Produite grâce à ses fans, T-ka lance son album en France

Guillaume Champeau - publié le Lundi 24 Novembre 2008 à 12h58 - posté dans Musique Numérique

Il y a un an, 684 internautes du monde entier pariaient sur sa réussite et investissaient collectivement 50.000 dollars pour lui permettre de produire aux Etats-Unis son album, "And maybe a tree will rise out of me". Enregistré en mars, l'album de T-ka est disponible en France depuis le 28 octobre, hors du circuit traditionnel des grandes maisons de disques. Elle nous raconte son aventure.

Ils ne sont chaque année qu'une petite centaine à apposer pour la première fois leur signature au bas d'un contrat de production chez une grande maison de disques. Frappés par la chute des ventes, les majors réduisent le nombre de nouvelles signatures, qui n'est jamais monté très haut. Même dans les années 1990, où le marché était à son apogée, les labels signaient moins de 150 nouveaux talents chaque année. Peu de chances, pour les centaines de milliers d'artistes-interprètes qui l'espèrent, de faire partie des heureux élus. D'autant plus lorsque l'on chante dans un registre confidentiel, comme la chanteuse et pianiste de jazz française T-ka. Malgré un talent reconnu par ses pairs (elle a fait les premières parties de Maceo Parker, Malia, Tower of Power, Robin Thicke..., remporté le tremplin du Festival des Muzik'elles en 2007, réalisé des concerts à travers le monde jusqu'à Séoul....), elle n'a pas trouvé de maison de disques pour la produire. Jusqu'à ce qu'Internet vienne à son secours.

T-Ka vient de réussir à sortir son album en France après s'être fait produire il y a un an sur le web anglophone grâce à Sellaband, le pionnier du genre qui a servi de modèle à MyMajorCompany, le label communautaire de Grégoire.

"A l'époque où je me suis inscrite sans trop y croire sur Sellaband, j'avais un album auto-produit de 10 titres et je démarchais les éditeurs et les labels en France sans grand succès. Donc quand j'ai vu les premiers investissements sur Sellaband de gens du monde entier qui ne me connaissaient pas, d'une part ça m'a conforté dans le fait que j'avais eu raison de continuer à faire de la musique et d'autre part, ça m'a fait prendre le taureau par les cornes", nous raconte T-ka. Pour avoir une chance de produire son album, il fallait que les internautes investissent ensemble 50.000 dollars, en misant sur un retour sur investissement grâce aux ventes générées. "J'ai commencé à envoyer des mails à ma famille, mes amis et à expliquer le concept à tous les gens qui venaient me voir en concert et un an plus tard, le 5 novembre 2007, les 50.000 $ étaient réunis. Comme entre temps l'industrie du disque ne me donnait pas signe de vie, c'est tombé à pic."

Le fait qu'elle chante en anglais a probablement aidé à réunir la somme, en lui donnant une plus grande visibilité. Mais ça n'était pas un calcul. "Quand j'ai une mélodie qui se présente à mon esprit, les mots me viennent toujours en anglais dessus. Le français ne me vient jamais naturellement. Et pourtant je n'ai aucune origine anglo-saxonne", explique-t-elle. Pour réunir la somme requise, elle a convaincu 684 internautes de miser sur elle. En moyenne, ils ont investi près de 80 dollars sur elle. "J'ai une gratitude immense pour ces gens qui ne me connaissent pas et qui sur la force de 3 titres, d'une biographie et de quelques photos ont cru en moi. Je les ai tous remerciés un à un au fur et à mesure de l'année où ils ont investi". Plus que des investisseurs, ils participent aussi aux choix artistiques. "C'est également eux qui ont choisi quels titres de l'auto-produit seraient ré-enregistrés en studio. Je voulais les inclure absolument dans ce choix", insiste T-ka.

Elle est rentrée en studio en mars 2008 en Californie, avec la productrice Sylvia Massy (Prince, Skunk Anansie, Johnny Cash) entourée entre autres de Jeff Pevar (Ray Charles) à la guitare, de Stevie di Stanislao (David Gilmour, Crosby Stills and Nash) à la batterie, de Tibo Barbillon (Nouvelle Vague) à la basse et de Bill Holloman (Nile Rodgers, Diana Ross) aux cuivres. Une production de rêve pour une artiste rejetée par les maisons de disques traditionnelles.

A la fois fans et investisseurs, les producteurs de T-ka ont une relation très particulière avec elle. Certains ont organisé des concerts pour elle aux Pays-Bas ou en Angleterre. "L'un d'entre eux m'a même déjà hébergée deux fois à La Haye", se souvient la chanteuse, qui croise souvent leur route lors de ses concerts.

