Observer une exoplanète lorsqu'elle va passer devant son étoile. Telle est la mission de PicSat, un nanosatellite français qui vient d'être mis en orbite.

Qui a dit que les nanosatellites n’ont aucune utilité pour l’astronomie ? Certainement pas l’Observatoire de Paris ! Afin d’être en mesure de suivre un phénomène spatial qui aura lieu cet été, des scientifiques ont justement mis en orbite un satellite long d’à peine quelques dizaines de centimètres et dont le poids n’excède pas quelques kilos. Son nom ? PicSat.

Sa mission ? Être aux premières loges pour voir le passage d’une exoplanète devant son étoile, un évènement qui, dans le cas présent, ne survient au minimum que tous les 18 ans. Il était en effet indispensable de placer un télescope dans l’espace : l’évènement ne va durer que quelques heures et une observation terrestre est trop incertaine, à cause de la couverture nuageuse et de l’alternance du jour et de la nuit.

voie-lactee-etoile-galaxie
CC John Fowler

Qu’est-ce que PicSat ?

PicSat (pour Pictoris Satellite) est un nanosatellite. Pour des raisons de calendrier, il a fallu développer un engin dans des délais très brefs (trois ans), ce qui a requis de faire simple, petit et léger. Résultat, il ne pèse que 3,5 kg, soit le poids d’un chat, occupe un volume de trois cubes de 10 cm de côté et sa consommation électrique est de 5 W, ce qui équivaut à une ampoule économique.

En effet, la fenêtre d’opportunité de PicSat doit survenir cet été ; si elle est manquée, la prochaine occasion ne se représentera pas avant… 18 ans. PicSat a donc été construit en faisant appel à des modules de base cubiques, un format venu des USA, sont à l’origine à visée pédagogique. Mais il n’y avait pas le choix, même si cela a pour effet de limiter le diamètre du télescope à… 5 centimètres.

Que va regarder PicSat ?

PicSat va pointer son télescope en direction de l’étoile Beta Pictoris, qui se trouve à 63,4 années-lumière de la Terre. Mais si l’astre est intéressant, la mission du satellite vise autre chose : l’exoplanète Beta Pictoris B. Il s’agit d’une géante gazeuse, dont la masse est sept fois plus importante que celle de Jupiter et qui orbite à 1,5 milliard de kilomètres de son étoile, comme Saturne autour du Soleil.

Beta Pictoris est très jeune, à peine 23 millions d’années, là où le Soleil a déjà 4,5 milliards d’années au compteur. Cela veut donc dire que la planète qui gravite autour est encore en formation. Son observation est censée permettre aux chercheurs de récolter des données  qui doivent permettre, ensuite, de préciser les modèles actuels décrivant la formation et l’évolution des planètes.

Qu’attend-t-on de PicSat ?

Le but de PicSat est l’observation de l’exoplanète Beta Pictoris b quand elle passera devant son étoile, Beta Pictoris. C’est ce qu’on appelle le transit astronomique : un corps vient s’intercaler entre l’observateur et un autre objet spatial. Or, dans le cas de Beta Pictoris b, cet évènement ne survient que tous les 18 ou 36 ans. C’est donc un évènement rare, qu’il ne faut pas manquer.

Faute d’avoir une luminosité suffisante pour être observée directement, l’exoplanète, en passant devant son étoile va profiter des variations sur le flux lumineux de cette dernière. Ce sont ces écarts, qui se produiront pendant le transit, que PicSat va capter et qui vont permettre aux astronomes de déduire plus précisément la taille de la planète, sa densité, son atmosphère et même sa composition chimique.

Quand a lieu le lancement ?

Le satellite a déjà quitté la Terre ! Le décollage a eu lieu le matin du vendredi 12 janvier (4h58, heure française). Une fois n’est pas coutume, le centre spatial guyanais n’a pas été impliqué dans cette mission : le nanosatellite a été mis en orbite mais depuis Satish-Dhawan, la base de lancement utilisée par l’Inde pour atteindre l’espace. Elle est située sur la côte, dans le Sud-Est du pays.

Cette décision a eu pour conséquence logique d’écarter les solutions habituellement utilisées par l’Union européenne pour mettre orbite un satellite. Au lieu d’utiliser les lanceurs Ariane, Vega ou Soyouz, c’est la fusée PSLV (Polar Satellite Launch Vehicle, ou véhicule de lancement de satellites polaires) qui a été mobilisé. Le fonctionnement de PicSat dans l’espace est prévu pour durer un an.

Beta Pictoris
CC Nasa, Esa, and D. Apai & G. Schneider

Comment suivre l’actualité de PicSat ?

Diverses ressources sont proposées pour en savoir plus sur la mission de PicSat. Un espace dédié est proposé sur le site de l’Observatoire de Paris et les responsables du projet ont ouvert plusieurs comptes sur les réseaux sociaux pour que le public puisse avoir accès à diverses ressources : il y a une chaîne YouTube pour les vidéos, un profil Twitter pour l’actualité et un compte Flickr pour les photos.

Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) propose par ailleurs dans son édition du 9 janvier un entretien avec Sylvestre Lacour, astrophysicien au Laboratoire d’études spatiales et d’instrumentation en astrophysique, et responsable de la mission. C’est lui qui a eu l’idée de concevoir PicSat avec Alain Lecavelier des Étangs, de l’Institut d’Astrophysique de Paris.

Partager sur les réseaux sociaux