Alcool, sang sucré, groupe sanguin... les moustiques semblent toujours prendre les mêmes personnes pour cibles et l'on trouve toujours quelqu'un qui pense savoir pourquoi. Comment se fait-il que certains d'entre nous soient plus fréquemment piqués ? Plusieurs explications ont été apportées par des scientifiques.

L’été et les températures en hausse sont accompagnés, comme chaque année, du retour des moustiques. Certains d’entre nous peuvent avoir la désagréable sensation d’être toujours pris pour cibles par ces insectes, tandis que d’autres personnes semblent épargnées par leurs piqures. Comment les moustiques nous trouvent-ils ? Et pourquoi paraissent-ils piquer certaines personnes davantage que d’autres ?

Même si ces insectes ont un petit cerveau, leur système de détection est étonnamment sophistiqué. Plusieurs études se sont penchées sur les raisons pour lesquelles les moustiques nous piquent. Sans surprise, le sang en fait partie. En 2004, une équipe de scientifiques constate dans la revue Journal of Medical Entomology que le moustique-tigre semble atterrir davantage sur la peau les personnes appartenant au groupe sanguin O, que sur la peau d’autres personnes. Ils en déduisent que ces individus attirent davantage cette espèce de moustiques. Mais la composition de notre sang est-elle la seule explication à cette disparité ?

Le sang n’explique pas tout : on rejette aussi du CO2

Non, le sang ne semble pas être le seul facteur expliquant la préférence des moustiques. « Les humains envoient des centaines de molécules odorantes dans l’air » dont les insectes se servent pour nous trouver, expliquait la neuroscientifique Helen Shen dans la revue PNAS en 2017. Les réseaux de neurones activés par le moustique sont mal compris, tant les signaux qu’ils utilisent semblent divers. Dans les années 1950 et 1960, le dioxyde de carbone, la chaleur ou encore l’humidité ont été identifiés pour éléments aidant les moustiques à nous trouver.

En 2013, une étude de la revue Cell a confirmé que certains moustiques possédaient effectivement un récepteur leur permettant de détecter le dioxyde de carbone que nous expirons. Ce même neurone serait aussi impliqué dans la détection de nos odeurs corporelles. L’étude portait sur des moustiques Aedes aegypti (principal vecteur de la dengue) et Anopheles gambiae (vecteur du paludisme).

Le rôle joué par le dioxyde de carbone, comme signal utilisé par les moustiques pour nous trouver, expliquerait pourquoi les femmes enceintes auraient tendance à attirer davantage les moustiques. Plusieurs études se sont penchées sur la question. En 2000, des scientifiques constatent dans la revue The Lancet que des femmes enceintes paraissaient attirer davantage les moustiques Anopheles gambiae que d’autres femmes qui n’étaient pas enceintes. Les scientifiques avaient alors émis l’hypothèse que « les changements physiologiques et comportementaux se produisant pendant la grossesse » pourraient avoir une incidence sur l’attractivité que ces personnes peuvent susciter chez les moustiques.

Les femmes enceintes pourraient attirer davantage certaines espèces de moustiques. // Source : Pexels (photo recadrée)

Les femmes enceintes rejetteraient davantage de dioxyde de carbone et d’humidité dans leur haleine. Leur température corporelle serait légèrement plus élevée, ce qui libérerait davantage de substances volatiles à la surface de leur peau, aidant les moustiques à les repérer. Une autre étude, publiée 3 ans plus tard dans la revue Annals of Tropical Medicine & Parasitology, constate aussi que des femmes enceintes se font davantage piquer par les Anopheles arabiensis (une espèce d’Anopheles gambiae), par rapport à d’autres femmes qui n’attendent pas d’enfant.

Sueur, vêtements, alcool : jouent-ils un rôle ?

Nos odeurs corporelles, notre chaleur, notre humidité… les moustiques iraient même jusqu’à identifier des substances acides dans notre sueur. Un récepteur olfactif particulier semble impliqué dans la capacité de ces insectes à nous repérer, ont montré des scientifiques dans une étude publiée au sein de la revue Current Biology en mars 2019. Ils ont privé des moustiques Aedes aegypti de ce récepteur et constaté que les insectes semblaient moins attirés par les odeurs humaines.

Une autre explication serait liée à la couleur des vêtements que nous portons. Selon Jonathan Day, entomologiste à l’université de Floride, les moustiques n’utilisent pas que les odeurs pour repérer leurs proies : la vision joue aussi un rôle important. Il a ainsi expliqué à nos confrères de NBC News que lorsque l’on porte des couleurs sombres, comme du noir, du bleu marine ou du rouge, on risquerait davantage se faire repérer par les moustiques quand nous bougeons.

Les vêtements foncés aideraient les moustiques à nous repérer. // Source : Pexels (photo recadrée)

Ce que nous avalons peut-il influencer l’attrait que nous avons pour les moustiques ? Une étude publiée en 2002 dans la revue Journal of the American Mosquito Control Association établit un lien possible entre la consommation d’alcool et l’attraction des moustiques. Ceux-ci atterrissent plus fréquemment sur les volontaires de l’étude, après qu’ils aient consommé de la bière (350 millilitres). Cependant, cette étude a été menée sur un panel de 13 personnes : il faut donc prendre ses conclusions avec beaucoup de précaution.

Un lien avec la diversité des bactéries sur notre peau

Une autre explication, qui semble déjà plus plausible, a été présentée en 2011 dans la revue PLOS One. Les scientifiques mettent en évidence un lien entre la tendance des moustiques à nous piquer et la communauté de bactéries présente sur notre peau. Celle-ci pourrait jouer un rôle important pour aider le moustique à nous repérer. Cet élément semble être l’une des variables les plus importantes pour expliquer pourquoi des personnes seraient davantage piquées que d’autres. Les bactéries qui peuplent notre épiderme transforment nos sécrétions en composés volatils. Ces composés peuvent contenir jusqu’à 300 éléments différents : ils ne sont pas les mêmes pour tous les individus.

Des communautés de bactéries présentes sur notre peau pourraient attirer davantage les moustiques. // Source : Pexels (photo recadrée)

Les scientifiques observent que, chez le moustique Anopheles gambiae, ces bactéries jouent un rôle pour nous repérer. « Les communautés microbiennes sur la peau jouent un rôle clé dans la production de l’odeur humaine. […] La composition du microbiote de la peau affecte le degré d’attractivité des humains pour ces espèces de moustiques », détaillent les auteurs. Les individus qui semblent « préférés » par cette famille de moustiques sont ceux qui ont la moins grande diversité de bactérie sur leur peau (par rapport aux gens qui se font davantage piquer). Il existerait donc une corrélation entre les genres bactériens et le degré d’attractivité des moustiques.

Si vous vous faites davantage piquer que votre voisin ou voisine, c’est peut-être parce vous n’avez pas les mêmes bactéries que cette personne sur votre peau. Si cette explication est effectivement la raison qui explique ces inégalités, la mauvaise nouvelle est qu’il semble difficile de faire quelque chose pour lutter contre cela.

Crédit photo de la une : Pixels (photo recadrée)

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