Une production pour le moment déficitaire

Cependant malgré l'argent investi par ses fans producteurs, T-ka ne partage pas encore les mêmes feuilles d'impôts que les artistes produits par les majors qui bénéficient d'une forte exposition médiatique. "Je n'ai pas été payée pour enregistrer l'album, j'ai même du payer mon billet d'avion pour les USA, ma photographe, une maquilleuse, une coiffeuse ainsi que de nombreux frais pour la promo, car il n'y avait pas assez de budget pour tout cela". Pour le moment, "si je fais le compte, entre ce que j'ai dépensé et ce que ça m'ont rapporté les ventes sur le site Sellaband ou à la sortie des concerts, je suis fortement déficitaire", confie-t-elle.

L'argent doit venir après, grâce aux ventes des disques qui rembourseront la production de l'album. Cependant T-ka ne se fait pas beaucoup d'illusions. "Je n'ai pas encore les chiffres de vente en magasins mais pour tout vous dire je touche 1,5 $ par CD vendu en magasin, 2 $ si vous l'achetez sur le site Sellaband et 0,70 $ si vous achetez l'album en téléchargement à 3,50$ sur le site Sellaband. Donc le temps que ça me rapporte un Smic, je vous laisse calculer... En plus c'est en dollars et pas en euros...!"

Comme l'immense majorité des artistes-interprètes, T-ka devra travailler à côté de son art, ou tenter de vivre de ses concerts ou de ses produits dérivés. Chaque lundi soir jusqu'au 15 décembre, elle se produit à l'Espace Christian Dente, à Paris. Sur Sellaband, une boutique permet d'acheter des t-shirts à son effigie. Pour elle, les CD resteront probablement avant tout une fierté et un moyen de se faire connaître, mais elle espère mieux.

"Pour ma part, je n'ai jamais su comment télécharger et je suis sûrement un des rares dinosaures encore qui continue d'acheter des disques en magasin. J'ai un iPod où je mets la musique que j'ai rippée de mes propres CD. Donc je ne me sens pas trop concernée par le téléchargement illégal", reconnaît-elle. Mais elle n'est pas favorable au téléchargement pour autant. "Quand je vais chez des amis qui me disent que ça fait 8 ans qu'ils n'ont pas acheté un disque ou un DVD, je trouve que ça n'est pas très juste pour les artistes. Si personne n'achète mon CD, je n'arriverais jamais à vivre de ma musique et franchement, je ne me relancerais pas dans l'aventure d'un 2e album..."

"Je ne suis pas forcément pour que les abonnés soient déconnectés d'un service qu'ils paient", dit-elle à propos du projet de riposte graduée de Christine Albanel, "mais s'ils pouvaient faire en sorte (et apparemment des technologies le permettent depuis plusieurs années) que chaque fichier échangé illégalement soit tout de suite détecté et rendu payant pour que les ayant-droit perçoivent leur part, je pense que ça couperait court à tout cela et qu'enfin les gens se rendraient compte de ce que ça coûte."

"Déjà, rien que de voir que mon album a coûté 50.000$ et même plus avec tout les frais en plus, ça devrait faire réfléchir les gens sur la valeur de la musique..."

Publié par Guillaume Champeau, le 24 Novembre 2008 à 12h58
 
 
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Commentaires à propos de «Produite grâce à ses fans, T-ka lance son album en France»
 

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Pour 55€ elle vendais avec CD-Baby... et pour quelques dizaines d'euros/mois elle assurait sa promos automatiquement via des sites de robots sur internet et ses réseaux sociaux.
Pour 5000€ elle se payait son home studio d'enregistrement numérique et pour 5000€ de plus un ingénieur son qui va avec pour faire tout l'album...
Allé pour 10000€ de plus des zikos pour tout enregistrer ses compos (cela ne manque pas en France, j'en connais plus d'un qui serait partant juste avec les frais déplacement, bouffe, bière et la W**D fournies!).
Mais un grand studio, un billet d'avion, un son RIAA, une renommée, tout ca coûte cher même si le résultat n'est jamais aussi parfait et authentique que lorsqu'on fait tout par soit-même... quand on est capable et au courant des chmilblick sonores évidement !
Et puis j'oubliait, 2000€ pour pressé 2500CD avec jackette et ensuite voir si ca marche...

