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Shonda Rhimes revient avec Inventing Anna sur Netflix, une série rythmée mais décevante

La reine du petit écran propose enfin sa première série made in Netflix, autour d’une jeune arnaqueuse new-yorkaise. Un jeu de piste de luxe, parfaitement calibré pour être efficace, mais parfois un peu fouillis.

Après le milieu médical de Grey’s Anatomy, l’univers superficiel des relations publiques de Scandal ou le monde sans pitié des avocats de How to Get Away with Murder, bienvenue dans la sphère du journalisme et des fake news d’Inventing Anna !

La série débute en novembre 2017. Coïncidence ou pas, c’est justement une année charnière pour Shonda Rhimes : elle quitte alors le network ABC, pour s’associer exclusivement à Netflix. Depuis, elle a cartonné à la production des Chroniques de Bridgerton, dont le succès n’est plus à prouver, malgré une qualité discutable.

Inventing Anna signe son retour à la création et au scénario, dix ans après le début de ScandalC’est donc peu dire que cette mini-série était attendue par ses fans.

Reconstituer le puzzle

Cette fois, la reine de la télévision s’intéresse à un véritable article du New York Magazine, écrit par Jessica Pressler, également productrice de la série. Dans cette enquête, la journaliste révélait qu'Anna « Delvey » Sorokin avait arnaqué une grande partie de l’élite new-yorkaise mais aussi plusieurs banques. Accusée d’avoir volé des millions de dollars, celle qui s’est fait passer pour une héritière allemande pendant plusieurs années est toujours actuellement en prison, près de New-York.

Anna Delvey, arnaqueuse ou jeune femme ambitieuse ? // Source : Aaron Epstein/Netflix

C’est cette histoire improbable, mais vraie, qui est au centre d’Inventing AnnaComment une vingtenaire sans capital a pu escroquer et duper son entourage pendant si longtemps ? Nous découvrons la jeune femme en prison, en attente d’un procès. Vivian, journaliste en quête de reconnaissance, développe une attraction parfois malsaine pour le destin d’Anna, aussi glaciale qu’intimidante. 

En suivant son travail d’investigation, la série nous oblige également à (ré)assembler les pièces du puzzle, pas à pas. Ce procédé nous immerge directement dans l’intrigue, mais n’est pas très bénéfique d’un point de vue narratif. Chaque épisode est ainsi centré sur un personnage proche d’Anna, déroulant son point de vue sur les événements qui ont mené à son arrestation.

Des personnages hors sol

Mais au lieu de provoquer un attachement immédiat à ces protagonistes, cette construction ne fait que nous éloigner du sujet principal, à savoir notre arnaqueuse en or. Et leurs histoires sont tellement hors sol, que l’on se sent assez peu concernés par ces récits de yacht à Ibiza, de sacs à main Chanel ou de posts Instagram dans un spa. L’argent transpire ainsi de chaque plan, de chaque personnage, de chaque version de l’histoire. Seul le cinquième épisode, centré sur l’employée d’un hôtel de luxe qui peine à boucler ses fins de mois, nous ramène à notre réalité moins mondaine.

Champagne, amour et yacht à Ibiza // Source : Aaron Epstein/Netflix

Pourtant, le casting est plutôt convaincant : Julia Garner (Ozark) est terrifiante en escroc sans coeur, Anna Chlumsky (Veep) incarne avec passion et détermination la journaliste Vivian et Laverne Cox (Orange is the New Black) est hilarante en prof de sport pour célébrités. Évidemment, puisque l’on est chez Shonda Rhimes, plusieurs têtes connues, rencontrées dans les salles d’opération de Grey’s Anatomy (Jeff Perry) ou dans le bureau du Président de Scandal (Katie Lowes), font leur apparition.

Dynamiter le patriarcat

Pour les fans assidus, ces éléments familiers ajoutent un soupçon d’empathie à ce monde froid, luxueux et sans pitié de la finance. Et puis, ne faisons pas la fine bouche : la patte de Shonda Rhimes fonctionne toujours. Elle a perdu une partie de sa splendeur d’antan, mais elle parvient tout de même à nous accrocher devant les six épisodes que nous avons pu visionner. La musique stressante et élégante à la Scandal, les scènes de groupe savoureuses façon How to get away with murder… Tous les éléments sont réunis. Pourtant, la durée d’une heure par chapitre avait de quoi nous rebuter.

Laverne Cox (Kacy), Katie Lowes (Rachel), Julia Garner (Anna) et Alexis Floyd (Neff), admirent le travail d'Anna // Source : Netflix

Mais on finit par se laisser porter par ce fait-divers incroyable, dans lequel les personnages sont plus investis dans leur travail que dans leur vie privée, tout en buvant toujours beaucoup trop de vin. Leurs fringues sont toutes plus flamboyantes les unes que les autres et le milieu journalistique est présenté sous un jour très idéalisé (deux semaines pour enquêter sur une inconnue ?). Et ne parlons même pas d’Anna, jeune femme prodige qui a enfermé petit à petit toutes les personnes autour d’elle dans un piège de luxe, mais qui a également su raviver la flamme d’un couple de collaborateurs, rien qu’en achetant un tableau ! Trop forte, cette Anna.

C’est aussi ce qui fait le sel des séries de Shonda Rhimes : des fictions parfaitement rythmées, sous forme de plaisirs coupables, mais pas si creuses qu’elles n’y paraissent. Inventing Anna aborde ainsi le sexisme dans le milieu de la finance, la pression mise sur les femmes qui souhaitent entreprendre, mais aussi #Metoo et le manque de justice. Le quatrième épisode montre ainsi à quel point les hommes restent souvent protégés et impunis pour leurs délits. « Men fail upwards all the time », déclare Anna à Vivian. Au vu de l’actualité quotidienne, difficile de lui donner tort.