Une erreur dans le texte ?

C'est le bon endroit pour nous l'indiquer !
Attention, ce formulaire ne doit servir qu'à signaler une erreur. N'hésitez pas à utiliser les commentaires pour donner votre avis, ou la page de contact pour nous contacter. Merci.

Etape 1

Cliquez sur les paragraphes contenant des erreurs !

AstraZeneca : surmédiatiser les effets secondaires non avérés n’a aucun sens

Des thromboses sont survenues chez des personnes vaccinées contre le Covid-19 à partir du vaccin AstraZeneca, mais en un nombre qui n'est pas supérieur à celui habituellement attendu à cette échelle de la population.

Le Danemark, la Norvège et l'Islande ont suspendu le 11 mars 2021 leur programme de vaccination basé sur AstraZeneca, appliquant un principe de précaution : leurs autorités sanitaires ont exprimé des craintes liées à des cas de caillots sanguins -- des thromboses -- chez des personnes vaccinées. Que ces pays invoquent le principe de précaution, et rien de plus, est déterminant : aucune preuve ne relie les caillots sanguins au vaccin. Mais ce n'est pas le seul problème dans la diffusion de cette annonce.

Face à une pandémie aussi sévère, touchant d'aussi nombreux pays, il est normal que l'attention soit tout particulièrement portée sur les effets secondaires des vaccins, et que les mesures de pharmacovigilance soient renforcées. Pour autant, scruter les effets secondaires ne signifie pas en faire une surexposition parfois injustifiée. Le sujet des thromboses, soi-disant provoquées par le vaccin d'AstraZeneca, est un exemple typique d'une situation où la hiérarchie des problèmes est complètement brouillée par un discours expéditif -- des interprétations trop rapides et trop brèves.

Pour une approche rationnelle, une telle actualité doit être nuancée sous trois aspects :

Le taux normal de problèmes médicaux à de telles échelles

Le 9 mars 2021, 30 cas de thromboses ont été signalés dans l'espace économique européen. En parallèle, le nombre de personnes vaccinées par le vaccin d'AstraZeneca dans la région et sur la période s'élève à 5 millions.

« Le nombre d'événements thromboemboliques chez les personnes vaccinées n'est pas supérieur à celui observé dans la population générale », a indiqué l'Agence européenne des médicaments dans un communiqué publié le 11 mars. Et en effet, il s'agit là d'une position cruciale à adopter au sujet des effets secondaires d'un vaccin : il faut regarder le taux habituel de survenance d'une condition médicale dans la population, avant d'estimer qu'il existe une anomalie directement causée par le vaccin.

À une telle échelle, quand un vaccin est appliqué auprès de millions de personnes, il survient forcément, quelque temps après les injections, un certain nombre de maladies et de décès qui seraient survenus de toute façon dans la population avec ou sans le vaccin.

Pour illustrer, mettons-nous à l'échelle de la population française. Les thromboses veineuses représentent 70 000 cas chaque année sur le territoire. Si vous vaccinez demain la moitié de la France avec AstraZeneca, alors dans la semaine qui suivra, un certain nombre de cas de thromboses surviendra de toute façon : une partie surviendra chez les personnes récemment vaccinées ; une partie chez les autres. Vous avez alors autant de chance d'avoir une thrombose après avoir grignoté un carré de chocolat qu'après avoir été vacciné, c'est-à-dire une probabilité minime, mais existante.

En clair : la survenance d'une condition médicale après la vaccination n'est pas forcément symptomatique d'un lien avec le vaccin si le nombre de cas pour cette condition, dans la population vaccinée, n'est pas supérieur au taux habituel attendu. D'ailleurs, à contrario de ces quelques cas non prouvés, les données semblent plutôt montrer que les effets secondaires des vaccins contre le coronavirus sont globalement bénins.

La maladie Covid-19 tue

Un deuxième aspect intervient quant aux ordres de grandeur : la gravité de la maladie contre laquelle on vaccine. Ne serait-ce qu'en France, le coronavirus SARS-CoV-2 provoque une surmortalité avérée, qui représente aujourd'hui entre 100 et 400 décès chaque jour. En Île-de-France, en cette mi-mars, les services de réanimation sont à un stade critique.

Il est absolument essentiel de ne jamais rejeter la gravité de la maladie en dehors de l'équation. Un vaccin comporte quelques effets secondaires (des migraines et états grippaux par exemple) qui n'égalent pas les symptômes potentiellement provoqués par le coronavirus, de la difficulté respiratoire sévère au covid long, avec des risques de décès.

C'est aussi la raison pour laquelle l'Agence européenne des médicaments a estimé que « les avantages du vaccin continuent à l'emporter sur ses risques et que le vaccin peut continuer à être administré pendant que l'enquête sur les cas d'événements thromboemboliques se poursuit ». Le rapport bénéfice/risque doit être au centre du sujet lorsqu'il est question de la vaccination.

Le lien n'est pas avéré

À ces mises en perspective proportionnelles, il faut conclure en rappelant qu'aucun lien n'a été prouvé entre le vaccin d'AstraZeneca et les cas de caillots sanguins. Un tel lien doit être prouvé scientifiquement, par une enquête, et/ou par un taux d'événements néfastes supérieur à celui attendu.

L'application du principe de précaution par un pays comme le Danemark peut s'expliquer par le faible taux local de mortalité (un peu plus de 2 000), mais en France, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne et dans la plupart des pays d'Europe, ce taux excède de loin les 50 000 décès depuis les débuts de la pandémie. Le principe de précaution, sur un effet secondaire qui n'est aucunement avéré et dont aucun indice ne suppose un lien, ne saurait interrompre une campagne de vaccination nécessaire et déjà relativement trop lente.

Pourtant, la surmédiatisation de ces cas de thromboses provoque dès aujourd'hui des désistements de rendez-vous. La surexposition de but en blanc des effets secondaires ne fait que fournir toujours davantage de biais de confirmation aux inquiétudes, et aux réseaux dits complotistes très actifs sur les réseaux sociaux. Par exemple, lorsque l'Autriche annonce avoir retiré un lot entier de vaccins AstraZeneca par précaution après le décès d'une infirmière décédée quelques jours après l'avoir reçu (le lien n'a jamais été prouvé), cette simple information peut suffire à effacer de l'équation les milliers d'autres lots qui n'ont posé aucun problème et n'ont jamais été retirés du marché.