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Êtes-vous victime de cyberviolences conjugales ? Voici comment les détecter et se protéger

Vous pensez que votre conjoint ou conjointe surveille vos déplacements, fouille dans votre smartphone, lit vos SMS ou vous traque en utilisant un logiciel-espion ? Voici quelques conseils pour se protéger de ce qu'on nomme la cyberviolence conjugale.

Les cyberviolences conjugales sont un phénomène méconnu mais très courant. D'après un rapport du centre Hubertine Auclert, 9 victimes de violences conjugales sur 10 en subiraient.

Elles ne sont pas toujours faciles à identifier car elles sont très diverses. Cela va de la surveillance des SMS à l'utilisation de logiciels espions, en passant par la manipulation de comptes administratifs en ligne (CAF, Pôle Emploi, impôts) ou le revenge porn -- pratique qui consiste à publier des images dénudées d'une personne sans son consentement.

Si vous êtes victime de cyberviolences conjugales ou que vous craignez l'être, voici quelques conseils que vous pouvez appliquer.

Comment savoir si je suis victime de cyberviolence conjugale ?

Le terme de cyberviolence cache des procédés extrêmement divers. Dans un précédent article, nous avons échangé avec de nombreuses victimes qui décrivaient leur quotidien oppressant.

On peut globalement distinguer plusieurs catégories de cyberviolences, comme nous l'explique le centre Hubertine Auclert :

Si vous vous reconnaissez dans l'une de ces situations, ou si la vôtre vous semble similaire (la liste n'étant pas exhaustive), vous êtes victime de cyberviolences.

J'ai des soupçons, mais pas de preuves

Certaines méthodes utilisées pour exercer des cyberviolences sont particulièrement discrètes. Les victimes ne se rendent pas toujours compte qu'elles en sont victimes. Elles soupçonnent souvent que quelque chose cloche, par exemple si le conjoint semble un peu trop en savoir sur ses déplacements, mais sans parvenir à mettre le doigt sur le moyen utilisé.

Le plus simple si vous êtes inquiet ou inquiète est de vous rapprocher de professionnels qui pourront vous aiguiller sur votre cas précis (une liste de contacts utiles se trouve plus bas dans cet article). Vous pouvez également vérifier quelques paramètres de manière simple. Aucune compétence technique avancée n'est nécessaire.

Est-ce qu'elle ou il me géolocalise ?

Pour vérifier si vous êtes géolocalisé ou géolocalisée sans le vouloir, il existe quelques techniques simples. Sur votre téléphone, allez dans vos réglages. Sur un iPhone, dans l'onglet « identifiant Apple », vous pouvez cliquer sur « partager ma position ». Vous pouvez voir ici si votre géolocalisation est automatiquement partagée avec une personne.

Il est aussi possible de le voir depuis l'application de messagerie, en cliquant sur « infos ». Si vous voyez la mention « ne plus partager », c'est que la géolocalisation est bien activée.

Est-ce qu'il lit mes SMS ou messages privés ?

Pour vérifier si quelqu'un lit vos messages privés ou SMS, vous devez d'abord regarder l'application que vous utilisez. Les messages ont-ils été ouverts sans que vous les ayez lus ? Sur Facebook, ils apparaissent par exemple en gras lorsqu'ils ne sont pas lus. La plupart des réseaux sociaux affichent aussi des petites icônes qui permettent de voir quand on a lu un message ou de quand date notre dernière connexion à la conversation.

Vous pouvez aussi vérifier si vos SMS sont transmis à une personne tierce. Pour cela, rendez-vous dans les paramètres ou réglages puis dans « messages ». Sur iPhone, la catégorie concernée s'appelle « Envoi et réception ». Elle permet de voir quels appareils reçoivent vos messages.

A-t-il accès à mes réseaux sociaux ?

Ceci peut être vérifié grâce à la méthode citée ci-dessus, des messages privés. Il est également possible de regarder depuis quels appareils quelqu'un s'est connecté à votre compte, en suivant ces liens :

Si vous reconnaissez dans les appareils indiqués la marque du téléphone ou de l'ordinateur de la personne soupçonnée, cela peut être un signe. Les jours et heures de connexion vous aideront également. Ne vous fiez pas trop à la localisation qui est parfois approximative (Twitter indique à Numerama nous sommes à Neuilly-sur-Seine alors que nous sommes situés à Paris, par exemple).

Utilise-t-il une application-espion ?

Les applications espions sont des applications qu'une personne a installé sur votre téléphone sans votre consentement, dans le but de recueillir des données (messages envoyés ou reçus, géolocalisation, etc). Il en existe des dizaines sur le marché. Pour les repérer plus facilement, voici une liste des plus connues effectuée par le centre Hubertine Auclert : Mspy, Mobipast, Promibs, FlexiSpy, Bibispy, TopEspion, SpyStealth, SpyMasterPro, SoluSpy, GSM Spy, SpyMoob, Hoverwatch, Spytomobile, I monitor phone et Spyera.

Ces applications n'apparaîtront pas aux côtés de vos applications classiques sur votre écran d'accueil. Des indices peuvent vous alerter sur leur présence notamment :

Sur ordinateur, certains logiciels peuvent détecter les mouchards. C'est le cas de MalwareBytes, disponible sur PC ou Mac. Contentez-vous de l'essai gratuit, vous n'aurez plus qu'à désinstaller l'application par la suite.

Faut-il couper les accès ?

