux est l'ennemi du bien." Ba moi je suis desole mais non, je ne suis pas d'accord. Des qu'il s'agit de liberte individuelle dans un pays libre, et soit disant patrie des droits de l'homme, on ne pourra jamais en demander trop. Quand on commence à baisser son pantalon en se disant "ho finalement c'est pas si gros et il y a de la vaseline, ca va passer" c'est qu'il y a quelque chose qui ne tourne plus rond dans ce soit disant pays. Perso je suis inquiet. jiang: pas d'accord
ca veux dire que soit l'hadopi CROIT que ta vraie adresse fai 111.222.333.444 a telechargée quelque chose et comment peux tu prouver le contraire OU que cette adresse a effectivement telechargé un truc (pc infecté/controlé a ton insu, personne qui a "emprunté/dupliqué" ton ip, etc) ta defense c'est dire: je telechargeais pas sur cette adresse 'n clair" puisque la preuve, je telechargeais via un systeme crypté boulette quand meme "c'est pas moi qui ai cambriolé l'appartement 305 de la rue michu, a cette heure là moi je cambriolais un appart à l'autre bout de la ville Non. D'abord, "télécharger" n'est absolument pas interdit. C'est même l'activité inhérente à toute utilisation d'internet. Au moment même où tu me lis, tu télécharges mon texte. Que ce téléchargement soit éventuellement crypté ne signifie en aucune manière qu'il soit soit frauduleux (et en l'occurrence il ne l'est pas: je n'ai mis aucun copyright sur la prose). Ensuite, Hadopi peut croire de qu'elle veut, ce ne sont que des croyances. L'internaute utilisateur du Vpn peut, lui, faire produire les logs de son FAI qui montreront que sa box était à l'heure dite exclusivement connectée au VPN 555.666.777.888, et que donc, si l'ip-Fai 111.222.333.444 de l'internaute est apparue sur le réseau, ce ne pouvait être qu'un fake. Le mieux pour que tu te rends compte, c'est que tu fasses l'expérience avec un vpn, et que tu examines ce qui se passe avec Wireshark. Quant à la métaphore sur le cambriolage, elle est sans objet. D'abord, l'utilisation d'un Vpn n'implique absolument rien quant à la nature licite ou pas trafic échangé. Mieux: il n'est même plus possible de présumer que l'utilisation du Vpn serait destinée à pratiquer des échanges illégaux, puisqu'on a désormais une très bonne et très légitime raison d'utiliser un Vpn: Celle que je viens de dire, et qui consiste à se donner les moyens de et réfuter une accusation inexacte. jiang, le 23/10/2009 - 02:56 L'internaute utilisateur du Vpn peut, lui, faire produire les logs de son FAI qui montreront que sa box était à l'heure dite exclusivement connectée au VPN 555.666.777.888C
jiang, le 23/10/2009 - 02:56 L'internaute utilisateur du Vpn peut, lui, faire produire les logs de son FAI qui montreront que sa box était à l'heure dite exclusivement connectée au VPN 555.666.777.888Justement, c'est la question que je me posais... Mais quid des logs du VPN? Perso, j'utilise déjà un VPN qui n'enregistre aucun log, mais je sens que ça pourrait devenir une fonction très pratique... Vous êtes convoqué devant le tribunal? Allez sur le site de votre fournisseur de VPN et récupérez vos logs, comme on peut récupérer la liste des numéros appelés chez son opérateur de téléphonie... "Ah non, monsieur le juge, à cette heure là, j'étais connecté via la Suède! Regardez donc ce relevé que je produis au dossier..." jemil, le 23/10/2009 - 09:54 Mais quid des logs du VPN?Apporter la preuve qu'on n'est PAS connecté à un ip donnée est impossible, sauf si le modem est offline (je suppose que le FAI le loge, et encore). Là, c'est sûr qu'on est blanchi puisqu'on est coupé de l'internet. Et si on va jusqu'au tribunal pour prouver que le relevé d'IP peut être potentiellement falsifié par les agents des ayants droits soit qu'il y peut etre un nombre trpo important de fausses IP dans la source des ayant droits ça peut faire jurisprudence ?
