La gourmandise et le rejet de l’innovation de la part de l’industrie du disque a fait une nouvelle victime parmi ses partenaires historiques. C’est ce qu’affirme Mark Mulligan, analyste chez Jupiter Research, qui constate avec amertume que le service de musique en ligne britannique Wippit a dû fermer ses portes le 3 septembre après huit années à essayer de monter un service viable, innovant et respectueux des droits des maisons de disques. Une équation quasi impossible.

Wippit avait été l’un des tous premiers services à proposer du P2P légal sur abonnement aux maisons de disques, à des prix cassés, et l’un des tous premiers à proposer un catalogue sans DRM. Il avait même tenté une entrée, ratée, dans les hypermarchés français. Le fondateur Paul Myers « a essayé d’obtenir un accord des labels pour un service de P2P légal bien avant qu’ils soient prêts », rappelle Mulligan. « Paul aurait pu choisir de suivre un chemin plus facile avec une offre d’abord illégale et en utilisant ensuite une audience établie comme levier pour obtenir des licences des maisons de disques » (ce qu’a fait Deezer, soit dit en passant). Mais « il a préféré plutôt rester fermement aux côtés des maisons de disques et au final il n’a pas eu les licences dont il avait besoin« .

La société a expliqué qu’elle ne se sentait plus capable d’être compétitive dans l’environnement actuel. « Wippit a finalement succombé aux conditions difficiles du marché et au paysage changeant du marché« , a expliqué Wippit dans un communiqué. « Lancer un service de P2P illimité avant même que l’iPod soit annoncé en plus d’autres innovations a fait de Wippit un pionnier génial, mais en fin de compte une victime de notre propre vision et de notre optimisme« .

Interrogé par Distorded Loop, l’ancien président de Grokster Wayne Rosso (qui a un long historique de confrontations avec l’industrie musicale) met lui aussi toute la faute de l’échec de Wippit sur les épaules des maisons de disques. Elles « veulent des avances scandaleuses qu’aucun investisseur ne tolèrerait, donc en étant aussi difficiles elles font fuir les investisseurs« , analyse celui qui n’a jamais réussi à lancer Mashboxx, un long serpent de mer du P2P marchand.

« L’industrie du disque ne voit pas les différents Wippit comme des partenaires et n’essayent pas de les aider. Ils les regardeht comme des sources d’avances de revenus qu’ils peuvent traire en sachant très bien qu’ils feront faire faillite à ces start-ups en disant ‘c’est leur problème’« .

Rosso ne croit plus possible aujourd’hui de vendre de la musique en ligne. « Il n’y a pas d’argent à gagner dans la vente de contenu. Le contenu est un moyen pour une fin. En fin de compte ça sera financé par la publicité et gratuit« .

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