Anthropic a publié un article de blog détaillant, chiffres internes à l’appui, les progrès de Claude dans le développement de ses propres modèles, et les implications que l’entreprise en tire pour l’avenir de l’IA.

C’est un article de blog particulièrement dense qu’Anthropic vient de publier, signé de son co-fondateur Jack Clark et de la chercheuse Marina Favaro.

Le texte, intitulé « When AI builds itself » (Quand l’IA se construit elle-même)et publié le 4 juin, ne présente pas un nouveau modèle ni une fonctionnalité inédite. Il dévoile des données internes jamais rendues publiques sur ce qu’Anthropic appelle l’auto-amélioration récursive, soit la capacité d’une IA à concevoir elle-même ses propres successeurs.

Un sujet sur lequel l’entreprise investit massivement, et pas seulement en recherche : Andrej Karpathy, ex-chercheur fondateur d’OpenAI et directeur de l’IA chez Tesla, a rejoint Anthropic en mai spécifiquement pour piloter l’utilisation de Claude dans l’accélération du pré-entraînement des modèles. Autrement dit, utiliser les modèles actuels pour concevoir la génération suivante.

Les chiffres publiés dans l’article mettent en avant l’évolution des capacités du grand modèle de langage (LLM). Selon l’entreprise américaine, en mai, plus de 80 % du code intégré à la base d’Anthropic était écrit par Claude. La productivité par ingénieur aurait été multipliée par 8 par rapport à 2024. Sur les tâches les plus complexes, celles où l’ingénieur ne sait pas lui-même quelle est la bonne réponse, le taux de réussite de Claude est passé de 26 % à 76 % en six mois.

Tout au long du papier, Anthropic mise sur la tension, prouvant que son IA accélère sa propre conception, tout en admettant ne pas savoir exactement où cela mène.

Trois futurs, une probabilité

La deuxième partie de l’article articule trois scénarios possibles. Le premier : la tendance s’essouffle, les modèles actuels se diffusent dans l’économie sans franchir un nouveau seuil. Un scénario que l’entreprise juge peu probable, même si elle admet que les trajectoires exponentielles visibles aujourd’hui pourraient n’être que des courbes en S dont on approche le plateau.

Le deuxième scénario est celui jugé le plus vraisemblable : l’IA automatise massivement l’exécution du travail de recherche, mais les humains conservent le rôle de fixer les orientations et d’évaluer les résultats. Des équipes de cent personnes pourraient accomplir ce que font aujourd’hui des organisations de dix mille. L’article est lucide sur les risques associés : surveillance autoritaire à grande échelle, opérations d’influence personnalisées impossibles à contrer humainement.

Aujourd'hui, les agents exécutent et délèguent du travail entre eux — demain, ils pourraient entraîner leurs propres successeurs sans intervention humaine. // Source : Anthropic
Si aujourd’hui, les agents exécutent et délèguent du travail entre eux, demain, ils pourraient entraîner leurs propres successeurs sans intervention humaine selon Anthropic. // Source : Anthropic

Le troisième scénario est le plus radical : une auto-amélioration récursive complète, où les IA conçoivent elles-mêmes leurs successeurs et où le rythme du progrès devient entièrement dicté par la puissance de calcul, et non plus par les humains.

Les chercheurs se retrouveraient ainsi à superviser un laboratoire virtuel qu’ils ne pilotent plus vraiment. Anthropic admet ne pas savoir comment le problème de l’alignement se résoudrait dans ce contexte : les rares cas de désalignement présents aujourd’hui pourraient s’amplifier à chaque génération de modèles, jusqu’à devenir incontrôlables. Et au-delà de la recherche en IA, Anthropic évoque une possibilité sans apporter de réponse : « Il est difficile de prédire à quoi ressemblera l’économie si le travail humain cesse d’être compétitif. »

Une posture paradoxale

En parlant de transformation du travail, l’article fait également un état des lieux actuel en s’appuyant sur des citations d’employés d’Anthropic. L’occasion de réaliser qu’au sein même de l’entreprise, les questionnements face aux capacités grandissantes de Claude se font pressants : « Les jours où tout fonctionne bien, j’ai l’impression que rien de ce que je fais n’a d’importance. »

D’autres questionnent déjà les retombées sociales de cette transformation : « Le travail fonctionnait comme une économie du don entre humains. Chaque service créait une petite dette, une petite conscience mutuelle. Claude est plus rapide, il ne crée aucune dette, mais chaque service est une tentative perdue de collaboration humaine. »

Ce long document, mêlant données internes, témoignages de salariés et projections, s’inscrit dans une mécanique de communication devenue reconnaissable chez Anthropic. Depuis mars 2026 et le lancement de l’Anthropic Institute, organisme destiné à préparer la société aux bouleversements de l’IA, l’entreprise a construit une posture identifiable : alerter publiquement sur les risques d’un développement qu’elle conduit elle-même, tout en se positionnant comme l’interlocuteur le plus qualifié pour les gérer.

Un positionnement quelque peu paradoxal, notamment lorsque l’entreprise à l’origine de Mythos, jugé si dangereux qu’il n’a été mis entre les mains que d’une poignée d’acteurs sélectionnés, estime qu’il serait bénéfique pour le monde « de ralentir ou de suspendre temporairement le développement des IA de pointe afin de permettre aux structures sociétales et à la recherche sur l’alignement de suivre le rythme des progrès technologiques. »

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