Alors que le jeu de go est aujourd'hui bien connu, d'autres genres de jeux mathématiques moins médiatisés méritent aussi le détour, comme le jeu de Hex. Numerama vous explique comment y jouer grâce aux conseils de Loïc Cellier, spécialiste de cette discipline stratégique, qui revient aussi sur son histoire particulièrement riche.

Si le jeu de go est de plus en plus connu, notamment grâce aux prouesses très médiatisées de l’intelligence artificielle Alpha Go — qui ne cesse de battre les meilleurs joueurs du monde —, il existe d’autres jeux de société combinatoires des plus intéressants. De ceux qu’on aime essayer à l’occasion d’une belle journée d’été.

Parmi eux, on trouve notamment le jeu de Hex, créé en 1942 par le scientifique et poète danois Piet Hein. Ce concept a depuis été démocratisé par différents mathématiciens comme John Forbes Nash et prisé de certains prix Nobel, comme Albert Einstein.

Ce jeu mathématique des plus riches reste très simple d’accès, comme nous l’explique Loïc Cellier, ambassadeur passionné de la discipline.

Visuel du CNRS

Plateau en losange et cases hexagonales

Les parties se jouent sur un plateau en forme de losange — que vous pouvez acheter ou élaborer vous-même — avec deux côtés opposés de couleur blanche et deux autres de couleur noire.

Le plateau est composé de cases de forme hexagonale, avec des côtés de même longueur — le format le plus courant restant le 11×11, même s’il existe de nombreuses autres dispositions, comme 9×9, 14×14 ou 19×19.

Une partie se joue à deux, chaque joueur disposant des bords correspondant à sa couleur. « Chacun à leur tour, les joueurs vont poser une pierre de leur couleur sur l’une des cases encore vides du plateau. On pose la pierre où l’on veut : on peut jouer de manière tout à fait dispersée », nous explique Loïc Cellier.

«  Une fois la pierre posée, elle est fixée, comme il n’y a pas de déplacement, ni de capture à ce jeu. Le but est de composer un chemin continu avec un ensemble de nos pierres pour connecter les deux bords de notre couleur.  » Le premier à y parvenir gagne donc la partie.

CC HEX&CO

Un jeu ouvert à tous…

Doté de règles simples, épurées, voire basiques, le jeu de Hex est ouvert à tous. C’est ce qui fait sa force, selon Loïc Cellier : « Les règles sont extrêmement simples et claires, si bien que les personnes qui peuvent avoir des difficultés de concentration peuvent elles aussi s’initier à ce jeu ».

Le jeu de Hex dévoile toute sa richesse  dans les possibilités tactiques et la complexité des combinaisons offertes. Déjà, selon la taille du plateau, les parties peuvent vite prendre une allure très différente.

Ceux dotés de côtés de 9 ou 11 cases sont à privilégier pour des parties courtes et rapides, tandis que ceux de 14 sont «  la dimension recommandée par l’un des pionniers du jeu, John Nash  », comme le souligne Loïc Cellier. Enfin, la version à 19 permet de se rapprocher des mêmes conditions que le jeu de go pour des parties longues et élaborées.

… qui offre une grande marge de progression

Ensuite, comme l’explique Mickaël Launay, auteur de vidéos de présentation du jeu sur YouTube, il existe de nombreuses techniques et stratégies qui reposent logiquement sur des calculs et des probabilités.

Le jeu est donc facile d’accès, mais assez complexe pour ceux qui ambitionnent de le maîtriser totalement, ce qui offre une marge de progression des plus intéressantes pour des parties sans cesse renouvelées. Pour donner un ordre d’idée, Loïc Cellier nous explique que « sur un tout petit plateau de 7 cases sur 7, il existe de l’ordre de 10 puissance 22 tableaux différents possibles sur ce jeu, soit l’estimation du nombre de grains de sable sur Terre », soit de nombreuses possibilités, « pas toutes intéressantes, évidemment, mais quand même. »

Un jeu, de multiples supports

Les 4 formats décrits plus haut sont ceux retenus pour le coffret de réédition du domaine associatif du CIJM, proposé pendant divers évènements grand public consacrés aux mathématiques ou aux jeux de société. Mais aussi sur le web pour environ 30 euros en incluant les frais de port.

On peut également le trouver dans certaines boutiques spécialisées, comme celle du 6e arrondissement de Paris, Variantes. La compagnie qui éditait à grande échelle les plateaux de jeu, Parker Brothers, s’étant totalement désintéressée du jeu, les associations restent le meilleur moyen de s’équiper.

Reste aussi la possibilité de construire son propre plateau, avec deux techniques : soit en réalisant des hexagones, mais c’est « un peu délicat et consommateur de temps  », selon Loïc Cellier, « soit en considérant la version duale à base de triangles, où l’on pose les pierres sur les intersections de lignes, comme au Go. » L’idée reste de pouvoir jouer dans les mêmes conditions, quel que soit le support choisi.

Visuel du CNRS

Du jeu de Nash au jeu de Hex

L’histoire du jeu de Hex explique en partie son statut atypique, lui qui a connu bien des noms à travers l’histoire. «  En 1942, Hein parle de ‘Polygon’. Ensuite, Nash, très modestement, appelle ça ‘le jeu de Nash’. Puis les étudiants du campus de Princeton appellent ça ‘le jeu de John’  » relate Loïc Cellier, avant de conclure : « C’est la société américaine Parker Brothers qui appelle ça ‘Hex’, à peu près 10 ans après l’invention, et c’est le nom qui est resté. […] Le terme provient directement du mot ‘hexagone’ ».

Qu’il s’agisse d’évènements associatifs ou de diverses compétitions, comme un Open créé en 2012, Loïc Cellier a eu l’occasion de présenter le jeu à de nombreuses personnes et de croiser la route, notamment, du fils de son créateur. Le jeune homme admire le parcours singulier du concepteur original du jeu de Hex, Piet Hein : «  Il a fait énormément de choses, ça ne se limite pas du tout à ce jeu. C’était un mathématicien et poète incroyable, un physicien de premier plan, il s’est rendu deux fois à Princeton pour discuter avec Einstein, qui affectionnait particulièrement le jeu. »

Une boîte du jeu de Hex éditée par Parker Brothers.

« Développer le lien social »

Loïc Cellier et Mickaël Launay ont également créé une association, HEX&CO — elle-même membre du Comité international des jeux mathématiques (CIJM) — qui leur permet de partager leur passion mais aussi de créer du lien entre les personnes découvrant le jeu.

Loïc Cellier nous explique son point de vue : « Ce qu’on développe au travers de cette association, c’est la vertu sociale. Le fait de jouer ensemble, c’est déjà être ensemble, et on veut créer du lien social à partir de ça. On aimerait continuer de développer des projets intergénérationnels, par exemple des groupes de jeunes de centre de loisir ou d’école qui viendraient dans des maisons de retraite pour partager du temps de jeu. »

Une dimension humaine assez intéressante, qui devrait vous donner encore plus envie de découvrir le jeu de Hex.

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