Face au déclin du CD, le MP3 devient la nouvelle norme et fait renaître la question de l’adaptation au support, celle-là même qui était née du passage du vinyle au CD. Mais se plier au MP3 signifie baisser la qualité du son produit. Entre perte de temps et volonté de se conformer à l’écoute iPod, différents ingénieurs donnent leur vision au Wall Street Journal.

On a souvent reproché au MP3 d’altérer la qualité d’un morceau par rapport au CD, ce qui, après tout, peut se vérifier quand celui ci est encodé à un bitrate trop bas. La nouvelle tendance, c’est maintenant de l’accuser de baisser la qualité de production générale de musique.

« Maintenant, quand vous enregistrez un morceau, la première chose que le groupe fait est de le charger dans un iPod pour l’écouter, » explique Alan Douches, qui a eu l’occasion de travailler avec le groupe Fleetwood Mac. « Il y a quelques années, nous aurions pu tester le son d’un morceau sur un walkman mais personne n’aurait cru que c’était le meilleur moyen de le faire sonner. Aujourd’hui, les jeunes artistes pensent que le MP3 est un support de grande qualité et que l’iPod est le top du son. »

Le dénominateur commun baisse alors, et si l’on en croit Skip Saylor, propriétaire de studios à Los Angeles, certains ingénieurs supprimeraient les hautes fréquences qui disparaissent lors du passage du CD au MP3. On parle aussi de sacrifier les nuances en compressant les morceaux [ndlr : la compression au sens musical du terme permet « d’écraser » un son pour le faire sonner plus fort à un même niveau de volume] car les titres les plus forts sont ceux qui se vendent le mieux.

Stuart Brawley, un ingénieur du son ayant travaillé pour Cher et Michael Jackson montre du doigt ce qui est « encore pire qu’un MP3 », MySpace. « Nous essayons de fournir la meilleure qualité dont nous sommes capables, mais nous devons être de plus en plus réalistes quant au temps que nous y consacrons. » Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’ère du MP3 et l’avènement de MySpace fait ressentir aux ingénieurs l’inutilité de travailler les hautes fréquences condamnées à disparaître sur le produit final. Howard Benson, qui a pu enregistrer Santana ou Chris Daughtry, exprime cette même frustration : « J’ai passé tellement de temps à obtenir les meilleurs solos de guitare ou de batterie, et tout finit en MP3. »

Finalement, cette tendance n’est pas si illogique qu’elle en a l’air. Déjà le passage du vinyle au CD avait poussé les ingénieurs à donner plus de chaleur aux morceaux. Mais ce qui il y a d’absurde avec le MP3, c’est que le support ne change pas vraiment la couleur du son mais en baisse juste la qualité. S’adapter à lui ne peut que se traduire par amputer son morceau des fréquences extrêmes ou alors de ne pas les travailler du tout.

Heureusement, tout le monde ne va pas dans ce sens. « Si quelque chose sonne vraiment bien sur une paire d’enceintes ordinaire, ça sonnera bien dans des écouteurs » explique un autre ingénieur Larry Klein. « Je ne peux m’imaginer mixer un album pour qu’il sonne mieux sur des écouteurs. »

Alors, l’ajustement des ingénieurs au format MP3 est-il une simple marque de fainéantise ou une réelle adaptation ? Les morceaux doivent ils sonner de manière optimale pour un iPod ? Les critères doivent ils changer ? Ingénieurs du son en herbe ou professionnels, n’hésitez pas à vous exprimer sur la question dans le forum.

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