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Comment fonctionne la chronologie des médias en 2022 ?

La nouvelle chronologie des médias entre en vigueur en 2022. Elle renouvelle substantiellement le cadre d'exploitation des films après leur sortie au cinéma. Les plateformes de SVOD ont désormais le droit de diffuser beaucoup plus tôt des longs-métrages.

La chronologie des médias connaît un bouleversement en 2022, au bénéfice des plateformes de vidéo à la demande par abonnement (SVOD), mieux positionnés qu'autrefois. Avec le nouveau cadre d'exploitation des films, les fenêtres de diffusion sont désormais beaucoup plus proches les unes des autres. Canal+ sort aussi gagnant des nouveaux arbitrages.

À la suite d'un accord signé le 24 janvier 2022, mais pas de manière unanime, un arrêté a été pris le 4 février et publié au Journal officiel le 9Il contient quatre courts articles, mais une longue annexe qui détaille l'articulation du nouveau dispositif, y compris les exceptions pouvant influer sur la place de chaque fenêtre d'exploitation, si certains critères sont satisfaits.

Voici ce qu'il faut retenir dans les grandes lignes.

Qu'est-ce que la chronologie des médias ?

La chronologie des médias est un mécanisme français qui organise la diffusion des films après leur exploitation dans les salles de cinéma. Plusieurs supports (sortie en DVD et Blu-ray, Canal+, vidéo à la demande, télévision, SVOD, etc.) se succèdent au fil des mois, selon des règles particulières (comme le niveau de financement de la production ou le nombre d'entrées en salle).

Autrement dit, les chaînes et les plateformes qui apportent des fonds pour la création occupent en principe une meilleure place dans cette chronologie des médias, c'est-à-dire une place qui est à peine espacée de quelques mois après la projection au cinéma, au lieu de devoir attendre une période très longue, qui peut se compter en années.

Les plateformes de SVOD sont concernées par la chronologie des médias si elles opèrent en France. // Source : Montage Numerama

La chronologie des médias est ponctuellement actualisée, pour tenir compte des usages qui émergent, de l'arrivée de nouveaux concurrents et de l'évolution du paysage audiovisuel. La dernière fois qu'elle a été révisée, c'était le 21 décembre 2018 -- l’arrêté qui a officialisé la nouvelle architecture a été publié au Journal officiel le 11 février 2019.

Il s'avère que la durée de validité de cette nouvelle organisation était de trois ans. Il était donc plus que temps d'y revenir, 2022 étant désormais là. Hélas, trouver un accord consensuel compte tenu des enjeux financiers et de parts de marché est un exercice d'une infinie complexité. Tout le monde cherche à avoir la meilleure place possible et tout le monde essaie de repousser ses rivaux à la pire.

Quelle chronologie des médias en 2022 ?

Une nouvelle version de la chronologie des médias a été signée le 24 janvier, en présence de vingt-huit professionnels du cinéma. Ce nouveau cadre doit entrer en vigueur le 10 février 2022, à l'expiration de l'ancien -- il est encore valable jusqu'au 9 février 2022. Au Journal officiel de ce jour a été publié un arrêté qui détaille les nouvelles fenêtres d'exploitation.

Voici donc les grandes lignes qui se dessinent quand un film n'est plus à l'affiche. En général, celui-ci reste en salle environ un mois avant de rentrer dans le dispositif de la chronologie des médias.

Fenêtre de diffusion Nouvelle chronologie Ancienne chronologie
Vente et location (DVD, VOD, Blu-ray)4 mois4 mois
Canal+6 mois8 mois
Netflix15 mois36 mois
Amazon Prime, Disney+17 mois36 mois
Chaînes gratuites (TF1, France 2, M6, Arte...)22 mois30 mois

Qu’est-ce que ça change pour les Français ?

Pour les Françaises et les Français, l'impact le plus évident est celui d'un accès plus rapide aux œuvres pour un certain nombre de supports. Les modifications les plus notables sont pour la SVOD, dont le temps d'attente a été divisé par plus de deux. Le resserrement profite aussi à la télévision gratuite, qu'elle soit privée ou publique. Canal+ aussi gagne du terrain.

Cette densification des fenêtres accroit la concurrence entre les plateformes, mais elle est censée aussi avoir un effet vertueux sur le comportement du public. Il est en principe moins tenté de se tourner vers le piratage si les films arrivent plus vite sur sa plateforme de prédilection -- un temps d'attente de trois ans pour un film sur Netflix était jugé anachronique à l'ère de l'immédiateté.

