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La douleur physique des femmes est sous-évaluée à cause de stéréotypes de genre

D'après les résultats d'une expérimentation menée auprès de centaines de personnes, la douleur des femmes est considérée comme moins importante que celle des hommes, alors même que cette douleur est cliniquement égale.

Dans une double étude publiée début mars 2021 et dédiée aux biais de genre dans l'estimation de la douleur éprouvée par autrui, un groupe international de recherche en psychologie en arrive à la conclusion que « les stéréotypes de genre liés à la douleur (...) prédisent les biais d'estimation de la douleur ». Une conclusion qui se trouve être particulièrement défavorable aux femmes dans les traitements qui leur sont proposés et la prise au sérieux de leur souffrance physique.

À douleur équivalente, interprétation différente

La première expérience, incluant 50 participants (30 femmes, 20 hommes) n'étant pas issus du monde médical, consistait à leur montrer des vidéos de patients, femmes et hommes, souffrant de douleurs exactement similaires à l'épaule. Les participants devaient noter la douleur des patients sur une échelle de 0 à 100. À expression faciale équivalente et évaluation clinique de la douleur tout aussi équivalente, les patients hommes se sont vus attribuer par les spectateurs une note de douleur presque systématiquement supérieure à celle des femmes. La souffrance physique de ces dernières était sous-évaluée.

La deuxième expérience reproduit la première, de manière plus large, avec 197 participants (81 femmes, 116 hommes). L'équipe de recherche a également ajouté une nouvelle strate à l'étude : en plus d'évaluer la douleur d'une patientèle de femmes et d'hommes souffrant du même problème, sur une échelle de 0 à 100, les participants devaient « prescrire des traitements contre la douleur à chaque patient comme s'ils étaient des médecins ». Afin de connaitre les éventuels stéréotypes de genre chez ces participants, ils et elles ont dû également remplir un sondage sur la douleur et le genre, composé d'une dizaine de questions telles que « Quelle est la sensibilité à la douleur / la résistance / la volonté de signaler la douleur chez une femme ? » vs. « Quelle est la sensibilité à la douleur / la résistance / la volonté de signaler la douleur chez un homme ? ».

Sur cette base élargie, il en résulte le même constat que pour la première expérience : à douleur égale, exprimée de façon similaire, celle des femmes est évaluée bien plus bas. Par ailleurs, à partir des résultats du sondage, plus les participants ont un stéréotype marqué sur l'idée que les femmes exprimeraient davantage la douleur, plus ils ou elles sous-évaluent la souffrance physique réelle des femmes. « Plus les participants croyaient que les femmes étaient plus disposées à signaler la douleur que les hommes, moins ils percevaient la douleur des patientes », écrivent les auteurs de l'étude.

Ce n'est pas tout : la deuxième expérience a également montré que lorsque les participants devaient choisir entre des médicaments et une thérapie psychologique pour les patients, les femmes recevaient davantage de prescriptions pour une psychothérapie, par rapport aux hommes. Une différence « significative » d'après les auteurs. Pourtant, aucun des patients, femmes comme hommes, n'avait de prédisposition à un besoin psychothérapeutique ; les profils psychologiques et de santé étaient similaires. Comme pour l'évaluation de la douleur, plus les participants avaient des stéréotypes envers la façon dont les femmes expriment leur souffrance physique, moins ils proposaient des médicaments et plus ils suggéraient alors un recours à la thérapie. Des stéréotypes de genre semblent bel et bien avoir un impact sur l'estimation de la douleur et le traitement à y associer.

« La sous-estimation de la douleur et la psychologisation dans le traitement de la douleur chez les femmes pourraient toutes deux avoir des effets néfastes sur l'état de santé des patientes », alerte ce travail de recherche dans sa conclusion.

Il faut garder en tête les limites de l'étude. La première est le petit nombre de participants : 50 puis 197 personnes, cela reste un faible échantillon ; la validation par deux études successives compense en partie ce petit échantillon, mais la portée reste restreinte. Ensuite, les participants n'étant pas issus du monde médical, cela relève d'une limite à l'interprétation ; toutefois l'objectif était justement d'évaluer la façon dont l'interprétation de la douleur repose ou non sur des stéréotypes de manière universelle. Ce n'est d'ailleurs pas la première étude à relever la présence d'un biais de genre dans l'évaluation de la douleur et l'influence potentiellement néfaste de ce biais sur la prescription médicale.