Sinon musicalement je trouve ça un peu trop standardisé, je trouve que la personnalité de l'artiste apparaît plus à l'écran que dans les mélodies, et que les effets de voix semblent aussi trop calculés, venant de pas assez profond.
Cet album ressemble plus à un produit qu'à une oeuvre, au final, et c'est dommage... il y a du potentiel c'est sur ptetre qu'il faut fumer un peu plus ?
Lol!
Tout ce fric d'un systeme alternatif utilisé pour rejoindre le chemin des majors... ;)
Sur Internet, quand on aime son public on donne sa musique, parce que à la base, Internet est un réseaux de partage de données, de savoir et de culture.
Ce n'est pas une vaste plateforme de promo. Je trouve que Numerama s'éloigne des projets de Licence Globale
de son créateur en soutenant ce genre de système.

En suite c'est sur qu'au point ou on en est il faut mieux tout essayer à la fois, on verra ensuite le système le plus sécurisé et fiable qui survivra (je met 50000€ sur le Peer to Peer Crypté qui a déjà 10 ans d'avance sur les Majors!).

;)
Zuvassin, le 01/01/1970 - 01:00
- Comment assurer la juste rémunération des artistes les moins distribués et les moins connus mais pourtant écouter et telecharger?
- Utiliseront-ils un panel de "consommateurs" pour savoir à qui donner (toujours les mêmes qui toucheront toujours autant) ?
- Sinon prévoit-ils de mettre une appli sur votre lecteur mp3 pour "vérifier" qui vous écoutez pour rémunérer au plus juste ? (avec les risques de travestir les résultats en modifiant le nom ou le tag pour faire gagner le max à son artiste favori par exemple).
- Cet appli au final permettra de fliquer la musique et à terme, la vidéo? les jeux? la tv? un article? aux clics? (bonjour revoici le minitel style avec big brother !)
- Ceux en creative common risquent de ne jamais rien toucher !
- Comment justifier une licence globale (taxe) alors que le secteur ne perd pas d'argent (seuls les producteurs perdent car les artistes font de plus en plus de choses eux-même)
C'est au législateur de plancher là dessus. Big-Champagne a fait une étude qui promet des estimations bien plus fines que ce qu'on a aujourd'hui et qui n'est déjà pas trop mal.

La SPEDIDAM utilise un tarif de répartition à la seconde, calculé sur le je ne sais combien de milliards de secondes dans une année, ceci pour les droits déclarés par les radios ; des statistiques CSA, Médiamétrie, SOFRES, combinés, pour les autres.

On peut imaginer un filigrane sur les oeuvres en utilisant un système ouvert (libre) anonyme sans identification des individus. Une sorte de code barre numérique comme il y en a sur les bouquins, les pochettes CD et en gros tout ce qui se vend. Cela permettrait d'étudier les échanges à la volée. Comme c'est libre on peut voir dedans et on ne peux truander et inscrire autre chose que ce qui est autorisé par la loi. Encore au législateur d'inventer, de préférence pas tout seul. Bien foutu cela pourrait aussi servir à autre chose que la répartition : trouver toutes les oeuvres d'un auteur, les types qui ont joué avec lui, faire des biographies, etc. Peut-être est-ce que ça pourrait donner des applis et des lecteurs du feu de dieu ?

Ceux en Creative Commons ne toucheront jamais rien, Licence Globale ou pas. C'est pas fait pour. Si tu veux toucher il faut adhérer à la SACEM.

La Licence Globale se justifie par le droit à rémunération des créateurs pour l'usage de leurs oeuvres, ce qui fait partie du droit d'auteur. Point. Les producteurs sont titulaires de droits voisins et subissent effectivement un préjudice relativement aux contrats d'exclusivité qu'ils ont signés. Il est légitime qu'ils perçoivent une compensation.

Voilà quelques pistes de réflexion.
Produisant de la musique par un label associatif que j'ai créé avec mes potes, produire autant d'albums que l'on veut coûte pas grand chose. C'est le temps qui coûte cher. Une artiste qui oserait mettre les mains dans le camboui paierait bien moins cher. Avec quelques bons potes, ça avance très vite !

Moi je dis que cette artiste a vu bien trop grand. Des gens qui ont du talent, il y en a des milliers, et chacun se débrouille.

Je vous dirai combien m'aura coûté le prochain bébé.
Thib
@Zuvassin
"mon dieu je vais devoir vivre de mes concerts !"
C'est bien connu : les gens n'achètent plus de disque, mais ils se ruent massivement sur les concerts !?

Combien de nouveaux talents non signés sur une major t'es allé voir en payant ta place les 6 derniers mois ?

Quand t'es pas prêt à mettre 10/15€ dans un disque, t'as souvent le même raisonnement pour une place de concert ! et tu télécharge le DVD live !