De plus vu comment la loi se fout de la gueule des juges il me semble que les syndicats de la magistrature sont un fâché contre Hadopi. D'ici la qu'ils la torpillent y'a ptete pas des KMs roamer, le 23/10/2009 - 00:54
J'attends avec impatience l'avis de Maitre Eoalas. Mais après la réduction des tribunaux d'instances, vas y avoir des juges et des magistrats qui vont être 'enchantés' de la charge que cela vas générer ... Le billet de Me EOLAS, sur cette décision est à lire en ligne : I C I Voici la conclusion de ce billet : .../... — C’est donc une victoire pour le Gouvernement ? — Politique, sans nul doute. L’affront du mois de juin est lavé, et le Gouvernement peut feindre de déposer aux pieds des artistes la dépouille de leur Némesis. — Et vous maintenez votre pessimisme sur l’efficacité de cette loi ? — Absolument. C’est une journée des dupes. J’en veux pour preuve que la loi se fait seppuku à l’article 9, non soumis au Conseil, et pour cause ! — Que dit-il, cet article ? — “Pour prononcer la peine de suspension prévue aux articles L. 335-7 et L. 335-7-1 et en déterminer la durée, la juridiction prend en compte les circonstances et la gravité de l’infraction ainsi que la personnalité de son auteur, et notamment l’activité professionnelle ou sociale de celui-ci, ainsi que sa situation socio-économique. La durée de la peine prononcée doit concilier la protection des droits de la propriété intellectuelle et le respect du droit de s’exprimer et de communiquer librement, notamment depuis son domicile”. Autant dire que face à autant d’obstacles à franchir pour prononcer une simple peine complémentaire que rien ne l’oblige à prononcer, la hargne répressive du juge sera mise à rude épreuve. Ajoutons à cela que les pirates auront désormais un sentiment d’impunité puisque tant qu’ils n’auront pas reçu le recommandé du deuxième avertissement, ils se sentiront à l’abri du risque de condamnation pénale (et de fait, ils n’auront pas complètement tort), et vous comprendrez que les torrents vont continuer à s’écouler et les mules à être chargées. Les artistes auraient bien tort de célébrer cette apparente victoire. Elle a été remportée à leurs frais. /dev/tty, le 23/10/2009 - 10:54
jemil, le 23/10/2009 - 09:54 Mais quid des logs du VPN?Apporter la preuve qu'on n'est PAS connecté à un ip donnée est impossible, sauf si le modem est offline (je suppose que le FAI le loge, et encore). Là, c'est sûr qu'on est blanchi puisqu'on est coupé de l'internet. d'ailleurs, il peut y avoir une connexion vpn + une autre sans le vpn grâce au split-tunneling, mais attention a la sécurité du serveur vpn sur le même os, ou tout simplement sur le même poste avec des os virtuels(plusieurs si on veut), différentes connexion vpn(s) et normale(s) pas de restriction. et les autres postes du lan se connectent comme ils veulent vpn ou pas ... Sinon pour le vpn n’attendez pas qu’on vous le propose, une virtualbox ou un vmware contenant votre propre serveur vpn sur un ovh geolocalisé en Espagne 5€ ht par mois et ça roule. (1 TO max /mois). une virtualbox ou un vmware contenant votre propre serveur vpn sur un ovh geolocalisé en Espagne 5€ ht par mois et ça roule. (1 TO max /mois).
une indication supplémentaire STP ? (j'suis curieux) perso je test la suède et ça dépote à 300k bravo pour vos articles de toute façon cette loi hadopi2 ne changera rien aux habitudes des internautes
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On a parfaitement le droit d'utiliser un service VPN sans que cela soit dans des objectifs de "flibusterie" (d'ailleurs leur utilisation est parfaitement légale).
La défense peut se résumer à un seul élément, le jour J à l'heure H, j'utilisai un service VPN par soucis de "sécurisation" de mon accès internet (au passage foutage de gueule Hadopi) et toutes mes "communications" passant par là je ne pouvais être ailleurs.
On rajoute un p'tit blabla de 5 mn sur les faux positif et hop le tour et joué.
N'oubliez pas, les juges sont loin, très loin d'être des informaticiens. (chacun son taf hein.)