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Non, cette nouvelle recommandation ne dit pas que les masques en tissu ne servent à rien

Voici ce que change, et surtout ce que ne change pas, avec la nouvelle recommandation du Haut Conseil de la santé publique sur les masques en tissu face à l'épidémie de coronavirus SARS-CoV-2.

Non, le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) ne vient pas d'affirmer en cette fin janvier 2021 que les masques en tissu ne servent à rien (et encore moins que les masques ne fonctionnent globalement pas). Sur les réseaux sociaux, la réalité est actuellement déformée par des comptes « antimasques » qui cherchent à démontrer un retournement de veste dans la doctrine. Dans les faits, il n'en est rien.

Le HCSP a en fait indiqué, très précisément, que les masques en tissu de catégorie 2 ou artisanaux étaient moins efficaces contre le variant anglais, et qu'il valait donc mieux les éviter. Mais cela ne concerne pas les masques en tissu de catégorie 1.

Pour le dire de manière limpide : le Haut Conseil de la santé publique recommande dorénavant que soient portés exclusivement des masques de la meilleure qualité possible. Voici ce que cela change, et ce que cela ne change pas.

Les masques fonctionnent, tout dépend la filtration

Le port du masque fonctionne dans la gestion d'une épidémie pour freiner la transmission, principalement lorsque la mesure est généralisée dans la population. Les masques ont cela d'utiles qu'ils freinent la diffusion de particules virales aéroportées grâce à leur capacité de filtration. Les masques chirurgicaux et FFP2/N95 sont conçus, par définition, avec ce type de filtres. Ils sont utilisés depuis des décennies dans des contextes médicaux ou dans les pays où les épidémies sont plus régulières.

Évaluer l'efficacité d'un masque en tissu est plus délicat. Ils doivent être clairement distingués des masques médicaux de type FFP2 et chirurgicaux. Leur efficacité pour protéger le porteur est souvent limitéeQuant à leur efficacité de filtration pour les particules émises, c'est très variable. Ils peuvent être beaucoup moins filtrants qu'un chirurgical mais certains peuvent largement rivaliser avec les chirurgicaux. Concrètement, là où les FFP2 et chirurgicaux obéissent aux mêmes normes contrôlées de fabrication, assurant une efficacité plutôt constante, beaucoup de critères entrent en ligne de compte pour qu'un masque en tissu soit efficace. Entrent principalement en jeu le nombre de couches, les matières utilisées et leur grammage. Un masque en tissu peut incarner le pire (presque aucune filtration) comme le meilleur (une filtration aussi bonne qu'un chirurgical).

En France, l'AFNOR a établi des normes pour les masques en tissu. Il y a deux catégories : catégorie 1 avec 90 % de filtration ; catégorie 2 avec 70 % de filtration. Les masques de catégorie 2 correspondent en général aux masques artisanaux (donc principalement ceux fait maison), qui ne font l'objet d'aucun contrôle de la qualité. Les masques distribués par des fabricants professionnels comportent la mention NF Masques barrières, signifiant que cela répond aux exigences de confort et de qualité de l'AFNOR. Ce sera en général marqué SPEC-S76-001, UNS1 ou simplement « catégorie 1 » pour notifier l'appartenance à la catégorie principale aux 90 % de filtration minimum. Il s'agit donc de vérifier que les masques en tissu que vous utilisez répondent bien à cette norme des 90 % de filtration. Ils représentent cela dit la majorité du marché français.

Ce qui change dans la recommandation

C'est face à la diffusion de nouveaux variants du coronavirus que le Haut Conseil en santé publique a recommandé d'éviter les masques en tissu de catégorie 2, en raison d'une filtration en-deça de 90 %. Il n'est pas question d'arrêter de porter des masques en tissu si besoin ni de réfuter toute la doctrine sanitaire établie depuis des mois. Mais puisque les variants du coronavirus apparaissent plus contagieux, le HCSP estime qu'il vaut mieux utiliser les masques les plus efficaces en circulation. Il est en effet urgent de freiner la diffusion des variants, notamment le variant anglais.

Daniel Camus, membre du groupe de travail du Haut Conseil en santé publique sur les masques, a expliqué au micro de FranceInfo que « comme nous n'avons pas de nouvelles armes contre eux [contre les variants], la seule chose que l'on peut faire est d'améliorer celles dont on dispose déjà », précisant qu'« on ne réfute pas l'utilisation des masques qui est faite jusqu'à maintenant. »