Si vous ne vous sentez pas menacé ou menacée, vous pouvez couper des accès. Pour ceci :

Si vous sentez que votre conjoint pourrait se montrer menaçant ou violent lorsqu'il verra que vous avez coupé ses accès, il vaut mieux d'abord chercher de l'aide auprès de professionnels.

À qui demander de l'aide ?

Vous pouvez dans un premier temps demander de l'aide à votre entourage. Si vous n'avez pas d'ami de confiance ou de famille proche, ou si vous n'osez simplement pas leur en parler, vous pouvez vous adresser à votre médecin traitant. Si vous êtes mineur·e, n'hésitez pas aussi à vous adresser à quelqu'un de votre école : un ou une professeure à qui vous faites confiance, le ou la CPE, l'infirmier ou infirmière de l'établissement. Cela fait aussi partie de leur travail.

Il existe sinon de multiples associations auxquelles vous pouvez vous adresser de manière anonyme.

Vous avez moins de 25 ans

Vous êtes adulte

Si vous utilisez un ordinateur familial ou commun avec une autre personne, vous pouvez par précaution vider votre historique et effacer les cookies après avoir consulté ces sites. Sur Chrome, cliquez sur les trois petits points en haut à droite de l'écran puis deux fois sur historiquement (ou directement sur ce lien), puis « effacer les données de navigation ». Sur Firefox, cliquez sur les trois traits en haut à droite puis « bibliothèque », et « historique ». Sélectionnez « effacer l'historique récent ».

Faut-il porter plainte ?

Une fois que vous vous sentirez suffisamment en sécurité, vous pouvez porter plainte. En effet, les cyberviolences sont punies par la loi.

La loi est malheureusement assez complexe en la matière. Chaque partie des cyberviolences correspond à un crime ou délit différent. On ne peut donc pas porter plainte pour « cyberviolences conjugales », mais on peut porter plainte et obtenir réparation pour harcèlement moral, pour violation des correspondances privées, pour des menaces et bien d'autres choses.

Le plus simple est de vous faire aider par une association dans ces démarches. Les professionnels disponibles aux numéros d'aide ci-dessus vous épauleront. La police peut également vous aiguiller au moment du dépôt de plainte. En décrivant les faits, elle vous dira quelle qualification vous pouvez retenir. Quoiqu'il en soit, la police ne peut pas refuser votre plainte. Si elle refuse, dirigez-vous vers un autre commissariat ou faites appel à une association d'aide aux victimes.

À titre informatif, voici un aperçu des peines encourues pour chaque motif, réalisé par le Centre Hubertine Auclert (cliquez sur les images pour les agrandir) :

Vous pouvez aussi saisir un tribunal civil. Dans ce cas, le litige sera réglé rapidement (moins d'une semaine). Attention toutefois : il pourra déboucher sur des mesures restrictives à l'égard du conjoint ou de la conjointe qui exerce les violences, sur une amende, mais pas sur une peine de prison. Une fois que l'affaire est réglée au civil, les mêmes faits ne peuvent plus faire l'objet d'une plainte classique. Pour en savoir plus, cliquez-ici.

Il existe aussi une plateforme en ligne pour signaler les violences sexistes ou sexuelles, accessible via ce lien. Il s'agit d'un chat avec des membres de la police, qui pourront vous aiguiller. Elle contient un bouton pour quitter rapidement le site en cas de besoin.

Comment se protéger et sécuriser ses appareils ?

Que vous ayez été victime ou cyberviolences ou non, il existe quelques moyens simples pour se prémunir de certains abus.

Ne partagez pas vos mots de passe

La première chose à faire est de garder ses mots de passe pour soi, et soi seul. Il est très tentant de le partager à des personnes à qui l'on fait entièrement confiance, mais cela peut malheureusement menacer notre vie privée et / ou notre sécurité. Choisissez donc un mot de passe que votre conjoint ou conjointe ne trouvera pas trop facilement grâce à notre guide dédié.

https://www.youtube.com/watch?v=SMFu5t2iklA

Évitez la simple date de naissance, ou inversez le jour et le mois pour un code PIN si vous craignez d'oublier des séries plus complexes, par exemple. Il existe aussi des gestionnaires de mots de passe pour les personnes un peu tête en l'air, comme LastPass, KeePass ou Dashlane.

Faites attention lorsque vous tapez votre mot de passe devant d'autres personnes ou à ne pas le donner sans faire exprès (par exemple, si vous avez les deux mains occupées et qu'une personne demande votre code pour accéder à votre place à votre téléphone).

Changez régulièrement vos mots de passe sur les réseaux sociaux.

Utiliser la double-authentification

Vous pouvez aussi mettre en place très facilement ce qu'on appelle la double-authentification. C'est vraiment facile et très important. Lorsque vous connecterez depuis un nouvel appareil, le site vous demandera de valider la connexion grâce à un code envoyé par SMS sur votre smartphone. Elle est disponible sur Facebook, Twitter, Instagram, les comptes Gmail, etc. Vous pouvez vous référer à notre guide dédié pour l'activer.

Limiter les appareils en commun

Si possible, n'utilisez pas d'ordinateur familial, mais plutôt un ordinateur personnel. De la même manière, il est préférable de limiter les comptes communs. Certains couples partagent un compte Facebook, ou leurs comptes des impôts sont rattachés. Mieux vaut garder son indépendance pour se prémunir d'éventuels abus. Il en va de même pour les comptes en ligne des impôts ou autres, qui peuvent également être utilisé en temps qu'outil de cyberviolence conjugale.