Une erreur dans le texte ?

C'est le bon endroit pour nous l'indiquer !
Attention, ce formulaire ne doit servir qu'à signaler une erreur. N'hésitez pas à utiliser les commentaires pour donner votre avis, ou la page de contact pour nous contacter. Merci.

Etape 1

Cliquez sur les paragraphes contenant des erreurs !

Avec La Meilleure Version de moi-même, Blanche Gardin nous fait aimer le « cringe »

La première série créée par Blanche Gardin est une satire autobiographique qui chronique ses errances dans le domaine controversé du développement personnel. C’est monstrueusement drôle.

À tous ceux qui commencent à redouter l’overdose de bons sentiments à l’approche des fêtes, nous avons trouvé l’antidote idéal : une cringe comedy (comédie grinçante) à la française qui va vous mettre très, très mal à l’aise. L’humoriste Blanche Gardin, connue pour ses one-woman shows décapants (ce n’est pas pour rien que sa société de production s’appelle White Spirit), se met en scène dans une auto-fiction féroce. Disponible sur Canal+, La Meilleure Version de moi-même, co-créée avec Béatrice Fournera et Noé Debré, est une exploration amère, parfois indigeste, de thèmes qui traversent et divisent notre société actuelle. Le résultat est courageux -- si votre définition du courage est de sniffer du wasabi jusqu’à ce que les larmes vous montent au yeux, façon Jackass.

Devenir « une bonne personne »

Blanche va mal : des problèmes d’estomac persistants la poussent à consulter un naturopathe. Lorsque celui-ci estime qu’une carrière basée sur l’autodérision est nocive pour son deuxième cerveau (c’est à dire l’intestin), la crise physique de la comédienne se transforme en crise existentielle : elle décide subitement d’arrêter l’humour. On suit alors le parcours de détoxification, à la fois physique et spirituelle, qui l’entraîne dans les recoins les plus obscurs de « l’industrie du bonheur ». Le tout étant chroniqué sur les réseaux sociaux, l’obsession de la stand-uppeuse repentie pour devenir « une bonne personne » vire rapidement au délire narcissique. En une dizaine d’épisodes de 20 minutes, aussi inconfortables qu’hilarants, Blanche Gardin utilise son alter ego horripilant pour égratigner, entre autres, la médecine alternative, les féministes radicales, Instagram et l’institution du mariage.

« Il n’y a plus de cancers chez les gens qui boivent de l’eau biodynamisée », affirme sans ciller le plombier New Age que Blanche 2.0 fait intervenir chez elle. Trop occupés que nous sommes à glousser devant cette scène ubuesque, nous en manquons presque de remarquer que la série est parsemée de ce genre de proclamations visant à titiller notre esprit critique. Comme dans ses spectacles Bonne nuit Blanche et Il faut que je vous parle, la reine de la provoc’ délivre un réquisitoire revigorant et n’hésite pas, en premier lieu, à se moquer d’elle-même. Au format sériel, l’univers des possibles s’est élargi et l’humoriste connue sur scène pour sa sobre présence se lâche : entourée d’une troupe d’acteurs spécialistes de l’improvisation, elle incarne une version caricaturée de son existence de créative bobo parisienne récompensée par deux Molière. Le premier épisode se permet même un détour par la veine scatologique (il faut dire que les problèmes de transit comme point de départ s’y prêtent à merveille). Téléphages avisés, nous n’avions pas entendu ce genre de réplique pince-sans-rire (« je pète par la bouche ») depuis les années Loft sur M6.

L’enfer c’est les autres, mais c’est surtout moi

Pour enfoncer le clou de la mise en abîme, la showrunneuse adopte le style mockumentaire qu’elle avait déjà pratiqué aux côtés de la bande du Inside Jamel Comedy ClubDans l’un des tous premiers plans, on la retrouve en train de se démaquiller dans sa loge : la perche de l’assistant son est visible dans le miroir et la star s’adresse directement au cameraman, un certain Boris qui ne la lâche pas d’un pouce. La frontière entre réalité et fiction est d’autant plus trouble que le spectateur encore désorienté aperçoit au mur une photo de Louis C.K., le compagnon de Blanche dans la vraie vie et l’un des rois (déchus) des séries à la première personne. Dans La Meilleure Version de moi-même, il tient le rôle du boyfriend longue-distance désarticulé, puisque sa présence se fait uniquement sentir via écrans interposés. S’il soutient d’abord chaque nouvelle lubie de Blanche – des compléments alimentaires au chamanisme, en passant par le régime crudivore ou le cercle de déesses (Gwyneth Paltrow n’a qu’à bien se tenir) – il finit, lui aussi, par croiser sa ligne de tir condescendante.

L’anti-héroïne a en effet annihilé tout garde-fous : sa célébrité, sa dignité, sa culpabilité, sa rationalité, son hygiène capillaire... Quand elle exige des excuses de la part de Louis sous prétexte qu’il est un homme blanc d’un certain âge, le mea culpa forcé qu’elle obtient vient s’ajouter à la longue liste des moments gênants et jouissifs de la série. Ces deux entertainers névrosés s’amusent visiblement à se renvoyer la balle d’un humour noir complice. À nous de la saisir en vol, ou pas. Autres victimes de la bienveillance façon bulldozer de cette Blanche infernale : sa femme de ménage qui se fait virer, pardon, « libérer de son oppression » et sa chienne-doudou, Rita, abandonnée en lisière des Buttes Chaumont afin qu’elle puisse retourner à l’état de nature.

Face à ses proches impuissants (notre préféré est Tintin, le frère et assistant personnel joué par Paul Moulin), Blanche continue de s’enfoncer dans une dépression qu’elle ignore pour mieux prêcher une psychologie positive absurde. Elle va même jusqu’à faire la morale à un voisin SDF parce qu’il ne prend pas la vie du bon côté. Après cet échange, encore une fois digne des meilleurs opus sarcastiques (The Comeback de Lisa Kudrow vient à l'esprit), elle se tourne vers son fidèle Boris pour lui/nous informer : « Il m’a pompé toute mon énergie là, je vais devoir aller me faire masser ». Finalement, la plus grande qualité de la série c’est d’être tellement insupportable qu’on veut savoir comment ça se finit, et ce malgré quelques scènes un peu longuettes. À consommer sans modération donc, mais attention aux effets secondaires indésirables.