Popcorn Time Home
Le piratage reste une pratique courante, mais l'étoffement de l'offre légale, des tarifs accessibles et une chronologie des médias modernisée sont vus comme des parades pertinentes.

Une incertitude demeure : compte tenu de certaines obligations nouvelles quant au financement de la création, il faudra observer si les grandes plateformes de vidéo à la demande par abonnement ne vont pas tôt ou tard faire évoluer à la hausse le prix de leur forfait mensuel. Ces ajustements s'observent parfois à l'étranger ; il n'y a pas de raison que la France y échappe toujours.

Pourquoi Netflix, Amazon Prime et Disney+ ne sont pas sur la même fenêtre ?

Selon le journal L'Opinion, la raison réside dans le fait que Netflix a pu signer un accord bilatéral avec les professionnels du cinéma pour financer des films de petite envergure. Au global, Netflix fournit un effort financier d'environ 40 millions d'euros par an. Et sur ce montant, une fraction est fléchée à ces films produits avec un budget modeste. 

C'est à travers ce sous-quota que Netflix parvient à gagner deux mois de plus sur ses deux rivaux directs dans la vidéo à la demande par abonnement.

Pendant un temps, il a été envisagé de rapprocher davantage la fenêtre de la SVOD, à 12 mois au lieu de 15 et 17, en échange de leur contribution au financement du cinéma français, mais Canal+ a réussi à maintenir une cloison suffisamment large entre lui et les plateformes américaines pour ne pas avoir à subir trop directement leur concurrence.

Cette nouvelle organisation risque toutefois d'engendrer encore des frictions, car, toujours selon nos confrères, Disney+ n'a pas l'intention de signer cette nouvelle chronologie des médias, car le service estime être bien trop loin de la sortie en salle (presque un an et demi d'attente), alors qu'il diffuse de nombreux films à travers ses filiales (Disney, Pixar, Marvel Studios, Lucasfilm).

Le géant de la SVOD a une position plus avantageuse en 2022. // Source : Mollie Sivaram

Quelle est la durée de validité de la chronologie des médias ?

La nouvelle chronologie des médias doit en principe entrer en vigueur le 10 février 2022 et doit être valable pour une durée de trois ans. En clair, il faut s'attendre à une nouvelle négociation à partir de 2024 entre toutes les parties prenantes pour réfléchir à une mise à jour pour le mois de février 2025. Actuellement, il s'agit de la cinquième version de la chronologie des médias.

Il est à noter qu'une clause de revoyure est prévue pour le mois de janvier 2023, qui permettra de faire un point d'étape.

Les séries doivent-elles respecter la chronologie des médias ?

Non. Les séries télévisées ne sont pas soumises au cadre de la chronologie des médias, dans la mesure où elles ne sont pas diffusées dans les salles de cinéma, mais directement à la télévision ou sur les plateformes de vidéo à la demande. C'est ce qui permet, par exemple, de faire de sorties simultanées dans le monde entier ou à peine 24 heures après la diffusion aux USA, par exemple.

Les séries télévisées ne sont pas concernées par ce dispositif, car elles ne sont pas diffusées au cinéma. // Source : Disney+/Marvel

Y a-t-il des exceptions à la chronologie des médias ?

Il peut y avoir des règles spécifiques qui entrent en jeu et qui modifient dont l’échafaudage de la chronologie des médias. Par exemple, un film qui n'a pas fait beaucoup d'entrées en salles peut avoir le droit de glisser sur des fenêtres encore plus avantageuses. Par exemple, dans le cas de la vente et de la location, le temps n'est plus de 4 mois, mais de 3.

Lors de la chronologie des médias précédente, le seuil permettant d'avancer un peu la fenêtre était de 100 000 entrées après un mois d'exploitation. Pour Canal+ et OCS, cela passait de 8 à 6 mois. Pour les chaînes de télévision gratuites, la durée basculait de 22 à 20 mois. Enfin, pour les plateformes de SVOD américaines, le délai était ramené à 34 mois, au lieu de 36.

D'autres dispositions peuvent aussi entrer en ligne de compte. Une plateforme de SVOD pouvait accéder à trois fenêtres (36, 30 et 17 mois, ou bien 34, 28 ou 15 mois pour les films de moins de 100 000 entrées), en fonction de l'existence ou non d'un accord avec les organisations du cinéma et selon son niveau de participation au financement de la création.

(mise à jour avec des précisions pour le financement de Netflix)