À Istanbul, près de 6 000 femmes cyclistes se sont réunies sur un groupe Facebook. Lors du festival Web2Day de Nantes, l'une des fondatrices a expliqué comment Bisikletli Kadın İnisiyatifi est devenu un espace de solidarité entre ces femmes turques.

« Nous sommes des femmes qui utilisent une bicyclette dans notre vie de tous les jours, parfois en allant au travail. […] Nous savons aussi que de nombreuses femmes veulent faire du vélo comme nous. Elles ont juste besoin d’un peu de soutien, d’être représentées autant que possible. Nous nous sommes réunies dans cet objectif, et avons créé Bisikletli Kadın İnisiyatifi. »

Depuis ses débuts en mai 2015, ce groupe Facebook destiné aux femmes cyclistes habitant à Istanbul, en Turquie, accueille désormais plus de 6 000 membres. Lors du festival Web2Day, organisé à Nantes du 13 au 15 juin 2018, la conceptrice visuelle Zeynep Arapoglu est venue présenter cette initiative, à l’occasion d’une conférence sur les actions sociétales nées dans le giron de groupes sur Facebook.

Un groupe non mixte

« Je faisais du vélo seule quotidiennement et j’ai rencontré d’autres femmes lors d’événements consacrés au cyclisme à Istanbul. Ensemble, nous nous sommes aperçues de la nécessité de créer un groupe uniquement féminin, et nous avons eu l’initiative de ce groupe de femmes cyclistes », nous raconte Zeynep Arapoglu à l’issue de la conférence.

Zeynep Arapoglu

En faisant du vélo chacune de leur côté, ces cyclistes s’aperçoivent en effet que les infrastructures pensées pour les cyclistes à Istanbul sont rares, et que le trafic est « chaotique » dans la ville lorsqu’elles se déplacent en deux roues. « Nous avions les mêmes expériences, et l’envie de créer une solidarité entre nous. Après le lancement du groupe, nous avons aussi découvert que beaucoup de femmes ne savaient pas faire du vélo en Turquie ; des femmes du groupe se sont portées volontaires pour donner des cours de vélo », précise la cofondatrice de Bisikletli Kadın İnisiyatifi.

Sur ce groupe Facebook, les participantes offrent également leur aide pour réparer les bicyclettes des autres membres. « L’idée était ainsi de ne pas toujours dépendre des hommes », souligne Zeynep Arapoglu. Les cyclistes entrent le plus souvent en contact avec le groupe directement via Facebook, ou parfois sur Messenger.

Des événements à bicyclette

Les participantes essayent de se réunir régulièrement, autour de leur intérêt commun pour le vélo. Comme l’explique notre interlocutrice, le but est de créer un environnement où les cyclistes se sentent en sécurité : « Nous trouvons un point de rendez-vous, puis nous ouvrons les événements Facebook. Dans les groupes mixtes, les cyclistes ont souvent expérimenté des jugements, nous avions envie de leur offrir un espace dénué de considérations politiques et religieuses, pour donner un sentiment de liberté à ces femmes. »

Le choix d’un groupe non mixte s’explique également par le souhait de laisser chaque participante publier les messages qu’elle souhaite sur le groupe. « On essaye d’encourager les femmes à publier. Dans les autres groupes, elles ne publient quasiment rien », note Zeynep Arapoglu, expliquant à nouveau cette situation par la crainte du jugement.

Encourager les cyclistes à publier, sans craindre d’être jugées

La conceptrice visuelle et les autres fondatrices s’occupent bénévolement de cette initiative, qui a suscité l’attention de Facebook quelques années après la création du groupe. En février dernier, le réseau social a convié les créatrices de Bisikletli Kadın İnisiyatifi à son Communities Summit, un événement européen lors duquel Facebook donne la parole aux créateurs de groupes pour parler de la façon dont ils intègrent leurs membres.

Bisikletli Kadın İnisiyatifi s’est également doté d’un compte Instagram, sur lequel les réunions de ces femmes cyclistes turques sont racontées en images.