@Jailbreak
"Des albums pareils, j'en trouve 30 à la Fnac."
A ton avis, combien de ces 30 albums a un budget inférieur à 50 000$ ?

"C'est exactement la même chose, y'a que l'enseigne qui change."
Est-ce que tu ne crois pas que sur les systèmes comme Sellaband/MyMajorCompany, les "investisseurs" mettent des sous sur un artiste dont il pense qu'il va marcher pour rentrer dans leur mise ?
Et paf, la sacro-sainte thune aligne la réaction de l'internaute/investisseur sur le comportement des vilaines maisons de disque.

@superkenel
"Sur Internet, quand on aime son public on donne sa musique, parce que à la base, Internet est un réseaux de partage de données, de savoir et de culture."
Le retour du monde de Oui-Oui !!
T'as suivi les valeurs boursières de Google ? de Yahoo ? Youtube ?
Les spams que je reçois ne parlent que de philosophie, rien avoir avec des marchands de pilules bleues...
Internet = philantropie : mdr !


"Tout ce fric d'un systeme alternatif utilisé pour rejoindre le chemin des majors..."
cf ma remarque à Jailbreak sur les comportements des "investisseurs".


En 2008, plus personne ne peut se passer d'une Wii (300€), d'un GPS (150€), d'un portable (50€/mois)...
Mais la zique...
tickettoun, le 01/01/1970 - 01:00
@Zuvassin
"mon dieu je vais devoir vivre de mes concerts !"
C'est bien connu : les gens n'achètent plus de disque, mais ils se ruent massivement sur les concerts !?
Ben oui justement, et de plus en plus. Les taux de fréquentation des concerts sont à la hausse, alors que les taux de vente de CDs eux sont à la baisse.

tickettoun, le 01/01/1970 - 01:00
Combien de nouveaux talents non signés sur une major t'es allé voir en payant ta place les 6 derniers mois ?
Personnellement une bonne quinzaine.

tickettoun, le 01/01/1970 - 01:00
Quand t'es pas prêt à mettre 10/15€ dans un disque, t'as souvent le même raisonnement pour une place de concert ! et tu télécharge le DVD live !
Ah ah, tu connais beaucoup de nouveaux talents non signés chez les majors (et même dans les vieux signés) qui ont un DVD live de concert ? Moi pas. Et ça reste très différent d'un concert, d'autant que chaque concert est unique.

tickettoun, le 01/01/1970 - 01:00
@Jailbreak
"Des albums pareils, j'en trouve 30 à la Fnac."
A ton avis, combien de ces 30 albums a un budget inférieur à 50 000$ ?
Vois-tu, quand on est un petit groupe/artiste qui débute, c'est demander à perdre du fric que de se lancer directement dans un prod à plus de 50000$ (parce qu'au final elle a ses frais payés de sa poche en plus). Les groupes que je connais, petits groupes et conscients de l'être, ont des frais de production d'album plutôt dans les 5 000 €, pas dix fois plus comme la demoiselle qui a décidé de se payer du grand luxe pour son premier album... C'est un peu comme si un chef cuistot sortant de l'école hôtelière, aussi bon qu'il soit, décidait de se faire construire un restau grand luxe pouvant accueillir 800 personnes tout fraichement sorti de l'école : résultat ? À moins de pouvoir éponger pendant des années le temps de faire de l'argent, il coulera. Ou encore un entrepreneur quelconque qui monte sa boîte avec des capacités de production d'une multinationale, alors que personne ne le connait et qu'il n'a qu'un marché d'une petite PME. En musique, comme dans tous les domaines : on commence petit, et on grossit petit à petit.

tickettoun, le 01/01/1970 - 01:00
En 2008, plus personne ne peut se passer d'une Wii (300€), d'un GPS (150€), d'un portable (50€/mois)...
Mais la zique...
On m'aurait menti ? Pourtant j'ai pas de Wii, pas de GPS, et mon abonnement de portable me coûte 15 € / mois et j'utilise pas tout. J'dois être personne alors. :siffle:
Gorkk, le 01/01/1970 - 01:00
On m'aurait menti ? Pourtant j'ai pas de Wii, pas de GPS, et mon abonnement de portable me coûte 15 € / mois et j'utilise pas tout. J'dois être personne alors. :siffle:
On est 2 alors.
"Ceux en Creative Commons ne toucheront jamais rien, Licence Globale ou pas. C'est pas fait pour. Si tu veux toucher il faut adhérer à la SACEM."

Erreur classique. Creative Commons ne veut pas dire gratuit. On peut vendre du logiciel open source, et on peut vendre de la musique Creative Commons. Par contre c'est sûr que c'est pas la Sacem qui s'en occupe...

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