Dans l'État du Connecticut, à quelques dizaines de kilomètres de la ville de Newtown, les habitants de Southington vont organiser une collecte pour récupérer et détruire les jeux vidéo violents. L'organisation à l'origine de l'opération affirme qu'elle accepte aussi d'autres médias (films, chansons, séries...). L'association assure qu'il s'agit d'abord d'une opération pour extérioriser le drame et qu'il ne s'agit pas d'établir un lien de causalité entre les jeux violents et la criminalité.

La tuerie de l'école primaire Sandy Hook, dans le Connecticut, sera-t-elle l'électrochoc salutaire de l'Amérique ? Trois semaines après le drame, il est sans doute encore trop tôt pour le dire, d'autant que le droit de détenir et de porter des armes est profondément ancré dans l'histoire et la culture des États-Unis. Pour un Américain, c'est plus qu'un simple culte ; c'est la condition de la liberté face à l'État fédéral.

Bien sûr, la disparition de vingt enfants et sept adultes (dont le meurtrier) appelle malgré tout une réaction du politique. L'une des pistes les plus en vues, inspirée par une loi votée en 1996 par Bill Clinton, est d'empêcher la vente de certaine armes (fusils d'assaut) et de certains équipements (chargeurs de grande capacité). En effet, ces armements sont peut-être excessifs par rapport au but premier du IIe amendement.

D'autres initiatives en revanche sont plus discutables. Le site Polygon rapporte en effet que des habitants de la ville de Southington, située dans le même État et distante d'une cinquantaine de kilomètres de Newtown, vont organiser une collecte de jeux vidéo violents à partir du 12 janvier. L'objectif ? Que les habitants de la ville se détournent de ces activités, en leur proposant en échange un chèque-cadeau de 25 dollars.

Un flux continu de violence

L'organisation encadrant cette opération, SouthingtonSOS, indique qu'elle acceptera également le retour de films violents ou de chansons aux paroles plus explicites. Mais il ne s'agit pas de laisser penser que cette collecte signifie que les jeux violents rendent effectivement violents ou font naître des assassins. Pas plus qu'il s'agit de dire que le jeu vidéo est responsable de la tuerie de Sandy Hook.

"L'action du groupe n'est pas destinée à être interprétée comme une déclaration attestant que les jeux vidéo violents sont à l'origine du déchaînement de violence survenu à Newtown le 14 décembre".

"Au contraire, SouthingtonSOS souhaite dire qu'il y a de nombreux éléments montrant que les jeux vidéo violents, associés à des médias violents de toutes sortes incluant la télévision et les films, dépeignent histoire après histoire un flux continu de violence et de meurtre, contribuant à augmenter l'agressivité, la peur, l'anxiété et à insensibiliser nos enfants à des actes violents, y compris l'intimidation et le harcèlement".

"Les commentateurs politiques et sociétaux, ainsi que les élus, y compris le président, attribuent la criminalité violente à de nombreux facteurs, y compris l'insuffisance de la législation sur le contrôle des armes, la culture de la violence et la culture de la violence récréative", commente SouthingtonSOS, dans son communiqué, reproduit par Polygon.

Autrement dit, cette collecte ne vise officiellement pas à stigmatiser particulièrement les jeux vidéo violents ni établir un lien de causalité entre une pratique vidéoludique et un passage à l'acte meurtrier. Corrélation n'est pas causalité, a-t-on l'habitude de rappeler.

Il est probable que cette opération serve avant tout de catharsis à une population marquée par un énième drame. Rappelons en effet que la ville de Southington se situe à quelques dizaines de kilomètres de Newtown. Pour les parents d'élèves, peut-être que cet évènement sera l'occasion d'extérioriser et de se soutenir mutuellement.

En Australie, une collecte d'un autre genre

L'opération prévue par SouthingtonSOS rappelle une autre collecte, mais dont la portée et la nature sont complètement différentes. En Australie, après une tuerie de masse survenue en 1996, le gouvernement de l'époque a aussi organisé une collecte. Mais au lieu de cibler les jeux vidéo violents, la campagne nationale a visé les armes à feu, via un programme de rachat et une interdiction de vente pour certaines catégories.

Draconienne, cette décision  a permis en un an de retirer entre 600 000 et 700 000 armes de la circulation. Pour inciter les Australiens à rendre leur arsenal, le pouvoir exécutif avait assuré qu'une amnistie sera accordée même aux détenteurs d'armes ne disposant pas de licence. Le bilan a été très positif : les homocides ont chuté de 60 % en dix ans et il n'y a plus eu une seule tuerie de masse en Australie.

Une telle politique pourrait-elle voir le jour aux Etats-Unis ? L'Australie n'est pas l'Amérique. Car en effet, dans le débat, la population semble prête à envisager beaucoup de choses avant de retirer les armes à feu : équiper leurs enfants de cartables pare-balles, armer les professeurs pour qu'ils puissent riposter ou, pour pousser la logique jusqu'au bout, permettre aux enfants de s'armer.

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