Chaque week-end, c'est la compilation de l'actualité de la propriété intellectuelle et de ses dérives, concoctée par Lionel Maurel et Thomas Fourmeux, spécialistes de la question du copyright.

Copyright Madness

Quelque chose à déclarer ? Le week-end dernier, se tenait à Villepinte la Japan Expo qui a encore attiré cette année 240 000 visiteurs venus célébrer leurs univers favoris. Mais l’événement se déroulait sous la surveillance attentive du service des douanes, missionné par de grandes marques pour repérer les contrefaçons. Rappelons que beaucoup de choses qui se déroulent à la Japan Expo sont des violations de propriété intellectuelle, à commencer par la plupart des cosplays ! Les douaniers sont repartis cette année avec plus de 3000 articles contrefaisants, parmi lesquels des choses surprenantes. Sachez par exemple qu’on ne peut pas vendre des carnets noirs s’ils font trop penser au fameux Death Note ! Pensez-y la prochaine fois que vous avez envie de vous déguiser en Pikachu…

Flickr/CC/Iwoodfp

Entourloupe. On a beaucoup parlé du filtrage automatique ces derniers jours, à cause d’une directive européenne qui voudrait le rendre obligatoire. Le Youtubeur Bruce Benamram, qui tient la chaîne de vulgarisation scientifique ePenser, raconte une mésaventure qui montre bien les dérives que peuvent générer ces systèmes. Il a été invité il y a quelques années dans l’émission Allo Docteur sur France5 qui avait passé un extrait d’une de ses vidéos sur le bâillement. Et aujourd’hui, France TV essaie de récupérer la monétisation sur cette vidéo, parce que le robot de YouTube repère une correspondance avec son émission ! Voilà le genre d’absurdités auquel nous exposerait sans cesse le déploiement généralisé du filtrage !

Expelliarmus ! C’est très difficile de rendre hommage à une œuvre et son univers quand les droits sont détenus par Warner Bros. Le studio s’est attaqué à un festival consacré à Harry Potter qui existe depuis plusieurs années au Danemark. Face à la popularité croissante de l’événement, Warner Bros craint que le festival représente une activité commerciale lucrative. Par conséquent, le studio a écrit une lettre à la ville organisatrice pour lui signaler qu’en tant que titulaire de droits sur la licence Harry Potter, il est interdit d’utiliser des noms issus de la saga. C’est quand même très difficile d’organiser un événement autour d’Harry Potter sans évoquer le nom des personnages, les sortilèges ou encore des lieux emblématiques. La propriété intellectuelle est magique…

Harry Potter et le Prince de sang-mêlé. Warner Bros.

Trademark Madness

Religiosité. En Roumanie, le monastère de Prislop fait affluer les pèlerins des quatre coins du pays, car il abrite la tombe d’Arsenie Boca, un moine vénéré comme un saint notamment à cause de ses pouvoirs de guérison. Mais la police fait régulièrement des descentes autour du lieu, à la demande d’un couple qui a flairé le bon coup en déposant le nom et l’image de cette personne comme marque ! Ils prétendent sur cette base pouvoir empêcher quiconque de vendre des produits à l’effigie du saint, à commencer par le monastère lui-même. On ne sait pas si cela leur vaudra le paradis, mais comme on dit : charité bien ordonnée commence par soi-même !

CC/Tomoniu N. Nicolae

Fair play. La dérive qui suit ne pouvait pas tomber mieux en cette période de coup du monde de football. L’affaire oppose deux sociétés spécialisées dans le pari en ligne. La première SportsBet a tiré plus vite que son ombre et a mis en demeure une société concurrente qui souhaite se rebaptiser. Elle veut troquer CrownBet par SportingBet. Sans réelle surprise SportBet est contre ce changement de nom et considère que la nouvelle dénomination est trop proche risquant de provoquer une confusion dans l’esprit des consommateurs. Un moment, il faudrait peut-être songer à arrêter de nous prendre pour plus bêtes que nous le sommes !

CC/Pexels/Markus Spiske

Patent Madness

Sécurité routière. Dans la vie il y a deux catégories de personnes, ceux qui déposent des brevets et ceux qui sont accusés de violation de brevets par les premiers. Apple fait partie des deux. Cette fois-ci, la firme de Cupertino est accusée d’avoir violé le brevet de la société SMTM en ayant implémenté dans son système d’exploitation pour iPhone la fonctionnalité Do Not Disturb While Driving. Cette dernière permet au conducteur de ne pas être dérangé pendant qu’il conduit en bloquant les notifications et en envoyant une réponse automatique indiquant que le conducteur conduit et ne peut répondre pour le moment. Grâce à l’électronique embarquée dans les véhicules récents, il suffit que le téléphone soit connecté en Bluetooth à la voiture pour activer le dispositif. SMTM a donc voulu faire payer Apple en l’obligeant à souscrire une licence d’utilisation. Alors que ce dispositif peut permettre de renforcer la sécurité sur les routes, certains sont plus soucieux de la sécurité de leur rentabilité.

CC/Pexels/Energepic

Le Copyright Madness vous est offert par :

Lionel Maurel

Thomas Fourmeux

Merci à tous ceux qui nous aident à réaliser cette chronique, publiée sous licence Creative Commons Zéro, notamment en nous signalant des cas de dérives sur Twitter avec le hashtag #CopyrightMadness !

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