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Midnight Mass sur Netflix : l'obsession biblique un peu trop verbeuse

Un an, à peine, après The Haunting of Bly Manor, le réalisateur Mike Flanagan revient sur Netflix avec Midnight Mass (ou Sermons de minuit). Une série acerbe sur la religion, mais beaucoup trop bavarde pour être captivante de bout en bout. Notre critique.

Il paraît que les voies du seigneur sont impénétrables, et c’est ce que semble prouver Mike Flanagan avec sa nouvelle mini-série. Érigé en maître de l’horreur sur Netflix après les excellentes The Haunting of Hill House puis Bly Manor, le réalisateur des films Pas un bruit et Doctor Sleep continue sur sa sinistre lancée avec Midnight Mass.

Cette fois, les manoirs ne sont plus le théâtre d’effrayantes histoires familiales. Mike Flanagan préfère placer son intrigue sur la paisible île de Crockett Island, où la pêche est le gagne-pain principal des habitants. C’est dans cette communauté profondément religieuse que Riley Flynn (incarné par Zach Gilford, le Matt Saracen de Friday Night Lights) retourne à la vie après un passage en prison. Encore traumatisé par l’accident de voiture qu’il a provoqué par son ivresse, tuant au passage une jeune femme, le trentenaire taiseux tente de retrouver sa place auprès de sa famille.

Le même jour, le mystérieux Père Paul débarque sur l’île pour remplacer temporairement le prêtre catholique local, actuellement malade. Son arrivée et le début de ses messes coïncident avec celui d’une série de miracles incroyables, qui redonnerait la foi au plus athée de ces habitants.

Un culte biblique oppressant

Commençons déjà par le plus évident : c’est ce personnage, formidablement incarné par Hamish Linklater (vu dans Legion ou Fargo), qui porte toute la série. Tour à tour empathique, touchant, charismatique ou terrifiant, l’acteur livre ici sa plus belle performance dans le rôle de ce fervent religieux, animé par l’envie de protéger ses disciples. À ses côtés gravite un superbe casting, pour la plupart déjà aperçu dans The Haunting, de Kate Siegel (l’atypique Theo de Hill House) à Rahul Kohli (l’adorable Owen de Bly Manor) en passant par la cruelle Samantha Sloyan (Grey’s Anatomy).

Chacun d’entre eux semble choisi pour incarner une version évoluée de leurs personnages dans d’autres œuvres : Henry Thomas, autrefois l’enfant de E.T., est ainsi devenu le papa traumatisé de Hill House, l’oncle alcoolique de Bly Manor puis, enfin, l’aîné et fervent religieux de Midnight MassLa série prend alors un tournant méta hors caméra, qui s’inscrit dans la droite lignée du propos de Mike Flanagan, au sein de sa narration.

Avec ces Sermons de minuit, le créateur questionne la pertinence de la religion et surtout des passions qui en découlent, tout en infusant une bonne dose d’horreur au cocktail. Il démontre ainsi à quel point le surnaturel peut s’infiltrer dans la vie de ce village tranquille, à mesure que le culte biblique devient de plus en plus oppressant. Et cette emprise de la religion, insidieuse, miraculeuse, puis démoniaque, Mike Flanagan la connaît bien, puisqu’il a lui-même été enfant de choeur dans son enfance. S’inspirant de sa propre expérience, le réalisateur pose ainsi de nombreuses questions sur la justification de nos actes grâce à la Bible, mais aussi sur la mort, dans une magnifique discussion au cœur de l’épisode 4, qui met en miroir les théories scientifiques ou théologiques sur le sujet.

Les épisodes de Midnight Mass sont trop bavards

De la même façon que The Handmaid’s Tale avant elle, Midnight Mass dénonce les dangers du fanatisme religieux, la portée politique en moins. Malgré la présence de thèmes sociétaux comme le racisme ou le handicap, la série s’enfonce beaucoup trop souvent dans des situations et des relations très stéréotypées. D’autant que la comparaison avec The Haunting est évidente, mais peu flatteuse pour Midnight Mass.

Tout comme son aînée, la mini-série aborde avec force le deuil, la douleur de perdre un être cher et le pouvoir de l’amour en toutes circonstances. Mais le problème de ces Sermons de minuit, c’est qu’ils ne s’arrêtent pas de parler. La série est tellement bavarde et généreuse en citations bibliques, que l’on termine le visionnage des sept épisodes par un ras-le-bol du charabia religieux. Pourtant, avec ses dialogues d’une longueur parfois interminable, Midnight Mass dit finalement moins de choses que The Haunting, bien plus poétique et profonde.

Et la comparaison vaut également pour la réalisation. Ce qui était l’une des réussites majeures de l’anthologique The Haunting, à savoir une réalisation millimétrée, mais bouleversante, devient ici presque un poids. Mike Flanagan réalise les sept épisodes de cette mini-série, mais semble peiner à retrouver sa splendeur d’antan, avec de jolis, mais creux, plans-séquences et des effets spéciaux douteux.

Si les premiers épisodes débordent du bleu océanique qui isole cette communauté du reste du monde, sa direction artistique prend un tournant plus sombre à chaque nouvel épisode. Jusqu’à ce que l’horreur explose réellement dans les trois derniers, bien plus réussis que les précédents. C’est dans ce mélange d’effroi insoutenable et de trajectoires personnelles tragiques, au cœur de l’épilogue, que Mike Flanagan s’épanouit le mieux. On reste ainsi bouche bée devant la fin déchirante de l’épisode 5, ou de celle du sixième, sommet d’épouvante. Le réalisateur ose même la présence d’une créature absolument cauchemardesque, là où The Haunting se basait plutôt sur le hors-champ et les fantômes qui résident au fond de nous.

Ancien alcoolique, sobre depuis trois ans, comme son personnage principal Riley tente de l’être, Mike Flanagan a confié que Midnight Mass était son projet favori et le plus personnel de sa carrière. Pourtant, en visionnant ces sept épisodes, on atteint difficilement le septième ciel.

La mini-série Midnight Mass (Sermons de minuit) est disponible sur Netflix.